Coronavirus: MSF envoie un hôpital gonflable et une équipe médicale en Iran

L'organisation Médecins sans frontières (MSF) a annoncé ce dimanche 22 mars qu'elle allait envoyer un hôpital gonflable et une équipe en Iran. Le pays est l'un des plus touchés au monde par l'épidémie de coronavirus avec plus de 21 000 personnes contaminées et près de 1 700 morts.

Le Covid-19 complique de plus en plus pour Médecins sans frontières (MSF) la poursuite des opérations de par le monde. Michel-Olivier Lacharité est le responsable des urgences de MSF.

RFI : Pourquoi envoyer cet hôpital dans la ville d’Ispahan, en Iran ?

Michel-Olivier Lacharité : On a fait une proposition aux autorités iraniennes, et ce sont eux qui nous ont orientés vers cette ville. Il faut savoir que la province d’Ispahan est la deuxième province la plus touchée après Téhéran. Donc, notre première phase est d’expédier un hôpital de campagne, un hôpital gonflable qui sera composé d’une cinquantaine de lits, juste à côté d’un hôpital déjà existant. On a donc acheminé des médicaments, les équipements et les structures gonflables, de même qu’une équipe de neuf personnes, à la fois pour construire cet hôpital et puis pour démarrer la prise en charge. On compte faire la prise en charge des cas sévères.

Aujourd’hui, on n’a pas expédié de modules pour les soins intensifs : il y a déjà une unité de soins intensifs dans l’hôpital existant. Toutefois, on envoie des médecins « intensivistes », qui, eux, pourront apporter leur soutien dans l’unité de soins intensifs. C’est-à-dire qu’il y a une prise en charge globale : à la fois du triage, l’hospitalisation des cas sévères, des soins intensifs, et puis le laboratoire. Donc nous, notre contribution, ce sera d’apporter cet hôpital, mais les équipes vont travailler de concert avec les employés du ministère de la Santé sur place.

Le coronavirus complique vos déplacements, d’un pays à l’autre mais aussi à l’intérieur des frontières ?

C’est extrêmement compliqué. C’est une gymnastique à la fois pour l’obtention des visas, puisque si on envoie des gens qui proviennent d’Allemagne ou de différentes villes d’Europe, on doit les faire transiter par certains hubs. Donc ça, c’est un vrai casse-tête, d’autant que certaines lignes aériennes ont arrêté de fonctionner. Donc on verra comment on arrive à poursuivre et à maintenir l’acheminement du personnel et des équipements, mais c’est aujourd’hui un vrai casse-tête pour être capable de maintenir notre niveau d’opérationnalité. C’est le cas sur l’Iran, mais aussi sur l’ensemble des projets où MSF travaille, puisqu'on continue de travailler sur des projets ou des zones de conflits où il y a d’autres épidémies, c’est le cas de la rougeole, où il y a des déplacements de population. C’est le cas du Burkina Faso et de la Syrie.

Donc toutes ces opérations sont rendues beaucoup plus complexes et difficiles pour l’acheminement du matériel et du personnel international. Tous ces projets sont aussi en train d’intégrer une dimension Covid-19, puisqu’aujourd’hui, la pandémie touche l’ensemble, voire presque tous les projets sur lesquels on intervient.

Et vous parvenez à continuer ces projets, un peu partout dans le monde ?

Il y a vraiment des projets sur lesquels cela devient très compliqué de poursuivre les activités. Si je pense à un projet de chirurgie reconstructive, certains des patients étaient amenés de la sous-région : c’était le projet d’Amman, et donc dès lors que tous les vols sont arrêtés, ce projet est en quelque sorte mis en veille.

D’autres projets pour lesquels les frontières sont fermées, c’est le cas du Burkina Faso ou du Tchad, où à l’aéroport, l’activité est carrément interrompue : on n’arrive plus à envoyer ou faire sortir du personnel. Donc, on essaie d’identifier soit les pays voisins, soit de demander des exemptions particulières pour être capables de faire voyager par voie terrestre lorsque les aéroports des pays limitrophes sont ouverts.

On réfléchit aussi à d’autres solutions, notamment être capables d’affréter des avions pour des équipes de Médecins sans frontières pour pouvoir rejoindre ces pays.

Vous faites des choix ?

Aujourd’hui, on s’est rapproché des pays avec les autorités du ministère de la Santé. En fonction du niveau de préparation, de notre capacité de travail, de la disponibilité aussi des médecins et des compétences sur place, on voit comment on peut apporter notre soutien. Donc, dans le cas de l’Iran, on déploie un hôpital de campagne. En France, on va développer des activités plutôt auprès des personnes défavorisées qui sont dans la rue ou qui sont sans-abris, puisque c’est vers ça qu’on a été orientés par les autorités françaises.

On n’est pas assez nombreux et on n’a pas assez de ressources, et donc on essaie de faire au mieux et voir comment on peut apporter notre soutien. On est toujours en train de monter en puissance et en compétences sur les différents pays, donc on essaie de se concentrer effectivement aujourd’hui sur l’Iran qui est beaucoup touché, sur le Burkina Faso, sur l’Afghanistan, dans tous ces pays, on discute avec les autorités en essayant de voir comment on peut travailler.