Coronavirus: en France, polémique politique feutrée et commission d'enquête à l'automne

Le confinement de 15 jours va-t-il être prolongé en France ? On devrait en savoir plus ce lundi puisque le gouvernement consulte à ce sujet le conseil scientifique. Un gouvernement qui a obtenu du Parlement des pouvoirs exceptionnels ce week-end, avec le vote de l’état d’urgence sanitaire, mais un gouvernement derrière qui l’union nationale commence à s’enrayer.

Le dispositif sur l'état d'urgence sanitaire a fait l'objet d'âpres débats à l'Assemblée nationale ce week-end car, outre le fait que l'exécutif peut gouverner par ordonnances, certaines mesures limitent les libertés individuelles et publiques, et dérogent au Code du travail. Le parti socialiste s'est abstenu lors du vote, le parti communiste a voté contre. « Sous-estimation de la crise », a lancé pour sa part le patron des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon, qui a cependant jugé le confinement indispensable.

A droite, LR a souligné « le pouvoir colossal » accordé au gouvernement et sa « responsabilité terrible » dans la crise sanitaire, -Bruno Retailleau, le patron des sénateurs soulignant le « coup de retard sur les masques, les tests, et le confinement »-. Marine Le Pen s'est elle inquiétée du fait que de nombreux Français ont le sentiment que le gouvernement leur ment.

Si globalement tous les partis avancent un soutien de principe à l’exécutif en ces temps troublés, une musique un peu différente a commencé à résonner, un air de critiques feutrées… 

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Des critiques qui ne sont pas nouvelles. Au parti socialiste, dès mardi, on trouvait que le pouvoir n’allait pas assez loin,  « mais ce n’était pas le moment de briser l’union nationale », expliquait un parlementaire.

Comment expliquer cette inflexion ? Dans les états-majors, on évoque l’inquiétante courbe du nombre de malades en réanimation et la puissance des récriminations venues des milieux médicaux face aux pénuries de matériel et à la courbe exponentielle des victimes de l'épidémie. Des milieux médicaux qui déplorent aussi la perte de l'un des leurs, un médecin de l'Oise décédé cette fin de semaine après avoir pris en charge les premiers patients atteints du Covid-19.

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Une commission d'enquête pour tirer les leçons de la crise

Emmanuel Macron doit d'ailleurs réunir également ce lundi par audioconférence « les autorités morales et religieuses » pour échanger sur « la cohésion morale du pays face à la crise », en comprenant les représentants des cultes, des francs-maçons et d'associations laïques, a indiqué l'Elysée.

Sur le plan politique, « le temps viendra de tirer les leçons », a estimé ce dimanche le chef de file des députés LR, Damien Abad, favorable à la création d’une commission d’enquête. Même discours chez Bruno Retailleau qui prévoit la création d'une telle commission également au Sénat. Mais « quand le moment sera venu », a-t-il précisé dans le magazine Questions politiques (France Inter/France Télévisions/Le Monde).

En attendant, mardi doit être actée la mission d'information de l'Assemblée déjà annoncée « sur l'impact, la gestion, et les conséquences dans toutes ses dimensions de l'épidémie », a rappelé le président de l'Assemblée Richard Ferrand (LREM). Elle sera lancée « après l'état d'urgence sanitaire », a-t-il précisé.