Coronavirus : le Pakistan s'enfonce dans une crise sanitaire mais tente de sauver son économie

Le coronavirus progresse très vite au Pakistan et la situation pourrait empirer dans les prochaines semaines.

Le Pakistan est très durement frappé par le nouveau coronavirus, mais le gouvernement refuse d’appliquer un confinement stricte pour tenter de sauver son économie. Les hôpitaux, pas préparés pour une telle crise, sont dépassés.

Au Pakistan, la crise du nouveau coronavirus est arrivée bien plus tard que dans l’est de l’Asie ou en Europe. Mais, depuis quelques semaines, le Covid-19 frappe très fort. Le pays compte même parmi ceux où il se répand le plus vite, selon l’agence Associated Press, reprise par le New York Times.

Selon les dernières informations, le nombre de cas s’élève à 181 088 ce 22 juin, et 3 590 morts sont recensés. La propagation s’est soudainement et drastiquement accélérée ces dernières semaines. À la fin du mois de mai, le pays enregistrait 3 000 nouvelles contaminations par jour. Début juin, c’était entre 4 000 et 5 000. Entre le 13 et le 14 juin, pas moins de 12 000 nouveaux cas ont été recensés. Depuis, le pays continue de déplorer 6 000 nouveaux malades par jour. Des chiffres qui seraient en fait bien loin des réalités, selon les observateurs, notamment en raison du manque de tests.

Les hôpitaux pas préparés

Le pays n’est pas armé pour faire face. Il ne comptait, au début de l’épidémie, que 3 000 lits en soins intensifs, pour 220 millions d’habitants. Résultat : les hôpitaux ont très rapidement été saturés, manquant tant de places que de matériel, et se voient contraints de refuser des patients.

Dans ces conditions, le personnel médical n’échappe pas aux contaminations. 3 000 cas ont pour l’instant été détectés chez les soignants, un chiffre qui augmente de jour en jour, selon le docteur Qaiser Sajjad, secrétaire général de l’Association médicale du Pakistan.

Et la situation risque d’empirer. Le 15 juin, le ministre de l’organisation, du développement et de la réforme, Asad Umar, a averti que les contaminations auraient certainement doublé d’ici le mois de juillet, et qu’elles pourraient même dépasser le million en août.

Sauver l’économie

Et pourtant, le Premier ministre, Imran Khan, a fait un choix auquel il se tient : celui du sauvetage économique plutôt que sanitaire. Pour lui, un confinement total du pays peut “sauver les gens du coronavirus, mais les fait mourir de faim”, rapporte Le Figaro. Le chef du gouvernement a donc fait le choix, au début de la pandémie, de mettre en place des restrictions, mais pas une fermeture stricte du pays.

Les règles s’assouplissent depuis plusieurs semaines. Marchés, supermarchés et transports publics ont rouvert, tout comme la frontière avec l’Iran - uniquement pour le commerce.

Les mosquées n’ont, quant à elles, jamais fermé leurs portes. C’était pourtant la volonté du gouvernement, mais les religieux sont parvenus à négocier afin de maintenir les bâtiments ouverts, tout en fixant une limite du nombre de personnes accueillies en même temps. Limite qui a volé en éclat durant le ramadan et pour la fête de l’Aïd, comme le rapporte La Provence.

L’OMS appelle à réagir

Début juin, l’OMS a écrit une lettre au gouvernement pakistanais pour faire part de ses inquiétudes, selon le New York Times. Le pays étant l’un de ceux où le virus progresse le plus vite, lever les restrictions de manière prématurée “aurait des effets dévastateurs”. L’organisation a conseillé de mettre en place un confinement intermittent, alternant deux semaines de fortes restrictions et deux semaines de souplesse.

Une recommandation bien vite balayée. “L’OMS regarde la situation à travers le prisme de la santé mais le gouvernement doit, pour sa part, tenir compte d’un grand nombre d’autres aspects avant de prendre toute décision”, a répondu, jeudi 11 juin, l’entourage du Premier ministre, Imran Khan, selon Courrier International.

Pour tenter d’éviter un bilan sanitaire trop meurtrier, et alors que des millions de personnes ont déjà basculé dans la pauvreté depuis le début de la pandémie, le gouvernement recommande le port du masque et promeut autant que possible les gestes barrières. Mais les consignes ne sont pas respectées partout. Face aux nouveaux foyers, quelques villes du pays et plusieurs quartiers de la capitale Islamabad ont tout de même été bouclés.

L’épidémie prise à la légère

Au terrible choix de plonger le pays dans la pauvreté ou de laisser la pandémie faire des ravages s’ajoute une autre difficulté, et non des moindres : beaucoup ne prennent pas au sérieux le coronavirus.

Une partie de la population pense qu’il s’agit d’une invention des médecins et du gouvernement pour justifier le nombre de morts causée par un système de santé défaillant. D’autres estiment que la foi les sauvera. Et même certains membres du gouvernement minimisent les effets du Covid-19. De quoi rendre très difficile l’application des gestes barrières, pourtant presque seuls remparts face au virus dans le pays.

NOS ARTICLES SUR LE CORONAVIRUS
>> 
Qu'est-ce que la dexamethasone, ce médicament efficace contre le Covid-19 ?
>> 
Immunité collective, chloroquine, aérosol... Le petit lexique du coronavirus
>> 
Inquiétude dans l'hémisphère sud à l'approche de l'hiver
>> 
Iran, Turquie Israël... Ces pays touchés par une seconde vague

Ce contenu peut également vous intéresser :