Coronavirus: l'épidémie avance en Afrique, mesures drastiques au Rwanda

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Des élèves rwandais se lavent les mains conformément aux recommandations à Kigali, le 16 mars 2020

Kigali (AFP) - Le Rwanda était bouclé dimanche et sa population confinée pour endiguer l'épidémie de coronavirus, des mesures parmi les plus drastiques prises en Afrique subsaharienne, une région du monde aux systèmes de santé fragiles où le nombre d'infections ne cesse de grimper.

Du Burkina Faso, en Afrique de l'Ouest, à l'île Maurice, au large de la côte est, des gouvernements ont interdit des rassemblements publics et fermé des écoles, églises, mosquées, restaurants, bars et aéroports.

L'Ouganda et l'Erythrée ont rejoint la liste des pays africains qui ont annoncé ce week-end leurs premiers cas confirmés de Covid-19. Et la Tanzanie, l'Ethiopie, Maurice et le Kenya ont fait état de cas supplémentaires.

Le Kenya, qui a fait état dimanche de 8 nouveaux cas (15 au total), a annoncé la suspension de tous les vols internationaux à compter de mercredi minuit, à l'exception des vols cargo.

Plus d'un millier de cas d'infection ont été recensés en Afrique subsaharienne.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) s'était inquiétée à plusieurs reprises ces derniers jours d'une poussée de la pandémie sur le continent africain, dont les systèmes de santé manquent cruellement de moyens.

L'Ethiopie a reçu livraison dimanche d'1,1 million de kits de test, six millions de masques et 60.000 combinaisons de protection de la part du milliardaire chinois Jack Ma.

- ruée des habitants -

Dans le centre de Kigali, les rues étaient quasi désertes dimanche, au lendemain des mesures drastiques annoncées par le gouvernement. Les magasins de la capitale étaient fermés, les arrêts de bus désertés et le principal marché du pays, habituellement très animé le dimanche, était étrangement calme. Les habitants se sont cependant rués dans d'autres centres commerciaux pour faire des stocks de nourriture, anticipant un long confinement.

Les autorités ont fait état de 17 cas confirmés, le nombre le plus élevé en Afrique de l'Est.

Tous les déplacements non essentiels et les visites hors du domicile sont désormais interdits, à l'exception des sorties pour s'approvisionner, se faire soigner ou se rendre à la banque.

Les frontières sont fermées, sauf pour le trafic de marchandises et pour les Rwandais de retour au pays.

L'Ouganda voisin a également décidé samedi soir de fermer ses frontières. Aucun avion ne pourra plus atterrir, sauf les vols d'urgence. "Nous n'accepterons plus de passager entrant" sur le territoire, a déclaré le président Yoweri Museveni.

Sur l'île Maurice, à quelque 1.800 km au large de la côte est de l'Afrique, personne ne circulait dimanche dans les rues de la capitale, Port Louis.

Les 1,3 million d'habitants de Maurice, qui a enregistré un mort et 17 cas confirmés, doivent rester confinés chez eux depuis vendredi.

Après la découverte d'un nouveau cas, le quatrième, le Congo-Brazzaville a également annoncé "la fermeture immédiate et jusqu'à nouvel ordre de toutes les frontières". L'Angola, qui a fait état de ses deux premiers cas samedi, a fermé la sienne avec la RDC.

La Côte d'Ivoire et le Burkina Faso (4 décès), qui a enregistré mercredi le premier décès lié au coronavirus en Afrique subsaharienne, devaient également fermer leurs frontières à partir de ce weekend.

Au Burkina, pays sahélien de 20 millions d'habitants, un couvre-feu a été instauré de 19h00 à 5h00 du matin.

Le Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique avec 200 millions d'habitants, a fortement durci samedi ses mesures face à la pandémie, en imposant notamment la fermeture partielle de lieux publics et de deux aéroports internationaux.

- 'Nous voulons prier' -

Lagos, mégalopole de 20 millions d'habitants à la population extrêmement dense, avait déjà adopté des mesures strictes de protection, en ordonnant la fermeture de tous les bars, restaurants, boîtes de nuit vendredi soir, avec "effet immédiat".

Mais ces dispositions s'annoncent extrêmement difficiles à mettre en place dans une ville où la grande majorité de la population dépend de l'économie informelle et où les rassemblements religieux, à l'église ou à la mosquée, attirent parfois des dizaines de milliers de personnes.

"Nous voulons prier, le corona n'est pas ici, c'est les blancs qui nous l'ont amené", affirmait dimanche à l'AFP Judith, jeune femme endimanchée, tandis que le pasteur de la Celestia church of Christ de Makoko, un bidonville de Lagos, tentait malgré tout de disperser ses fidèles.

Le gouvernement du Sénégal, où près de 60 cas ont été répertoriés, s'est également voulu ferme samedi, écartant "toute tolérance" au sujet de l'interdiction des rassemblements.

Le gouverneur de Dakar a fermé jeudi les mosquées dans la région mais des prières collectives y ont été organisées vendredi.

Au Zimbabwe, un pays d'Afrique australe à genoux après deux décennies de crise économique, le président Emmerson Mnangagwa a déclaré cette semaine l'état de catastrophe nationale et annoncé la fermeture des écoles. Les rassemblements de plus de 100 personnes sont interdits.

Mais le gouvernement a dénoncé dimanche l'irresponsabilité de nombreux fidèles qui se sont pressés dans les églises à Harare, malgré cette interdiction.