Coronavirus : écoles, bureaux... faut-il les désinfecter avant le 11 mai ?

Une désinfection d'école en Chine

Entreprises et écoles organisent la désinfection de leurs locaux avant la reprise prévue à partir du 11 mai. Une opération spectaculaire, mais pour quelle efficacité ?

Vêtus de blouses blanches, masque sur la bouche, des professionnels du nettoyage s’affairent en train de désinfecter les écoles ou les bureaux d’entreprises, dont la plupart sont inoccupés depuis le 17 mars, date de début du confinement. L’image est spectaculaire, mais l’efficacité du procédé est discutable.

Le virus survit jusqu’à 7 jours sur certaines surfaces

Selon plusieurs études, dont une de la revue américaine The Lancet, le virus survit entre 4 et 7 jours sur les objets ou surfaces en plastique, sur l’acier inoxydable, ou encore sur les masques de protection. Le virus survit jusqu’à 4 jours sur du verre et jusqu’à deux jours sur du coton ou du bois.

Une autre étude, menée par des chercheurs des National Institute of Health, l’institution gouvernementale américaine chargée de la recherche médicale, évoque une durée de vie de 24 heures sur le carton et 2 à 3 jours sur l'acier et le plastique.

Autant dire qu’après plus 50 jours de confinement, et donc d’inoccupation des locaux, le virus a disparu des surfaces. Pourtant, comme l’illustre ce reportage de BFMTV, des entreprises organisent la désinfection de ces locaux. “Les points de contacts, comme les chaises, dessus de bureaux, souris, sont nettoyés. C’est un produit qui est virucide, qui permet de combattre le Covid-19”, explique à BFM le directeur régional de GSF, Daniel Ratao, qui intervient également dans les hôpitaux. Une mesure inutile d’un point de vue sanitaire, mais pas d’un point de vue juridique.

“Un moyen de défense pour l’employeur en cas de contentieux”

“L’employeur a une obligation de sécurité envers ses salariés, il doit prévenir les risques. Même si ce n’est pas efficace, la désinfection des locaux avant la reprise ne peut pas être un reproche adressé à l’employeur. Il faut toujours faire plus que moins”, nous détaille maître Eric Rocheblave, avocat en droit du travail.

Il précise également que de telles mesures permettent à l’employeur de lui “donner un moyen de défense supplémentaire en cas de contentieux. Mais à condition de le reproduire fréquemment une fois le travail aura repris”. La désinfection des locaux et des espaces sanitaires fait partie du protocole pour la reprise de l’activité professionnelle dans les entreprises.

Faut-il désinfecter les écoles avant le 11 mai ?

La question se pose également pour les écoles. Exceptées celles qui accueillent des enfants de personnels soignants depuis le début du confinement, tous les établissements sont désertés depuis la mi-mars. Soit deux mois sans présence.

Malgré cela et le fait que la présence du virus n’excède pas 7 jours sur les différents supports, des maires ont organisé des opérations de désinfection des écoles. C’est notamment le cas du maire de Beaune, Alain Sugenot. “J'ai demandé à ce que chaque structure publique accueillant des enfants bénéficie d'une désinfection intégrale par un prestataire professionnel”, détaillait-il le 30 avril sur Facebook.


À Nîmes, pas de recours à une société spécialisée, le nettoyage est confié aux équipes habituelles qui utilisent un désinfectant certifié virucide, rapporte France 3 Occitanie.

Tout dépend si l’école a accueilli des enfants dans les 5 derniers jours

A Nîmes comme à Beaune, ces mesures de précaution ne sont pas prévues dans le protocole sanitaire dévoilé par le gouvernement : “si les lieux n’ont pas été fréquentés dans les 5 derniers jours, le protocole habituel de nettoyage suffit. Aucune mesure spécifique de désinfection n’est nécessaire. Il est seulement recommandé de bien aérer les locaux”, indique le ministère de l’Education nationale dans son protocole sanitaire pour la réouverture des écoles.

En revanche, si les écoles ont servi à accueillir des enfants, “les pièces qui ont été utilisées pour accueillir des enfants pendant la période de confinement sont nettoyées et désinfectées”, précise le document. Pour la désinfection, “la plupart des désinfectants ménagers courants sont efficaces selon les autorités sanitaires s’ils respectent la norme de virucide NF EN 14476”, précise le document ,qui n’évoque pas le recours à une société spécialisée.

Un protocole précis

À partir de la rentrée, en revanche, la désinfection est obligatoire, mais le recours à une société n’est pas évoqué : “utiliser un désinfectant virucide et conforme à la norme EN 14476. Les lingettes désinfectantes et conformes à cette même norme peuvent être utilisées” conseille la fiche thématique dédiée au nettoyage et à la désinfection.

Une désinfection qui doit avoir lieu “plusieurs fois par jour” pour les points de contacts et les sanitaires. Un protocole lourd qui inquiète les directeurs d’école.

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La désinfection est sujet à discussions depuis le début de la crise sanitaire. Avant les questions sur les désinfections des écoles et des bureaux vides depuis plusieurs semaines, c’était la désinfection des rues qui interrogeait les élus.

Pour les rues, inutile de désinfecter

Plusieurs maires, à Beaune, Nice, Cannes notamment ont procédé à la désinfections de leurs rues, pour lutter contre le Covid-19.

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Une méthode qui n’a pas été retenue par les autorités sanitaires. Le Haut Conseil de la Santé publique (HCSP) a conclu à “l'absence d'argument scientifique de l'efficacité d'une telle mesure sur la prévention de la transmission du SARS-CoV-2”. 

Si le HCSP prend acte de l’impact psychologique sur la population, il “recommande de ne pas mettre en oeuvre une politique de nettoyage spécifique ou de désinfection de la voirie”. Dans un avis du 25 mars, la Direction générale de la Santé avait décrété que “l’aspersion de Javel ou autre désinfectant est inutile tout en étant dangereuse pour l’environnement”.