Coronavirus : la France peut-elle vraiment fermer ses frontières ?

Le nouveau coronavirus se répand au nord de l'Italie. Pour éviter une épidémie en France, certains veulent fermer les frontières. Est-ce possible ?

Le nouveau coronavirus ne cesse de se répandre au nord de l’Italie. De l’autre côté des Alpes, certains réclament le retour des contrôles aux frontières voire même leur fermeture. Est-ce possible ?

Alors que les cas du nouveau coronavirus se multiplient en Italie et que plusieurs personnes ont été contaminées en France, l’Hexagone se prépare à faire face à l’épidémie de Covid-19. Si le gouvernement a annoncé plusieurs mesures - notamment des dispositifs sanitaires renforcés - plusieurs voix se sont élevées en faveur du rétablissement des contrôles aux frontières, à l’instar de Nicolas Dupont-Aignan, voire même carrément de leur fermeture. 

Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national, a par exemple expliqué que l’Arménie, la Turquie, la Jordanie ou encore le Pakistan avaient fermé leurs frontières, ironisant dans un tweet : “Les dirigeants de ces pays doivent être probablement moins intelligents que notre nouveau ministre de la Santé ? Ou pas…”.

Outre le fait que, de l’avis des professionnels de santé, un tel dispositif est totalement inefficace, est-il seulement possible à mettre en place ? Il ne faut pas oublier que la France fait partie de l’espace Schengen. C’est donc ce traité qui régit nos frontières terrestres, maritimes et aériennes. 

Des clauses exceptionnelles

“Il y a des possibilités de faire jouer des clauses exceptionnelles pour le rétablissement des contrôles”, nous précise Christian Lequesne, professeur à Sciences Po et spécialiste des questions européennes. C’est par exemple ce que la France a fait après les attentats de 2015, notamment à la frontière Belge. “Il s’agissait là de rétablir des contrôles dans un système où, normalement, la libre circulation s’applique”, décrit le spécialiste.

Dans un tel cas, il suffit de “notifier aux autres pays membres que des mesures exceptionnelles sont prises”, poursuit-il. Pas sûr, en revanche, que la convention Schengen prévoyait à l’origine que ces clauses s’appliquent en cas de risque sanitaire ou environnemental. Ce sont plutôt “les risques de nature terroriste” qui sont visés par cette possibilité. 

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“Un acte très agressif”

Quant à envisager une fermeture totale des frontières françaises, il n’en est pas question dans les traités européens. Dès lors, “ce serait un acte très agressif à l’égard de nos partenaires, un geste de défiance envers nos voisins européens”, nous explique Philippe Moreau Defarges, géopoliticien et ancien chercheur à l’Ifri (Institut Français des Relations internationales), auteur de Une histoire mondiale de la paix, puisqu’il s’agirait de piétiner les accords existants. “Ça entraînerait des procédures juridiques lourdes, notamment des recours devant la Cour de justice de l’Union européenne”, poursuit-il.

D’un point de vue tout à fait pratique, “ça coûterait très, très cher”, assure le spécialiste. D’autant que “les effectifs de polices aux frontières et de douanes ont énormément réduit depuis l’ouverture des frontières dans les années 1990”, nous précise Christian Lequesne. On a démantelé les postes aux frontières et les cabines qui existaient à l’époque. “Par exemple, entre Strasbourg et Kehl, il ne reste quasiment rien”, continue le spécialiste des questions européennes. 

Une réel rétablissement des frontières exigerait donc beaucoup de personnel, mais aussi des “moyens électroniques considérables” car de nos jours “les capacités à détourner les frontières sont multiples” constate Philippe Moreau Defarges.

La France, dépendante des échanges

Sans oublier qu’avec une telle mesure, la France paierait un très lourd tribut économique. “On dépend totalement des échanges, que ce soit de matières premières, de biens… Toutes les grandes entreprises industrielles sont intégrées dans des circuits internationaux qui exigent la circulation”, précise le géopoliticien.

Une décision qui serait donc difficile à mettre en place et que les deux experts s’accordent à condamner. “C’est de la pure démagogie, c’est extrêmement dangereux” dénonce Philippe Moreau Defarges. “C’est exactement le contraire qu’il faut faire en cas de pandémie”, avance de son côté Christian Lequesne. “Il faut renforcer la coopération européenne autour de la prévention mais aussi de la recherche”, conclut-il. Le gouvernement n’envisage d’ailleurs en aucun cas une quelconque fermeture des frontières.

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