Coronavirus: L'épidémie se propage hors du foyer principal

par Pei Li et Se Young Lee
CORONAVIRUS: L'ÉPIDÉMIE SE PROPAGE HORS DU FOYER PRINCIPAL

par Pei Li et Se Young Lee

PEKIN/SEOUL (Reuters) - Plus de 200 cas de pneumonie due au nouveau coronavirus ont été diagnostiqués dans deux prisons chinoises et une centaine d'autres ont été décelés en Corée du Sud, ont fait savoir vendredi les autorités sanitaires, ce qui alourdit le bilan de l'épidémie hors de la province chinoise du Hubei, son foyer principal.

L'annonce de la présence de malades parmi les détenus et la découverte d'une trentaine de nouveaux cas dans un hôpital de Pékin ont mis fin à 16 jours consécutifs de recul du nombre quotidien de nouveaux cas chinois hors de cette province, où le virus est apparu en décembre.

Au total, 396 cas et quatre décès ont été dénombrés dans la capitale chinoise. Dans son bilan quotidien, la Commission nationale de la santé a fait état de 889 nouveaux cas décelés jeudi en Chine continentale, alors que 394 nouveaux avaient été recensés la veille.

Sur ce total, 258 cas ont été enregistrés hors du Hubei, dont 234 dans deux prisons, l'une située dans la province septentrionale de Shandong et l'autre dans la province orientale de Zhejiang.

Plusieurs membres de l'administration locale, jugés responsables de la propagation du virus, ont été démis de leurs fonctions, selon des médias locaux.

En Chine continentale, le bilan s'élève désormais à 75.465 cas et 2.236 décès.

Selon le bureau politique du Parti communiste, qui s'est réuni autour du président Xi Jinping, le pic de l'épidémie n'a pas encore été atteint.

Xu Nanping, vice-ministre des Sciences et de la Technologie, a annoncé que les essais cliniques du premier vaccin chinois débuteraient fin avril, ce qui correspond aux échéances des recherches menées dans d'autres pays. D'après l'Organisation mondiale de la santé (OMS), un vaccin pourrait être commercialisé dans un an et demi.

Les autorités sanitaires espèrent que l'arrivée d'un temps plus chaud dans l'hémisphère nord ralentira entre-temps la progression de l'épidémie.

Cette crise sanitaire, dont les répercussions sur la croissance mondiale inquiètent de plus en plus, devrait figurer au coeur des discussions de la réunion des ministres des Finances et gouverneurs de banques centrales des pays du G20 samedi et dimanche à Ryad, a déclaré le gouverneur de la Banque du Japon (BoJ), Haruhiko Kuroda.


PLUS DE 200 CAS EN CORÉE DU SUD

"Nous observons l'impact (de cette épidémie) avec une vive préoccupation et surveillons de près les risques baissiers", a-t-il déclaré devant le Parlement à Tokyo avant de s'envoler pour Ryad.

A l'échelle mondiale, l'épidémie concerne 26 pays et territoires en dehors de la Chine continentale, et elle a fait 11 morts, selon le bilan établi par Reuters.

La Corée du Sud est la plus touchée avec 204 cas, dont 100 ont été confirmés vendredi. La plupart des malades se trouvent à Daegu, ville de 2,5 millions d'habitants, où un "événement de super propagation" s'est produit dans une église, selon les autorités.

Treize cas supplémentaire ont par ailleurs été confirmés en Iran, où le bilan s'élève désormais à 18 contaminations et quatre décès, et un premier cas a été signalé au Liban.

Deux premiers décès - un couple d'octogénaires - avaient également été enregistrés jeudi parmi les passagers du Diamond Princess, navire de croisière en quarantaine dans le port japonais de Yokohama depuis le 3 février et principal foyer de l'épidémie hors de Chine continentale, avec plus de 630 cas d'infection.

Le débarquement des passagers dont les tests se sont avérés négatifs a commencé mercredi et plusieurs centaines d'entre eux devraient quitter le paquebot vendredi.

A Tokyo, qui se prépare à accueillir les Jeux olympiques d'été en juillet, la municipalité a décidé d'annuler ou de reporter tous les grands événements prévus en intérieur au cours des trois prochaines semaines, selon l'agence de presse Jiji.

En Europe, six cas supplémentaires ont été découverts en Italie.

A la veille du G20 Finances de Ryad, le Fonds monétaire international (FMI) a jugé qu'il était trop tôt pour évaluer les conséquences de cette crise sanitaire sur la croissance mondiale.

"Nous espérons encore que les répercussions se manifesteront sous la forme d'une courbe en V", soit une forte baisse en Chine suivie d'un net rebond une fois que le virus aura été maîtrisé, a déclaré la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva.

"Mais nous n'excluons pas qu'il puisse y avoir un scénario différent, comme une courbe en U avec un impact qui dure un peu plus longtemps."

Le ministère chinois du Commerce, qui a prévenu vendredi que les exportations et les importations de la deuxième puissance économique mondiale chuteraient en janvier et février, a annoncé envisager des mesures de soutien financier supplémentaires pour soutenir les entreprises face à l'impact de l'épidémie.

En France, le gouvernement a maintenu sa prévision d'un impact limité de l'épidémie sur la croissance et annoncé une série de mesures pour soutenir les entreprises françaises pénalisées.


(Ryan Woo, Lusha Zhang et Huizhong Wu à Pékin, Cynthia Kim et Joori Roh à Séoul, Tetsushi Kajimoto, Elaine Lies, Chang-Ran Kim et Tim Kelly à Tokyo, Colin Packham à Sydney, Donny Kwok à Hong Kong, Ahmed Eljechtimi à Rabat; version française Arthur Connan, Myriam Rivet et Jean-Philippe Lefief, édité par Marc Angrand)