Covid-19 : faut-il rendre obligatoire le port du masque FFP2 dans les lieux à risque ?

Matthieu Brandely
·6 min de lecture
Le docteur cubain Jose Enrique Ortiz porte un masque FFP2 et une protection faciale, le 15 mai 2020.

En Bavière, le port du masque FFP2 sera obligatoire dans les transports en commun et dans les magasins, pour lutter contre la hausse des cas de Covid-19.

Un masque plus protecteur pour les lieux les plus à risque de contamination. C’est l’idée mise en place par les autorités de Bavière, en Allemagne, qui ont décidé d’imposer le port d’un masque FFP2 dans les transports en commun et les magasins de la région à la place des masques chirurgicaux ou des masques en tissus.

D’un point de vue sanitaire, le masque FFP2 présente un avantage que n’a pas le masque chirurgical. Le masque FFP2 “protège le porteur du masque contre l’inhalation de particules en suspension dans l’air, avec une filtration de 94 % des aérosols”, rappelle l’INRS, l’Institut national de recherche et de sécurité, alors que le masque chirurgical, “destiné à éviter la projection vers l’entourage des gouttelettes émises par celui qui porte le masque (...), ne protège pas contre l’inhalation de très petites particules en suspension dans l’air”.

“Le FFP2 est un masque très important quand on entre dans un ‘nuage viral’, avec une possible forte concentration du virus. C’est indispensable pour les soignants qui examinent des patients qui ne portent pas de masques, comme les dentistes par exemple”, décrypte Jérôme Marty, médecin généraliste et président du syndicat UFML.

De nombreux inconvénients pour le FFP2

Pourtant, la décision de rendre obligatoire le port d’un masque FFP2 dans certains lieux laisse certains médecins dubitatifs : “D’un point de vue strictement sanitaire, oui cela peut être une bonne idée. Mais il faut prendre en compte le coût du masque FFP2, et ses caractéristiques. Et là, l’idée paraît moins convaincante”, ajoute Michaël Rochoy, cofondateur de Stop-postillons, qui prônait dès le mois de mars le port d’un masque en population.

Si le masque chirurgical est devenu très abordable, à peine quelques centimes l’unité depuis l’accélération de sa production, le masque FFP2 reste bien plus cher, environ 1 euro le masque. “Un coût qui pourrait créer une difficulté pour les ménages les plus modestes”, redoute Michaël Rochoy, médecin généraliste et membre du collectif Du côté de la science.

Le masque FFP2, 10 fois plus cher qu’un masque chirurgical

Sur Internet, on trouve des masques FFP2 vendus par 20, à environ 20-25 euros, selon les sites. Les masques chirurgicaux, dont le prix à l’unité a atteint le plafond de 0,95€ durant la première vague, a nettement baissé. En septembre plusieurs grandes surfaces cassaient les prix en vendant des boîtes de 50 masques à 4,99 euros, soit 10 centimes l’unité.

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Un écart de prix confirmé par Gilles Bonnefond, président de l’Union syndicale des pharmaciens d’officine (USPO). Les masques FFP2 “sont des produits toujours importés de Chine et qui restent assez chers, dix fois plus que les masques chirurgicaux”, expliquait-il en décembre dernier à Libération.

Un masque “pas agréable à porter”

Au problème financier, s’ajoutent des caractéristiques particulières pour un masque FFP2. S’il ne laisse pas entrer les aérosols, il est beaucoup moins facile à porter qu’un masque chirurgical.

“Avec un masque FFP2, dès que vous inspirez, le masque vient se coller à votre visage, pour éviter aux gouttelettes d’entrer. Ce n’est pas agréable à porter, le soir, vous êtes contents de l’enlever”, ajoute le président du syndicat UFML, qui nous précise en porter un durant ses consultations. “Au niveau du souffle, un masque FFP2 va être plus difficile à supporter si vous montez des escaliers, ou si vous faites un autre effort modéré”, ajoute Michaël Rochoy.

Des masques qui avaient été réquisitionnés par l’État

Un inconvénient majeur qui pourrait rendre compliquée l’adhésion à une telle mesure. “Le port du masque chirurgical a mis un peu de temps avant d’être majoritairement accepté. Avec ses caractéristiques particulières, les Français auraient peut être encore plus de mal à adopter le FFP2”, pointe du doigt Jérôme Marty qui craint aussi qu’une telle mesure donne du grain à moudre aux anti-masques.

En France, dès le mois de mars, les masques FFP2 ont été rationnés et distribués par l’État aux seuls établissements de santé, pour faire face au manque de stock. Depuis un décret datant de fin octobre, ils sont accessibles au grand public, mais les préfets peuvent décider d’une réquisition si la situation sanitaire l’exige. Des masques aujourd’hui essentiellement disponibles sur Internet, dans les pharmacies ou dans les magasins de bricolage.

Un bénéfice assez limité

D’un point de vue sanitaire, le bénéfice de rendre obligatoire le masque FFP2 dans certains lieux serait assez limité, estime Michaël Rochoy : “Dans les magasins et les transports, le masque chirurgical est déjà obligatoire, donc la contamination réduite. Si tout le monde porte un masque chirurgical, qui empêche les gouttelettes de sortir du patient malade, il y a peu d’intérêt à porter un masque qui empêche les gouttelettes d’entrer”, simplifie le médecin généraliste.

Autre détail, soulevé par le président du syndicat UFML : “Si on rend le FFP2 obligatoire, il faudrait expliquer la différence avec un FFP2 utilisé dans le BTP, avec une valve. Celui-ci n’a aucun intérêt car il est fait pour protéger contre l’inhalation de produits chimiques ou de poussières. La valve permet de faciliter l’expiration, donc faciliterait la sortie du virus. Porter un tel masque avec une valve, c’est comme le porter aucun masque, car on ne protège personne,” souligne Jérôme Marty.

Des leviers d’action “moins coûteux et plus efficaces” à actionner

“Quand on prend en compte le coût et les inconvénients du FFP2, qu’on le met en face des faibles gains sur la contaminations, je trouve que la balance bénéfice/inconvénient n’est pas en faveur du port du FFP2 obligatoire”, tranche Michael Rochoy. “En faire la promotion, communiquer autour, pourquoi pas, mais le rendre obligatoire, vu le coût, c’est créer des inégalités pour un bénéfice collectif faible”, estime le médecin.

Pour lui, le gouvernement a à sa disposition des leviers d’actions “qui seraient bien moins coûteux et plus efficaces” pour enrayer les contaminations, comme les lieux à risque, les cantines ou les lieux de restauration d’entreprise.

Une expérience avec des FFP2 concluante durant un concert

En Espagne, une expérience grandeur réelle a été menée pour étudier des conditions sanitaires permettant la reprise des concerts. Parmi les mesures en place durant cette expérience, le port d’un masque de type FFP2 était obligatoire pour les participants.

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Aucune personne du groupe des participants n’a été testée positive lors du dépistage réalisé 8 jours après l’événement. “Le résultat aurait peut-être été le même avec des masques chirurgicaux”, remarque Jérôme Marty, qui regrette que l’expérience n’ait pas également pris en compte un groupe de participants avec ce type de masques.

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