Coronavirus : "En période de crise, le politique redécouvre l’outil que représente l’Etat"

L'Etat en première ligne face au coronavirus : des policiers effectuent des contrôles devant le CHU de Nantes, le 17 mars 2020.

Ancien élève de la rue d’Ulm et de l’ENA, professeur associé à l’Ecole normale supérieure, Arnaud Teyssier est haut fonctionnaire, historien et essayiste. Il est l’auteur de biographies de Richelieu, Louis-Philippe ou encore Philippe Séguin. Son dernier ouvrage, De Gaulle, 1969. L’autre révolution, est paru en 2019 chez Perrin.

La lutte contre l’épidémie de coronavirus signe-t-elle une réhabilitation du rôle de l’Etat ?

Je l’espère. C’est effectivement dans ces moments que l’on voit l’Etat dans la plénitude de son rôle. Dans le discours dominant de ces trente dernières années, l’Etat est toujours considéré comme une charge, un handicap, une source de déficit, et non comme ce qu’il est réellement, c’est-à-dire ce qui fait tenir une société, a fortiori dans une période de crise. Or, en cas de crise, il faut que l’Etat tienne, mais aussi qu’il ait l’air de tenir, d’où l’importance de la considération qu’on lui porte. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut jamais le réformer, mais qu’il doit y avoir un respect mutuel entre les politiques et l’Etat.

Un autre aspect ressort clairement dans cette période : la puissance publique ne se situe pas dans la même temporalité que d’autres composantes de la société. La politique est soumise au tempo de la démocratie et des élections. L’Etat, lui, est bien sûr soumis à une continuité, mais il doit aussi agir dans l’urgence. Cela justifie que les fonctionnaires bénéficient d’une certaine stabilité et surtout qu’ils ne soient pas totalement assujettis au politique, afin de pouvoir dire la vérité.

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