Coronavirus: Macron veut sa commission, Larcher "stupéfait"

Anthony Berthelier
L'exécutif veut sa commission pour évaluer la gestion du coronavirus, Larcher "stupéfait" (Photo: AFP)

POLITIQUE - Pas encore appliquée, ni même officialisée, l’idée fait des remous jusque dans les rangs des députés de la majorité. Selon plusieurs médias, l’exécutif souhaite créer une commission d’enquête indépendante sur la gestion du coronavirus. Elle s’ajouterait aux deux commissions d’enquête parlementaires déjà programmées. 

Le gouvernement pourrait annoncer prochainement “la création d’une commission qui portera un regard indépendant et collégial sur la gestion de la crise” du coronavirus, a indiqué vendredi à l’AFP une source proche de l’exécutif. À LCI, l’Élysée confirme sa “volonté d’un retour d’expérience conduit de façon impartiale”, “un regard indépendant et transparent” sur la gestion de la crise sanitaire. 

Une éventualité qui ne plaît pas, du tout, à Gérard Larcher. Le président Les Républicains du Sénat est “stupéfait”, tel qu’il l’a écrit sur Twitter ce samedi 6 juin. 

La veille, c’est Éric Ciotti (tout juste nommé rapporteur de la commission d’enquête de l’Assemblée) qui fustigeait “une démarche inédite, osée, un peu ridicule et particulièrement choquante” dans les colonnes du Parisien. “On voit bien qu’on est dans un pouvoir qui essaie d’avoir une commission à sa main. En même temps… On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même”, a-t-il expliqué. 

″Étouffer les choses par des comités d’experts”

Une commission créée par le gouvernement “est une bizarrerie institutionnelle” et “ce qui m’inquiète dans cette pseudo commission indépendante, au-delà de la supercherie, c’est surtout qu’on voit bien finalement que l’objectif, c’est d’étouffer les choses par des comités d’experts” alors que ”ça doit être le retour du politique”, a également lancé sur Europe 1 le chef de file des députés LR, Damien Abad.

En outre, cette commission “apparaît à quelques égards déplacée par rapport aux commissions d’enquête qui seront mises en place à l’Assemblée nationale et au Sénat. Il faut respecter les institutions, respecter le travail parlementaire, et faire en sorte que ce soit le politique qui décide et pas les scientifiques”, a ajouté le député de l’Ain.

À gauche, même agacement. Ce projet montre que “le président de la République doute de l’impartialité du travail à venir des commissions d’enquêtes parlementaires sur la gestion de la crise sanitaire”, a pour sa part estimé le chef de file des sénateurs socialistes Patrick Kanner sur Twitter. “Ce nouveau mépris pour le Parlement témoigne encore une fois de l’isolement du pouvoir”, a ajouté le sénateur du Nord. 

“Donc Sénat-Assemblée, maintenant l’Élysée qui enquête sur lui-même. Je pense qu’à la sortie, on aura trois rapports”, a relevé sur LCI l’eurodéputé soutenu par le RN, Thierry Mariani, qui a cru à “un gag”. “Ca permettra un peu de noyer les responsabilités” et “on brouillera le message”, a-t-il critiqué.

Même du côté de La République en marche, l’éventualité ne fait pas l’unanimité. Le député du Cher François Cormier-Bouligeon, rappelle, comme ses collègues LR que “nul autre que l’Assemblée nationale n’a la légitimité démocratique pour évaluer la gestion de la crise.” La constitution de la Ve République est claire”, écrit l’élu de la majorité.  

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Un conseiller du Premier ministre a toutefois confié à l’AFP qu’il ne s’agissait “pas vraiment d’une commission d’enquête mais d’une commission d’information”, qui n’a pas encore de nom et n’est pas encore constituée. Il dit avoir reçu jeudi “la commande” de mettre sur pied cette commission, qui “doit aider l’exécutif à faire un retour d’expérience sur à la fois ce qu’il s’est passé, bien passé, mal passé, en France et à l’étranger”.

Pour ce conseiller, l’objectif n’est pas d’y mettre des parlementaires mais “des experts indépendants” qui porteront “un œil sur ce qu’il s’est passé”, “pourquoi on n’avait pas de masques, le problème des médicaments etc”.

Il faut dire que, même si l’Élysée n’a pas encore dévoilé tous les détails, ces petites interventions dans la presse interviennent au moment où l’Assemblée nationale vient juste d’installer sa commission d’enquête. Le Sénat a prévu d’installer la sienne à la fin du mois.

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