Coronavirus: Macron écartelé entre catastrophe sanitaire et désastre économique

Anthony Berthelier
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Macron écartelé entre ravages sanitaires et désastre économique avec la crise du coronavirus (Photo: ASSOCIATED PRESS)
Macron écartelé entre ravages sanitaires et désastre économique avec la crise du coronavirus (Photo: ASSOCIATED PRESS)

POLITIQUE - Le remède risque-t-il d’être pire que le mal lui-même? C’est avec ces mots que le président des États-Unis Donald Trump a synthétisé le dilemme qui s’impose aux dirigeants du monde face à l’épidémie de coronavirus: comment faire repartir une économie brutalement mise à l’arrêt, sans risquer d’aggraver la situation sanitaire et submerger les hôpitaux?

En France, la question du coût économique et social des mesures de confinement commence à être soulevée. Des voix, comme celle du patron du Medef, appellent les entreprises et les salariés à reprendre leur activité alors que le pays va entrer dans sa cinquième semaine de confinement.

“On ne pourra pas rester très longtemps avec sept millions de salariés en chômage partiel (...) J’appelle donc tous les entrepreneurs qui le peuvent à reprendre dès maintenant leur activité, en respectant bien entendu les règles sanitaires de sécurité”, a ainsi lancé Geoffroy Roux de Bézieux dans une interview au Figaro vendredi 10 avril. Depuis, la ministre du Travail Muriel Pénicaud a annoncé ce samedi que 8 millions de salariés étaient désormais concernés.

Mais tous ne partagent pas les mêmes préoccupations dans l’immédiat. Quelques heures après la parution de cet entretien, l’OMS s’inquiétait d’une “résurgence mortelle” de la pandémie en cas de déconfinement hâtif. Un avertissement envoyé à tous les gouvernements qui envisageraient un retour rapide à la normale, à l’unisson de la communauté médicale qui craint autant un “effet Coupe du monde” qu’un relâchement trop précoce.

Autant de prises de position qui placent Emmanuel Macron face à un choix crucial avant son allocution attendue lundi 13 avril au soir.

Peur sur l’économie

Au menu du discours du chef de l’État: dessiner les contours du déconfinement, rassurer les soignants et jeter les bases d’une reprise économique. Le président a eu “deux messages: ce n’est pas le moment de baisser la garde car le confinement reste le moyen de faire décroître l’épidémie. Et il faut réfléchir au déconfinement même si, à l’évidence, on n’en est pas là”, a confirmé Yves Veyrier, le patron du syndicat Force Ouvrière, à l’issue d’une audioconférence avec le chef de l’État pour préparer son allocution.

Ou comment ménager la chèvre et le chou alors que les mauvaises nouvelles économiques s’ajoutent aux ravages sanitaires causés par l’épidémie de coronavirus

Le gouvernement prévoit désormais que le Produit intérieur brut français chute de 6% cette année,“la plus grande récession en France depuis 1945”, selon Bruno Le Maire.

Une partie importante de la population ne peut se rendre sur son lieu de travail et certaines entreprises voient leur activité fortement ralentir, si ce n’est s’arrêter sur décision du gouvernement, comme dans la restauration, le spectacle ou les commerces non essentiels. “L’impact économique, il est massif, il est très négatif, il est brutal et il va susciter en France comme partout dans le monde un choc économique que chacun imagine mais dont personne ne sait encore la totalité de l’impact”, avait pour sa part mis en garde mercredi le Premier ministre Edouard Philippe.

Les soignants en alerte

Pour contrer ces ravages, certains s’organisent et font donc pression sur le gouvernement pour qu’il relance l’économie au plus vite. Une reprise progressive de l’activité qui n’est pas à exclure dans un futur proche. Au delà du Medef, Laurent Berger, le patron de la CFDT, plaide lui pour “un protocole de fin de confinement” pour l’organiser dans les meilleures conditions sanitaires possibles.

Comme ils l’ont fait depuis le début de la crise, Emmanuel Macron puis son gouvernement devraient donc envoyer des signaux aux sphères industrielles et économiques. Ils pourraient enjoindre à nouveau, et plus qu’avant, les salariés à poursuivre leur activité si elle est compatible avec les règles sanitaires en vigueur. Quitte à désespérer certains professionnels de santé.

“Je me mets à la place des gens à qui on dit vous pouvez sortir faire votre jogging mais pas aller au parc. Vous devez limiter les contacts mais devez aller travailler alors même que votre travail n’est pas indispensable au fonctionnement de l’État...”, déplore Thierry Amouroux, le porte-parole du syndicat des infirmiers, dénonçant auprès du HuffPost “le discours complètement incohérent” du gouvernement.

Comme lui, nombreux sont les professionnels de santé à s’inquiéter d’un retour trop rapide à la vie normale. Quotidiennement confrontés aux ravages de l’épidémie de coronavirus, ces soignants craignent un relâchement qui provoquerait une deuxième vague de la maladie alors que la France n’a semble-t-il pas encore atteint son pic épidémique.

Des inquiétudes relayées vendredi soir par l’Organisation Mondiale de la Santé. “Je sais que certains pays préparent déjà la transition pour sortir des restrictions de confinement. Comme tout le monde, l’OMS aimerait voir les restrictions levées. Mais lever les restrictions trop rapidement pourrait entraîner une résurgence mortelle” de la pandémie, a mis en garde Tedros Adhanom Ghebreyesus le patron de l’organisation.

La tâche s’annonce donc complexe pour Emmanuel Macron, pris en étau entre un monde médical pour lequel la santé doit primer sur tout le reste, et une réalité économique qui terrifie les entreprises. “En tant qu’épidémiologiste, on donne les arguments, les illustrations, une description de la situation possible ou probable et c’est au politique de voir comment résoudre l’équation”, résumait l’enseignant chercheur Pascal Crépey au HuffPost le 22 mars. Une équation à beaucoup d’inconnues.

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