Coronavirus: l’essor d’une diplomatie médicale

Livraisons de masques, de blouses médicales voire de respirateurs d’un pays à un autre, accueil de patients : les coups de projecteur et les annonces se multiplient. Mais cette solidarité au coup par coup dans la crise sanitaire qui secoue le monde est aussi une question d’image et d’influence.

Il n’y a pas qu’en Italie que Pékin soigne son influence ; la Chine a aussi envoyé du personnel au Venezuela. Huit spécialistes, des médecins et des scientifiques, sont arrivés sur place lundi 30 mars. C’était la toute première mission chinoise en Amérique latine. La Chine est, il est vrai, l'un des principaux alliés du régime de Nicolas Maduro. Pendant ce temps, l’image de grand frère solidaire que veut se donner Pékin a en revanche pris un coup dans l’aile en Europe.

D'abord en raison de la qualité du matériel envoyé. Le ministère de la Santé des Pays-Bas a dû rappeler en fin de semaine dernière 600 000 masques filtrants en raison de failles dans la protection. Jeudi, ce sont les autorités espagnoles qui ont retiré 58 000 tests de dépistage du Covid-19. L’Office européen anti-fraude (OLAF) a d’ailleurs annoncé ce mardi le lancement d’une enquête sur les équipements médicaux défectueux importés de Chine.

En cause, aussi, l’attitude des ambassades. En France, les tweets de la représentation chinoise laissent pour le moins perplexe entre celui où elle diffuse des recettes de médecine traditionnelle chinoise contre le Covid-19 ou bien cette série où elle suggère que la pandémie a débuté aux États-Unis. Une étonnante manière de redorer son blason.

Ne pas se laisser « intoxiquer »

Autre pays très actif dans la lutte contre le coronavirus : Cuba. Samedi 28 mars, La Havane a envoyé 39 médecins et infirmiers vers la principauté d'Andorre. C’est le deuxième pays européen auquel l'île apporte son aide après l’Italie. Mais cette diplomatie médicale, essentiellement russe et chinoise, agace en Europe. Ce week-end, Emmanuel Macron appelait dans la presse italienne à ne pas se laisser « intoxiquer » par le récit de certains pays ayant largement communiqué sur leur aide aux autorités italiennes.

« Pourquoi ne dit-on pas que la France et l’Allemagne ont livré deux millions de masques et des dizaines de milliers de blouses en Italie ? », a insisté le président français. Emmanuel Macron a plaidé ce mardi matin pour une reconstruction de la « souveraineté nationale et européenne » à l'issue de la crise du coronavirus. Il souhaite notamment que la France acquière son « indépendance pleine » en matière de masques de protection « d'ici à la fin de l'année ».

Cela n’empêche pas la France, avec les Européens, de jouer sa carte dans cette diplomatie médicale. Paris Berlin et Londres ont ainsi livré ce mardi à l'Iran du matériel médical via Instex, un mécanisme de troc mis en place pour contourner les sanctions américaines en janvier 2019. Alors que la République islamique est durement frappée par la pandémie de coronavirus (40 000 personnes touchées et 2 757 morts, selon des chiffres officiels), les États-Unis refusent toujours de lever les sanctions rétablies depuis leur retrait de l’accord sur le nucléaire en mai 2018.

Washington participe également à cette diplomatie médicale. Après avoir débloqué 274 millions de dollars d’aide pour 62 pays affectés, l’administration américaine a annoncé ce mardi l’envoi de 100 millions de dollars de matériel médical à l’Italie, la France et l’Espagne. La Turquie vient aussi de faire un geste, avec l’envoi ce mercredi en Espagne d’un avion transportant du matériel médical, et dans les prochains jours pour l’Italie d’un navire du Croissant-Rouge turc.