Coronavirus : hospitalisée, une Marocaine filme les conditions désastreuses de son confinement

Une vidéo publiée le 16 mars a suscité une vive polémique au Maroc. Elle a été tournée par une patiente hospitalisée depuis trois jours à l’hôpital Moulay Abdellah à Salé, dans le nord du pays : elle dénonce la saleté de sa chambre et se balade dans les couloirs déserts du service de l’hôpital dédié aux malades du Covid-19, bafouant au passage les règles de son propre confinement.

La patiente hospitalisée commence sa vidéo en sortant explorer les couloirs de l’unité de confinement de l’hôpital. "Regardez, des détritus qui s’entassent dans les couloirs ! Je suis hospitalisée depuis trois jours, et ces sacs-poubelle n’ont pas bougé", s’insurge-t-elle.


Toujours dans les couloirs déserts, on aperçoit (à 0:53) des bennes débordant de combinaisons de protection, visiblement usées, et de masques bleus. Plus loin, elle croise des chariots abandonnés :

"Les médecins nous parlent à travers la porte. Ils ont peur de nous !"

La nourriture n’a pas bougé depuis hier. Personne ne vient nous voir ici, personne ne vient nous demander comment on va. Le savon n’a été ramené qu’aujourd’hui [le 16 mars, NDLR]. Je suis hospitalisée depuis trois jours et je n’en ai pas vu la couleur.

La poubelle traîne depuis hier matin dans le couloir. La propreté est inexistante. Pas une femme de ménage n’est passée. Hier [dimanche 15 mars, NDLR], je me suis plainte de la saleté dans ma chambre, on m’a apporté un seau et une serpillère pour que je fasse moi-même le ménage. J’ai dû le faire : tout est sale !


La vidéo se poursuit, la femme pénètre dans la chambre d'une autre patiente. Le sol est jonché de mouchoirs usés, et les affaires personnelles de la seconde patiente sont simplement posées par terre.
 

Depuis que j’ai été admise [vendredi 13 mars], les médecins nous parlent à travers la porte. Hier [dimanche], un médecin est venu dans l’unité. Il n’a pas dépassé le seuil de la porte de ma chambre. J’étais alors alitée [elle indique la distance entre le seuil et son lit de sa main]. Il me disait de ne pas m’approcher de lui et de garder le lit. Les médecins ont peur de nous !


Selon la patiente, le personnel médical se contente de demander - par téléphone - aux personnes confinées à l’hôpital és’ils ont besoin de quelque choseé, mais ne leur apportent pas de soins, ni ne leur font des tests médicaux.
 

Depuis trois jours, je dis au personnel que j’ai mal à la gorge et à la poitrine. Mais c’est comme si je parlais à un mur. Personne n’est venu me consulter. Je n’ai pas fait de radio du thorax non plus.


Un hôpital aux ressources insuffisantes face au virus

La vidéo se termine par un coup de gueule :
 

Nous sommes admis dans cet hôpital pour être testés, pour savoir si nous sommes atteints ou non du virus. On m’a dit que si je n'arrêtais pas de me plaindre des conditions du confinement, des gendarmes viendraient m’obliger à garder ma chambre. Les médecins me disent que mon état est stable, et donc que je n’ai pas besoin de faire de radios ou de tests.

Pourquoi je n’irais pas me confiner chez moi dans ce cas ? Ce n’est pas normal de me garder ici, sans douche, sans eau chaude et entourée de toute cette saleté ! Si nous ne sommes pas malades à notre admission dans cet hôpital, nous le serons à notre sortie !


Selon le ministère de la Santé marocain, le directeur de l’hôpital a été limogé pour "faute professionnelle grave", à la suite de la publication de cette vidéo. La patiente, quant à elle, fait l’objet d’une plainte de la part du Ministère de la Santé pour avoir "rompu les règles du confinement."

Nous avons tenté de contacter l'hôpital Moulay Abdellah de Salé, qui était injoignable.
De même, nous avons contacté le ministère marocain de la Santé. Nous publierons sa réponse si elle nous parvient.

L’hôpital Moulay Abdellah de Salé a déjà fait, depuis son inauguration en juillet 2019, l’objet de vives critiques émises par son propre personnel. Il dénonçait l’insuffisance des moyens mis à la disposition des soignants et des patients. Face aux 66 cas de coronavirus confirmés ce vendredi dans le Royaume, "la situation déplorable" de l’établissement se confirme avec ce témoignage filmé.

Article écrit par Fatma Ben Hamad.