Covid-19 : avec la deuxième vague, le retour de la perte de chance pour les autres pathologies

Lucile Descamps
·6 min de lecture
Face à la hausse des hospitalisations de patients atteints du Covid-19, les établissements de santés doivent se réorganiser, parfois au détriment de certaines pathologies.
Face à la hausse des hospitalisations de patients atteints du Covid-19, les établissements de santés doivent se réorganiser, parfois au détriment de certaines pathologies.

Alors que l’épidémie de coronavirus continue sa progression, le plan blanc a été réactivé dans toute la France. Les hôpitaux doivent annuler des opérations et se réorganiser pour gérer le flux de patients. Au détriment de certaines pathologies.

Réorganisation des services, report des opérations, mise en disponibilité des lits de réanimation... Alors que le coronavirus continue sa progression en France, les hôpitaux tentent de s’adapter pour faire face du mieux possible. Le 28 octobre, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a demandé à tous les établissements du territoire de réactiver le plan blanc et de déprogrammer toutes les interventions qui pouvaient l’être, sauf ce qui relève “des soins urgents”, rapporte Le Parisien.

Certaines régions avaient déjà dû entamer ce processus, comme l’Auvergne-Rhône-Alpes, dès le 20 octobre. Toujours selon Le Parisien, les hôpitaux de Marseille ont déjà déprogrammé 70% de leurs activités chirurgicales. Un chiffre qui a dépassé 50% à Paris et pourrait continuer d’augmenter dans les prochains jours. Comme au printemps dernier, les salles normalement utilisées pour les réveils post-opératoires sont réquisitionnées pour en faire des salles de réanimation pour les patients atteints du coronavirus. Le personnel des différentes spécialités est réaffecté pour faire face à l’afflux de patients et les salles normalement liées à d’autres maladies sont utilisées pour l’épidémie.

Si de telles dispositions doivent être prises, c’est que la France compte 4 148 malades du Covid-19 en réanimation (dont 4 094 en métropole), selon les chiffres du 5 novembre. Or, le pays ne compte que 5 800 lits dans ce types de services. Avec une réorganisation, il serait possible d’atteindre les 10 000, a assuré Emmanuel Macron.

“Certains signes risquent d’être négligés”

Mais cette mobilisation sanitaire autour du Covid-19 n’est pas sans conséquence sur les autres pathologies. La première vague - et le premier confinement - s’étaient accompagnés d’une “perte de chance” pour certains malades. Et la situation pourrait bien se reproduire.

Pour Marc Villaceque, président du syndicat national des cardiologues, le principal risque, pour l’heure, c’est le retard de diagnostic chez des patients qui n’osent pas consulter. “On constate une diminution des prises de rdv de 20 à 30%”, nous précise ce praticien qui exerce à Nîme. “Certains signes risquent d’être négligés. À partir du moment où les gens viennent moins, ils vont être moins dépistés”, poursuit-il. Et c’est là qu’il peut y avoir une perte de chance. “Le risque, c’est l’auto-limitation de la part des patients”, conclut-il.

Car, pour l’heure, “s’ils arrivent à l’hôpital avec une urgence, on s’occupe d’eux, quitte à devoir se débrouiller pour leur trouver une place en réanimation”. Si certaines “opérations peuvent être différées”, d’autres urgences nécessitent d’agir immédiatement. “Et s’il n’y a pas de réanimation derrière, la personne décède”, précise Marc Villaceque. À ce jour, “on a encore une petite marge de manoeuvre”, notamment en transférant des patients ou en tentant de trouver de la place, quitte à devoir faire appel à un personnel affaibli ou moins compétent.

La pression augmente sur les lits de soins intensifs

“Pour l’instant, la situation est encore sous contrôle parce que les soins intensifs de cardiologie gardent leurs lits”, rassure, de son côté, le professeur Gérard Helft, professeur de cardiologie à la Pitié-Salpêtrière et porte-parole de la Fédération française de cardiologie. Cela s’explique par le fait que “la majorité des patients en cardiologie n’ont pas besoin d’être intubés, même s’ils sont en soins intensifs”. Il n’y a donc pas, à Paris en tout cas, de déprogrammations significatives” à l’heure actuelle, mais c’est “une crainte qui persiste”. Et la situation pourrait d’ailleurs se dégrader rapidement. “Il y a déjà des pressions, dans la capitale, pour que certains de nos lits de soins intensifs de cardiologie soient réquisitionnés et transformés en lits de réanimation en début de semaine prochaine”, nous confie le professeur Gérard Helft ce 6 novembre.

Un autre indicateur est, en revanche, plutôt rassurant : “on n’observe pas de diminution du nombre d’infarctus pris en charge, comme ça avait été le cas en mars et avril dernier, parce que les gens avaient peur d’appeler et que le Samu était débordé”, le professeur Gérard Helft

“La situation est très préoccupante”

Pour les personnes atteintes d’un cancer, en revanche, la situation est déjà très grave. D’autant que la première vague a laissé des traces. “Il y a eu un retard considérable des diagnostics et donc du début des traitements”, nous explique le professeur Axel Kahn, président nationale de la Ligue contre le cancer. Or “on sait que pour chaque mois de retard sur le traitement, il y a une aggravation du pronostic d’environ 10%”, poursuit-il.

Comme ça avait déjà été le cas au printemps, les interventions chirurgicales sont annulées, certains examens de diagnostics difficiles à réaliser, et les traitements - chimiothérapie, radiothérapie... - repoussés. De quoi faire dire au professeur Axel Kahn que “la situation est très préoccupante. Tout cela se soldera par des milliers de morts supplémentaires dans les cinq ans qui viennent”.

“On ne nie pas la nécessité de faire face à cette reprise épidémique violente”, poursuit le président de la Ligue contre le cancer, “mais il fallait se préparer à cette reprise, qui était attendue”, notamment en “sanctuarisant des centres dédiés aux autres maladies que le Covid-19”.

Les malades chroniques, notamment les diabétiques, risquent également de pâtir de cette reprise épidémique. “Le retard accumulé pendant la première vague, notamment en terme d’examens, n’a pas pu être rattrapé”, constate Jean-François Thébaut, vice-président de la Fédération française des diabétiques. Mais la situation est, pour le moment, meilleure qu’au printemps pour le suivi des patients. Les services hospitaliers continuent leurs consultations et les médecins de villes, mieux équipés et mieux organisés que durant la première vague, peuvent assurer une continuité. “On compte beaucoup sur eux”, confirme Jean-François Thébaut. Une équilibre qui risque de se rompre si les hospitalisations continuent d’augmenter de manière exponentielle.

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