Coronavirus: le football européen face à un péril économique

Avec la pandémie de Covid-19, le football est à l’arrêt presque partout en Europe. Une situation qui nuit gravement à la santé financière de nombreux clubs. Certains demandent de l’aide, beaucoup traquent la moindre économie, et tous attendent des jours meilleurs… en espérant ne pas faire faillite avant.

D’ordinaire, le printemps est synonyme de période intense dans le monde du ballon rond. C’est le moment où l'on entre dans la dernière ligne droite des coupes d’Europe et des championnats nationaux. Mais cette année 2020 n’est pas comme les autres. Le coronavirus fait des ravages, la moitié des Terriens vit confinée pour endiguer la pandémie, et logiquement, le sport le plus populaire du monde est à l’arrêt en Europe, à l’exception notable de la Biélorussie.

« Plus rien ne sera comme avant »

Cela avait commencé par quelques matches reportés ou à huis-clos. Et puis, la propagation du virus a fini par geler quasiment toutes les compétitions autour de la mi-mars. Depuis, on ne joue plus. La lutte contre le Covid-19 occupe toutes les discussions, même chez les footeux. Les questions sont nombreuses : on se demande quand on rejouera, si les compétitions interrompues reprendront et sous quelle forme, on s’inquiète quant au calendrier et à l’état physique des joueurs… L’inquiétude n’est pas que sportive.

Souvent critiqué pour la place qu’il accorde à l’argent, le football européen n’échappe pas à la crise économique provoquée par le coronavirus. Les revenus divers – sponsoring, marketing, et surtout la billetterie et les droits TV – se sont brusquement arrêtés en même temps que les compétitions. Et tous les clubs ne sont pas aussi riches que les gros mastodontes… qui eux-mêmes ne sont pas totalement indemnes.

« La crise frappe aussi les clubs. Plus rien ne sera comme avant, après cette année terrible », a annoncé Aleksander Ceferin, le président de l’UEFA, dans un entretien accordé au journal italien La Repubblica, le 28 mars. L’UEFA suit l’évolution sanitaire de près mais ne peut toujours pas prédire le moment où le football reprendra ses droits. Elle n’exclut pas que cette saison 2019-2020 soit « perdue ».

Salaires amputés et chômage partiel

En attendant, l’angoisse gagne les clubs. Même les plus fortunés comme le FC Barcelone. Le fleuron catalan était désigné comme le club le plus riche du monde en début d’année par le magazine américain Forbes et le cabinet Deloitte, avec 840 millions d’euros de chiffre d’affaires. L’arrêt total des compétitions doit quand même être absorbé par le Barça, qui a la masse salariale la plus élevée du monde du football (plus de 500 millions d’euros). Selon plusieurs médias espagnols, le club perd 5 millions d’euros chaque jour.

Pour supporter ce cap, les Blaugrana ont annoncé, le 26 mars, et après d’âpres négociations internes, une réduction temporaire des salaires des joueurs. Un autre géant européen en a fait de même le 28 mars : en Italie, la Juventus a annoncé réduire le salaire de ses joueurs et de son entraîneur de mars à juin, ce qui aura un « impact positif de 90 millions d’euros sur l’exercice financier 2019-2020 ». En Allemagne, les joueurs du Bayern Munich, du Borussia Dortmund, du Borussia Mönchengladbach ou encore de Schalke 04 ont aussi renoncé à une partie de leur salaire.

En Espagne, l’Atlético Madrid, qui a déjà frôlé la faillite dans son histoire et a vécu des années de vaches maigres pour cette raison, a présenté un plan de chômage partiel, comme le Barça et l’Espanyol Barcelone. « Il n’y a pas de place pour l’égoïsme », a commenté Aleksander Ceferin, ouvert à un assouplissement des règles du fair-play financier dans ce contexte. Manuel Neuer est sur la même longueur d’ondes. Au Bayern, les joueurs ont accepté de réduire leur salaire de 20 %. « Ce ne fut pas une décision difficile à prendre. C’était une évidence. Nous, footballeurs, sommes un groupe professionnel particulièrement privilégié, pour lequel il est évident de faire des sacrifices financiers quand c’est nécessaire », a déclaré le gardien allemand au quotidien TZ.

Les droits TV, autre sujet de crispation

Si les clubs les plus fortunés ont les ressources pour supporter cette période difficile, ce n’est pas le cas des plus modestes. En France, l’inquiétude grandit chez les présidents, qui redoutent en plus un mercato d’été très plat, ce qui serait un autre coup dur pour des clubs habitués à équilibrer leurs comptes en vendant leurs joueurs. Bernard Caïazzo, président du syndicat Première Ligue et président du conseil de surveillance de l’AS Saint-Etienne, a déclaré au Parisien, le 20 mars, que le football français pourrait perdre un milliard d’euros au total et « se retrouver en situation de banqueroute ». En Écosse aussi, on tremble : Dave Cormack, le président d’Aberdeen, parle d’une « situation clairement intenable » dans le temps.

En Allemagne, la solidarité s’est déjà mise en place : les quatre clubs les plus riches et puissants, à savoir le Bayern Munich, le Borussia Dortmund, le RB Leipzig et le Bayer Leverkusen, ont décidé de verser conjointement 20 millions d’euros pour aider les clubs de Bundesliga en difficulté. « Il est important que les plus forts épaulent les plus faibles », a déclaré Karl-Heinz Rummenigge, le patron munichois.

Une autre inquiétude vient troubler le football européen : les menaces des diffuseurs du football, confrontés eux aussi à la crise et à un produit coûteux et non diffusé. La lucrative Premier League, le championnat anglais, a coûté 815 millions d’euros à ses diffuseurs BT Sports et SkySports. Ces derniers ne toléreront sûrement pas de payer l’intégralité de ces droits pour un championnat qui ne reprendrait pas. La même problématique se retrouve dans chaque ligue. Le quotidien L’Equipe indique, dans ses éditions du 28 et du 29 mars, que Canal Plus, codiffuseur de la Ligue 1 française, refuse d’honorer sa prochaine traite à la Ligue de football professionnel (110 millions d’euros à verser le 5 avril), et l’autre codiffuseur, beIN Sports, pourrait en faire de même.

C’est justement pour ne pas perdre encore plus d’argent que certains clubs voudraient reprendre les compétitions à huis-clos ; la billetterie resterait à zéro, mais les revenus des droits TV tomberaient quand même. Une éventualité qui n’est toutefois pas à l’ordre du jour, la priorité étant toujours d’endiguer la progression du Covid-19. Le monde du football, lui, prend son mal en patience et se serre drastiquement la ceinture, conscient qu’il lui faudra du temps pour digérer cette crise et ses répercussions sportives et économiques.