Coronavirus: ces pays qui se mobilisent pour sauver leur économie

Alors que de plus en plus de pays ont fait le choix du confinement total de leur population pour enrayer la propagation du Covid-19, une grave récession menace l’économie mondiale. Les gouvernements tentent d’enrayer cette crise par des plans de soutien. Quels sont les mesures dont ils disposent ?

Au-delà du bilan humain, le coronavirus a déjà un impact inédit sur l’activité économique mondiale. Certes, le confinement strict détruit des pans entiers de l’activité. Mais sans ce choc violent, il est pratiquement impossible de stopper la pandémie, estiment les experts. Alors que plus de trois milliards de personnes se résignent à rester chez elles, le groupe international de gestions d’actifs Schroders anticipe une contraction de 3,5 % de l'économie mondiale cette année. Mais dans ce contexte difficile, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne.

Tous ne sont pas égaux face au coronavirus

Depuis le début de la crise, le monde avançait en ordre dispersé. Finalement, les dirigeants du G20 réunis en visioconférence le 26 mars se sont mis d’accord pour agir ensemble. Ils ont promis d'injecter 5 000 milliards de dollars pour soutenir l'économie mondiale et contrer les répercussions sociales, économiques et financières de la pandémie.

Un front uni contre une menace commune, ont déclaré les vingt pays les plus industrialisés de la planète. Pourvu que ce programme ne reste pas un vœu pieux… Le manque de coordination entre les États a beaucoup été pointé du doigt. Alors que les pays riches, États-Unis en tête, dévoilaient un à un des plans de soutien colossaux à leur économie, les inquiétudes s'intensifiaient pour les pays pauvres qui n'ont pas l’accès aux marchés des capitaux, et qui ne disposent pas de services de santé adéquats. Voici donc quelques exemples de ces plans de soutien massifs :

- Les États-Unis :

La première économie mondiale ne fait pas dans la dentelle face au coronavirus. Pas moins de 2 000 milliards de dollars ont été débloqués pour stabiliser l’économie du pays. Une somme considérable destinée à compenser la quasi-absence de la protection sociale aux États-Unis. Ainsi, chaque Américain dont les revenus annuels sont inférieurs à 75 000 dollars (70 000 euros) devra recevoir un chèque exceptionnel de 1 200 dollars, avec un montant additionnel de 500 dollars par enfant. S’ajoutent à cela d’autres mesures d’urgence : l’assurance-chômage allongée et étendue aux salariés indépendants, des prêts gouvernementaux aux petites entreprises déjà en détresse.

Ce plan est « une goutte d’eau » pour Andrew Cuomo, le gouverneur de New York. D’autant plus que le nombre de chômeurs risque d’augmenter très vite. « Pas moins de 46 millions de personnes pourraient se retrouver sans emploi à court terme aux États-Unis », a annoncé James Bullard, le président de la Réserve fédérale de Saint-Louis, l’une des 12 banques régionales supervisées par la Fed. « Il s'agit de personnes dont le métier implique des interactions avec le public et c'est exactement ce que nos autorités sanitaires déconseillent », a-t-il ajouté.

- L’Allemagne :

Un « bazooka » budgétaire a été également sorti par Berlin. Après avoir augmenté deux fois le plafond le gouvernement allemand a finalement décidé d’injecter dans l’économie du pays 1 100 milliards d'euros. Du jamais vu Outre-Rhin depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Une somme gigantesque et qui représente près d’un tiers de la richesse totale du pays durant une année. Au passage, pour pouvoir emprunter sur les marchés, Berlin a fait voter la suspension de la sacro-sainte orthodoxie budgétaire introduite dans la Constitution allemande en 2009, en pleine crise financière.

Le plan allemand comprend une série de mesures sociales, comme le recours au chômage partiel qui pourrait toucher 2 millions et demi de personnes. Un report de paiement pour les loyers des personnes privées et un soutien aux hôpitaux s’ajoutent à cela. Un Fonds de stabilisation économique sera créé avec le concours de la banque publique KfW pour aider les grands groupes et les PME confrontés aux problèmes de trésorerie. Une nationalisation partielle et provisoire de certains groupes n'est pas à exclure, non plus.

