Coronavirus en France: les professionnels du tourisme, grands oubliés de la crise

En France, les professionnels du tourisme et de l’événementiel et de la culture, dont les activités se sont arrêtées brutalement à cause du coronavirus, se sont mobilisés ce lundi 22 juin dans plusieurs villes de France pour alerter sur la précarité de leur conditions de travail et demander le soutien de l’Etat.

Les « quasi invisibles ». Voilà comment se qualifient les intermittents « hors-spectacle » ou auto-entrepreneurs du tourisme, de l’événementiel et de la culture. « Quasi invisibles » et en grande difficulté économique, depuis l’arrêt de leurs activités le 15 mars, à cause du coronavirus.

Guide-conférenciers, chargés de projets logistique ou production, hôtesses, régisseurs, coordinateurs et animateurs d’événements, « extras » de la restauration, ces précaires, qui ne font pas partis des intermittents du spectacle, sont sortis de l’ombre ce lundi. Ils se sont mobilisés dans douze villes (Paris, Versailles, Lyon, Toulouse, Nantes, Rennes, Carcassonne, Avignon, Mont Saint-Michel, Nice, Cannes, Marseille), à l’appel de la FMITEC, la Fédération des métiers intermittents tourisme événementiel culture. Créée en mars en plein confinement, l’association alerte sur l’effondrement des activités de plus de 10 000 professionnels aux perspectives sombres pour le tourisme.

1,3 milliard d'euros de pertes mensuelles

Selon la Direction générale des entreprises, la perte d’exploitation mensuelle du secteur est estimée à 1,3 milliard d’euros, malgré les mesures d’aides gouvernementales. Les vols internationaux à destination de la France ont chuté en moyenne de 80%, alors que le pays est habituellement le plus visité au monde, avec plus de 89 millions de touristes par an (chiffres de 2018). A l’échelle mondiale, le tourisme souffre. Globalement, il a perdu 80 milliards de dollars au premier trimestre et risque des pertes futures de plus de 1 000 milliards de dollars, selon l’OMT, l’organisation mondiale du tourisme. Avions cloués au sol, hôtels désertés, restaurants, mais aussi musées, sites touristes fermés. Personne n’a été épargné.

« En mars, avec la crise du Covid-19, on a eu d’un coup 100 % de perte d’activité, sans aucune visibilité de travail pour l’avenir, au moins jusqu’au printemps 2021, en étant optimiste. Du jour au lendemain, les agendas se sont vidés entièrement, avec des annulations en cascade. Cela a révélé la fragilité et l’absence de protection de nos statuts », alerte Barbara Fronda, porte-parole de la FMITEC. « Avant, si on avait une annulation, on rebondissait sur un autre événement. Là, tout s’est arrêté et l’est encore. Nous plongeons dans une précarité alarmante. Nous n’avons que des micros contrats, des contrats courts. Quelqu’un qui est dans l’hôtellerie ou la restauration peut basculer vers un CDI, un contrat à durée déterminée, nous ce n’est pas possible. »

Les guides-conférenciers « quasi invisibles »

Une situation vécue par de nombreux guides-conférenciers. « 50% des 6 000 guides-conférenciers travaillent en contrats courts, en CDD, contrat à durée déterminée, ou CDDU, contrat à durée déterminée d’usage », souligne Camille Perrière, membre fondateur du SPGIC, le syndicat professionnel des guides interprètes conférenciers, présente au rassemblement organisé par la FMITEC, place du Trocadéro à Paris. « Les guides-conférenciers doivent avoir droit au chômage partiel, mais certains de leurs employeurs le leur refuse », déplore-t-elle.

Lancé par l’Etat au plus fort de la pandémie pour éviter des licenciements massifs, le chômage partiel permet aux entreprises du privé qui ont arrêté ou réduit leurs activités, de payer leurs salariés à 80% de leur rémunération ou à 100% pour ceux qui touchent le smic, soit 1 539,42 euros brut par mois. Des rémunérations remboursées par l’Etat. Au total 7,8 millions de salariés bénéficiaient encore de ce dispositif en mai, selon le ministère du Travail. Ce dispositif est toutefois appelé à évoluer à partir du 1er juillet.

Année blanche

Sans chômage partiel technique, ces professionnels sont aux abois. Certains perçoivent encore des indemnités chômage qui arrivent à échéance. D’autres bénéficient du RSA, le revenu de solidarité active, soit quelque 550 euros par mois pour une personne seule. La nouvelle règlementation sur l’assurance chômage applicable au 1er septembre, inquiète. « Avec la nouvelle loi sur le chômage, il faut avoir travaillé 910 heures pour bénéficier d’un renouvellement des droits. Mais, il n’y a pas été possible de travailler. Et cela ne le sera pas avant, peut-être, mai 2021 », explique Camille Perrière. « Il y a des touristes en France, mais cela ne suffira pas parce que 80% des guides travaillent en langue étrangère, les étrangers ne vont pas être nombreux à venir. Quand on parle aux guides, ils vous disent : "j’ai plus rien" ou "je ne vais plus rien avoir dans deux, trois mois". J’ai même entendu une personne dire qu’elle est partie chez ses parents parce qu’elle ne pouvait pas payer son loyer. C’est pour cela qu’on manifeste pour faire pression pour obtenir une année blanche. »

« Je suis en colère », dit Cécile, une guide-conférencière de 41 ans qui s’est mobilisée à Paris. Pour le moment, elle touche des indemnités chômage, mais arrive en fin de droits. Sa principale agence, qu’elle préfère ne pas nommer, lui a refusé le chômage partiel : « Je comprends le manque de trésorerie. C’est sûr que ce n’est pas évident de payer tous les salaires, mais l’Etat donne des millions d’euros pour aider les entreprises et les entreprises ne jouent pas le jeu. Ce n’est pas normal. J’ai des collègues qui sont au RSA et sont âgés de 50 ans, allez chercher du travail là en pleine récession économique ! Il y a énormément de gens comme nous, tous les gens de l’événementiel, de la culture, tous ceux qui sont intermittents de fait puisque nous travaillons tous en discontinu tout le temps. »

Demande de l'abrogation de la réforme de l'assurance chômage

Les employés du secteur sont actuellement en négociation avec ces agences récalcitrantes. C’est pourquoi ils jouent la discrétion. L’action de la FMITEC était « symbolique, destinée à montrer qu’on existe, que ces métiers sont importants pour l’économie d’une ville », défend Barbara Fronda. « A chaque fois qu’il y a un congrès par exemple, qui peut rassembler de 50 personnes à 100 000 personnes, on génère un mouvement, des gens viennent et achètent. Il faut nous aider ».

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La Fédération, à l’instar d’autres organisations de défense des métiers du tourisme, de l’événementiel et de la culture, demande l’abrogation de la réforme de l’assurance chômage applicable au 1er septembre prochain. Elle plaide également pour la prolongation des droits Pôle emploi jusqu’en avril 2021, comme pour les intermittents du spectacle, et l’extension du fond de solidarité aux métiers auto-entrepreneurs et sa prolongation jusqu’en avril 2021.

Les représentants des professionnels du tourisme n’ont pas dit leur dernier mot. De nouvelles actions sont prévues dès mardi (10h devant l’Assemblée nationale, et 12h devant le musée d’Orsay), à l’appel d’autres organisations, le CPHRE, Collectif des précaires de l'hôtellerie - restauration et événementiel et du LPPM, Luttons pour ne pas mourir, entre autres.