Coronavirus: La France face à "plusieurs jours difficiles"

par Marine Pennetier et Henri-Pierre André
CORONAVIRUS: LA FRANCE FACE À "PLUSIEURS JOURS DIFFICILES"

par Marine Pennetier et Henri-Pierre André

PARIS (Reuters) - Le Premier ministre Edouard Philippe a prévenu vendredi que la situation allait être "difficile" dans les prochains jours en France compte tenu de la "vague extrêmement élevée" de l'épidémie de coronavirus qui risque de mettre à saturation dans les prochaines 48h les hôpitaux d'Ile-de-France.

"Nous nous installons dans une crise qui va durer, dans une situation sanitaire qui ne va pas s'améliorer rapidement. Il va falloir tenir", a souligné le chef du gouvernement à l'issue d'une visioconférence avec l'ensemble du gouvernement.

"La vague épidémique qui déferle sur la France (...) est une vague extrêmement élevée et elle soumet l'ensemble du système de soin, l'ensemble du système hospitalier à une tension redoutable", a-t-il ajouté. "La situation va être difficile pendant les jours qui viennent."

Onze jours depuis le début du confinement obligatoire, le virus continue de se propager et de faire des victimes en France - où selon le dernier bilan officiel près de 1.700 personnes sont mortes et 29.155 contaminées - et de peser sur des structures hospitalières au bord de la rupture.

Après la région Grand-Est, particulièrement frappée par l'épidémie et où un hôpital militaire de campagne a été mis en place pour soulager les structures existantes, c'est désormais la région d'Ile-de-France, avec 8.762 patients dont 1.297 en réanimation et 483 décès, vers laquelle tous les regards se tournent.

La capacité d'accueil des hôpitaux d'Ile-de-France atteindra ses limites "sous 24h, 48h", a estimé vendredi matin Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (FHF), qui a lancé un appel à la solidarité nationale.

"Il va falloir aider l'Ile-de-France très clairement parce que ce qui est arrivé au Grand-Est arrive en Ile-de-France et on est aujourd'hui à la limite des capacités, 24 heures, 48 heures", a-t-il déclaré sur BFM TV-RMC. "Il va falloir faire preuve d'extrême solidarité entre les régions, entre les hôpitaux, multiplier les opérations de transfert de patients."


"CATASTROPHES"

"Si on laisse chaque hôpital se débrouiller tout seul, chaque territoire pris par l'épidémie se débrouiller tout seul, on va vers des catastrophes et ce serait inenvisageable", a-t-il ajouté.

Dans l'est de la France, une première évacuation de malades s'est déroulée jeudi via un "TGV médicalisé" pour acheminer les patients vers des hôpitaux moins saturés situés entre autres à Angers, Le Mans, Nantes ou encore la Roche-sur-Yon. Une nouvelle évacuation par les airs est prévue ce vendredi.

L'inquiétude est montée d'un cran avec l'annonce jeudi soir de la mort d'une adolescente de 16 ans en région parisienne, une information jugée "importante" par le directeur de général de la Santé, Jérôme Salomon, qui a souligné cependant que les "formes sévères chez les sujets jeunes" étaient "extrêmement rares".

Concernant la situation dans les maisons de retraite, l'exécutif s'est engagé à ce qu'un système de remontées du nombre de décès et de cas soit mis rapidement en place - le bilan quotidien ne faisant état que de la situation dans les hôpitaux.

Le gouvernement doit par ailleurs faire connaître dans les prochains jours sa décision concernant une éventuelle prolongation des mesures de confinement obligatoires, en vigueur depuis le 17 mars et dont le conseil scientifique mis sur pied par l'Elysée a recommandé son allongement pour qu'il atteigne une durée totale "d'au moins six semaines", soit jusqu'au 28 avril.

A ce jour, plus de 225.000 amendes ont été infligées par les forces de l’ordre pour non-respect de ces mesures, selon le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner qui s'est également alarmé jeudi soir sur France 2 d'une hausse des violences conjugales depuis le 17 mars.


(Marine Pennetier et Henri-Pierre André, avec John Irish, édité par Jean-Michel Bélot)