- La France :

300 milliards d’euros de prêts vont être débloqués par les banques aux entreprises touchées par la pandémie. Bruxelles a validé le plan français en vertu du nouvel encadrement temporaire des aides d’État, qui assouplit les règles communautaires en la matière. Ces 300 milliards devront permettre de garantir le maintien de la trésorerie pour les entreprises en difficultés. Ces sommes, qui constituent dans leur majorité des garanties ou des avances (type fiscalité), il faudra bien les rembourser un jour. Et cela posera tôt ou tard problème. Selon les premières estimations de l'Institut national de la statistique (Insee) les mesures de confinement ont entrainé une perte d'activité économique d'environ 35 % en France.

- L’Italie :

Premier pays européen touché par la pandémie, l’Italie a mis en place dès le début mars un véritable plan Marshall pour traverser l’épidémie avec 25 milliards d’euros, un peu plus d’un point du produit intérieur brut. Pour l’économie italienne, déjà mal en point avant l’arrivée du coronavirus, c’est une mobilisation sans précédent de l’argent public. Rome est soutenue en cela par la Banque centrale européenne (BCE) et par Bruxelles. Quitte à risquer une envolée du déficit public en 2020. 10 milliards d’euros vont en priorité aux hôpitaux et au système de santé pour acheter du matériel et embaucher des soignants. Pour sauver les entreprises des faillites, des aides directes et des amortisseurs sociaux ont été décidés avec des allocations chômage spécifiques pour les petites entreprises. Ce à quoi s’ajoutent des allocations de congés parentaux et des tickets baby-sitter pour la garde d’enfants.

- Le Royaume-Uni :

Après avoir choisi une stratégie très différente de ses voisins, le Premier ministre britannique Boris Johnson a finalement opté pour un confinement de la population. Et pour aider les entreprises britanniques à faire face aux conséquences de la pandémie Londres a décidé, lui aussi, de sortir son plan de soutien à l’économie. D’un montant de 30 milliards de livres (33 milliards de livres), ce plan massif a été annoncé début mars. Dans le détail, 7 milliards iront aux travailleurs indépendants et aux PME, qui sont les plus menacées par les conséquences économiques de l'épidémie et 5 milliards soutiendront le système de santé. Ce à quoi s’ajoutent les 18 milliards de livres d'autres mesures, notamment envers les services publics ou les infrastructures qui ont déjà souffert de l'ombre du Brexit. Puis Londres a décidé d’aller plus loin. Et notamment en offrant la garantie de l'État sur les prêts aux entreprises atteignant 330 milliards de livres (363 milliards d'euros), une somme qui pourra être augmentée si besoin, et des aides de 20 milliards de livres (22 milliards d’euros).

Le 19 mars dernier, la Banque d'Angleterre (BoE) a pris les marchés par surprise en annonçant une réduction de son taux d'intérêt directeur à 0,1 %, son plus bas historique. Une semaine plus tard, le 26 mars, l’institution a décidé de maintenir ce taux inchangé.

- L’Union européenne et la BCE :

Dès le début de la crise les Etats membres ont privilégié des réponses nationales. La Commission européenne, non sans mal, a tenté d’harmoniser une approche commune. La première à réagir était la BCE. Pour tenter d’apaiser les marchés financiers, la Banque centrale européenne a débloqué, le 12 mars, 120 milliards d’euros destinés à racheter de la dette des pays européens et celle des entreprises de la zone euro. Puis elle a remis une couche en rajoutant 750 milliards. Ce programme de rachat sera réalisé d’ici à la fin de l’année. Son but : inciter les banques à maintenir ou relancer leurs prêts aux ménages et aux entreprises pour éviter un arrêt de l'économie.

L’Union européenne, quant à elle, a validé deux mesures inédites : l’assouplissement de sa réglementation sur les aides d’État, ainsi que la suspension de ses règles de discipline budgétaire. Ce qui doit permettre aux États de dépenser autant que nécessaire face aux conséquences économiques du virus. En revanche, les « corona bonds » devront attendre. Mutualiser les dettes faciliterait l'emprunt des États du Sud, moins vertueux en matière de finances publiques, mais les pays du Nord refusent depuis toujours cette idée, qui les conduirait à payer pour des pays qu'ils jugent laxistes. À suivre…

- Le Japon :

Le gouvernement japonais réfléchit à un plan budgétaire de soutien à l'économie du pays, l’équivalent d’environ 10 % du produit intérieur brut (PIB) japonais. Ce plan, d'un montant de plus de 56 000 milliards de yens (463 milliards d'euros), prévoirait notamment des versements directs d'argent aux ménages japonais.