Coronavirus : maître d'hôtels, serveurs, ces "extras" se sentent "oubliés de la République"

Les précaires de l'hôtellerie, de la restauration et de l'événementiel se mobilisent pour alerter sur leur situation.

Avec le confinement, leur secteur d’activité est à l’arrêt. Ces “extras”, qui n’ont pas droit au chômage partiel, s’inquiètent pour leur avenir et réclament le retrait de la réforme de l’assurance chômage.

Ils manifestent dans la plus grande discrétion depuis plusieurs jours. Au pied de la tour Eiffel, devant le château de Versailles, à Paris, à Rouen, Bordeaux ou encore Cannes. Regroupés en différents collectifs, les précaires de l’hôtellerie, de la restauration et de l’évènementiel se mobilisent pour alerter sur leur situation.

Leur secteur d’activité fait qu’ils enchaînent habituellement des contrats précaires, les CDDU, des contrats à durée déterminée d’usage. Mais depuis la mi-mars et le début du confinement, le système ne tient plus. Leurs secteurs d’activité, qui n’ont pas encore repris, devraient être à l’arrêt ou au ralenti pour encore plusieurs semaines.

“Après, je n’aurai plus rien”

Au fur et à mesure que les jours passent, pour ces extras qui ne sont pas éligibles au chômage partiel car pas en CDI, les jours d’indemnisation se réduisent. “Il me reste une soixantaine de jours, après je n’aurai plus rien. Je devrai faire une demande de RSA”, nous explique Frédéric, maître d’hôtel et membre du collectif CPHRE, le Collectif des Précaires de l'Hôtellerie, de la Restauration et de l'Evénementiel.

Avec son collectif, il a mené deux actions mardi à Paris, pour alerter sur la situation des précaires, de la restauration, de l’évènementiel, mais pas seulement. “On veut représenter le plus de secteurs possibles, qui sont touchés par cette précarité. Aujourd’hui, nous sommes 500 000 sans droits, on sera 1,6 millions dans six mois”, ajoute ce membre du CPHRE.

L’inquiétude est d’autant plus importante qu’il n’y a “aucune visibilité pour la reprise de l’activité dans l’évènementiel”, s’inquiète-t-il. Sans aucun activité depuis deux mois, et avec une situation qui pourrait durer dans les semaines à venir, impossible pour ces “intermittents de l’emploi” de recharger leurs droits au chômage. “Le confinement a eu lieu pendant une période d’activité habituellement forte dans notre secteur, c’est catastrophique”, s’alarme Frédéric.

“Eviter une précarité inextricable”

Pour parer au plus pressé, et éviter une “précarité inextricable”, les “intermittents de l’emploi” réclament au gouvernement le gel des indemnités journalières gagnées selon leurs jours travaillés, au moins pendant la période de confinement, et jusqu’à la période de reprise totale de l’activité, sans doute en janvier 2021”, nous explique Alexis Carbajo secrétaire général de l’OPRE, l’Organisation du Personnel de la Restauration dans l’Evenementiel.

Car depuis le 1er novembre, et l’entrée en vigueur du premier volet de la réforme de l’assurance chômage, les conditions d’accès au chômage sont plus restrictives. Il faut désormais avoir travaillé 130 jours (910 heures soit 6 mois) sur les 24 derniers mois (contre 4 mois sur les 28 derniers mois jusqu'à présent). “Entre novembre et l’arrêt de l’activité en mars, peu d’extras ont pu recharger leurs droits”, détaille Frédéric, membre du collectif CPHRE.

La réforme de l’assurance chômage dans leur viseur

Un deuxième volet, qui devait entrer en vigueur en avril et qui a été repoussé à septembre, les inquiète tout autant. Il s’agit du mode de calcul de l’allocation chômage. Le salaire de référence ne sera plus calculé en prenant en compte les jours travaillés sur les 12 derniers mois, mais sur un “revenu moyen mensuel qui prendra en compte les jours travaillés, mais aussi les périodes d’inactivité”, rappelle le site vie-publique.fr

Les collectifs réclament l’abrogation de la réforme de l’assurance chômage, alors que l’arrêt d’activité dû au Covid-19 a aggravé leur précarité. Ils redoutent que cette réforme n’aggrave la précarité dans laquelle le Coronavirus a précipité leur secteur d’activité.