Coronavirus: L'UE prépare un bouclier pour ses entreprises stratégiques

par Francesco Guarascio et Gabriela Baczynska
CORONAVIRUS: L'UE PRÉPARE UN BOUCLIER POUR SES ENTREPRISES STRATÉGIQUES

par Francesco Guarascio et Gabriela Baczynska

BRUXELLES (Reuters) - Les dirigeants des Vingt-Sept doivent valider ce jeudi un dispositif de protection des entreprises stratégiques européennes d'éventuelles tentatives de prise de contrôle étrangères hostiles, selon le projet de conclusions du sommet prévu ce jeudi en visioconférence, que Reuters a pu consulter.

Les entreprises cotées en Bourse sont devenues des cibles avec la chute des marchés d'actions à travers le monde sur fond de pandémie de coronavirus, qui a mis en avant le caractère crucial de plusieurs acteurs, dans le secteur pharmaceutique entre autres.

A l'occasion de leur visioconférence prévue à partir de 16h00 (15h00 GMT), les dirigeants des 27 Etats membres de l'Union européenne (UE) doivent convenir de prendre "toutes les mesures nécessaires pour protéger les actifs et technologies stratégiques d'investissements étrangers qui pourraient menacer les objectifs légitimes des politiques publiques", peut-on lire dans le projet de conclusions.

La Commission européenne, bras exécutif de l'UE, a publié mercredi des orientations visant à mieux préserver les entreprises et actifs européens d'intérêt général.

"Comme dans toute crise, lorsque les actifs de nos industries et de nos entreprises sont mis à rude épreuve, il nous faut protéger notre sécurité et notre souveraineté économique", a déclaré la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, citée dans un communiqué.

Pour l'exécutif européen, doivent être notamment considérés comme "critiques" les actifs et entreprises de domaines "tels que la santé, la recherche médicale, la biotechnologie et les infrastructures essentielles à notre sécurité et à l'ordre public", est-il précisé dans ce communiqué.

Les règles en vigueur dans l'UE permettent déjà aux Etats membres de bloquer des acquisitions dans des secteurs stratégiques, d'imposer des restrictions sur certaines opérations ou de filtrer certains investissements directs étrangers (IDE).


CHANGEMENT DE PARADIGME ?

Les dernières recommandations publiées par la Commission visent donc à s'assurer que les pays membres exploitent tous les outils à leur disposition - tant dans la législation européenne que nationale - pour éviter que des investissements de pays tiers qui "pourraient porter atteinte à la sécurité et à l'ordre public de l'Europe".

Les dirigeants européens devraient apporter leur soutien à ces recommandations, qui font écho aux appels réitérés de Paris et Berlin à un assouplissement des règles européennes de la concurrence afin de favoriser l'émergence de géants européens capables de faire face à la concurrence chinoise et américaine.

"Cela contribuera à l'autonomie stratégique de l'UE, pendant cette crise et au-delà", peut-on lire dans le projet de texte final, qui semble confirmer que la crise sanitaire en cours aura un impact durable sur le fonctionnement du bloc et ses relations avec le reste du monde.

Dans ce contexte, la défense s'organise d'ores et déjà à l'échelle nationale.

Le ministre français de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, avait estimé fin février que la France et l'Europe devaient trouver le moyen de garantir leur "indépendance d'approvisionnement" en rapatriant certaines productions stratégiques.

En Italie, le ministre de l'Economie, Roberto Gualtieri, a annoncé mardi au Parlement que le gouvernement travaillait à la mise au point d'un bouclier permettant de protéger les industries identifiées comme stratégique en cas de crise épidémique, sismique, technologique ou géopolitique.


PREMIER VOTE À DISTANCE DES EURODÉPUTÉS

Plus largement, le Conseil européen de ce jeudi devrait se solder par un engagement des dirigeants des Vingt-Sept à tout faire pour renforcer la stabilité des chaînes de valeur mondiale et pour "les adapter si nécessaire".

Parallèlement au Conseil européen, le Parlement européen devait de son côté valider ce jeudi une série de mesures destinées à lutter contre les effets de la pandémie de Covid-19 dans l'UE.

Les eurodéputés, appelés à voter à distance pour la première fois de l'histoire de l'institution, doivent notamment valider le déblocage de 37 milliards d'euros de fonds européens pour aider les Etats membres à lutter contre les répercussions économiques de la crise sanitaire.

Ils doivent aussi se prononcer sur un assouplissement des règles communautaires sur les créneaux aériens afin d'éviter les "vols fantômes" quasi vides uniquement destinés à prévenir la perte de ces précieux "slots" d'atterrissage et de décollage.



(Avec Marine Strauss ; version française Myriam Rivet, édité par Marc Angrand)