Coronavirus: Le gouvernement français défend sa stratégie vaccinale face aux critiques

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CORONAVIRUS: DE PLUS EN PLUS DE CRITIQUES EN FRANCE SUR LE FAIBLE NOMBRE DE VACCINATIONS

PARIS (Reuters) - Le faible nombre de personnes vaccinées contre le COVID-19 en France depuis le lancement dimanche de la campagne de vaccination est de plus en plus critiqué, même si le gouvernement assume ce démarrage plus lent que dans certains pays voisins et l'explique par une stratégie différente.

L'exécutif, suivant les recommandations de la Haute autorité de santé (HAS), a opté pour une vaccination par phases, avec un premier objectif de vacciner en janvier-février un million de personnes âgées vivant en Ehpad ainsi que les professionnels y exerçant et présentant un risque élevé.

Mais le lancement simultané au sein de l'Union européenne des campagnes nationales de vaccination permet de comparer le rythme d'injections du vaccin Pfizer-BioNTech d'un pays à l'autre.

"L'Allemagne est déjà à plus de 42.000 vaccinés, le Royaume-Uni à 900.000 et la France à moins de 200 !", s'est exclamé sur Twitter Bruno Retailleau, président du parti Les Républicains (LR) au Sénat.

"Après les masques, les tests et l’isolement, un nouvel échec serait terrible", ajoute-t-il, demandant au gouvernement de dévoiler le calendrier de vaccination des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) par département.

Sur LCI, le professeur Alain Fischer, président du conseil d'orientation de la stratégie vaccinale contre le COVID-19, a jugé cette discussion "un peu dérisoire".

"Les comparaisons de nombre de personnes vaccinées au bout de quelques jours n'ont juste, excusez-moi, pas de sens", a-t-il dit.

La France a engagé dimanche les vaccinations contre le COVID-19 après le feu vert de l'Autorité européenne des médicaments (EMA) à l'utilisation du vaccin développé par Pfizer et BioNTech.

Le gouvernement prévoit dans une première phase de vacciner environ un million de personnes très âgées. Viendront ensuite les personnes de plus de 75 ans et les membres du personnel de santé, avec en priorité les plus vulnérables, puis le reste de la population.

"Cette stratégie a une conséquence, elle force à aller plus lentement, car il faut savoir qu'il y a environ 14.000 établissements de ce type (des Ehpad, ndlr) en France et que le vaccin est difficile à transporter, difficile à conserver", a plaidé Alain Fischer mercredi matin sur France Info.

Sur BFM TV, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a indiqué que le rythme des vaccinations allait progressivement augmenter "dès la semaine prochaine" et a assuré que l'objectif serait tenu.

"Ce n'est pas une question de doses vaccinales, il n'y a pas de problèmes de pénurie", a-t-il dit.

"Simplement on a fait le choix de démarrer plus progressivement (...) parce qu'on accorde une intention extrême à la question du consentement et de l'accompagnement médical", a-t-il poursuivi, indiquant que le gouvernement n'entendait pas renoncer à ces deux impératifs dans un pays où le poids des "Anti-Vax" est particulièrement important.

La priorité donnée aux personnes dépendantes vivant en maisons de retraite a également pour conséquence de ne pas mettre en oeuvre, comme en Allemagne par exemple, des grands centres de vaccinations ou vaccinodromes, a-t-il dit.

"ERREUR DE COMMUNICATION"

Pour Philippe Juvin, chef des urgences à l'hôpital Georges Pompidou à Paris et maire LR de La Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine), ces questions logistiques cachent le fait que le gouvernement "n'a pas de stratégie vaccinale".

"C'est une stratégie de lenteur subie parce que nous ne sommes pas prêts", a-t-il déploré mercredi sur CNews.

De son côté, le généticien Axel Kahn a critiqué sur Europe 1 l'avancée à "tout petit pas" de la vaccination susceptible d'alimenter la méfiance des Français envers les vaccins.

"Ça n'est pas en avançant à tout petit pas qu'on arrivera à les convaincre, au contraire. On va les convaincre qu’en effet, si on va si lentement, c’est qu'on n'est pas sûr de soi et qu'il y a un danger", a-t-il déclaré, regrettant une "très importante erreur stratégique de communication".

Une analyse que Gabriel Attal ne partage pas.

"Si on allait très vite, peut-être trop vite et qu'on se retrouvait avec des situations comme certains voisins les ont connues - c'est-à-dire des personnes qui par erreur reçoivent cinq fois la dose du vaccin et se retrouvent hospitalisées heureusement sans gravité ou alors des vaccins qu'on doit jeter à la poubelle parce que la chaîne du froid n'a pas été respecté parce qu'on a voulu aller très vite -, je pense qu'on en parlerait beaucoup dans les médias et je ne suis pas certain que la confiance serait plus importante dans la vaccination."

(Blandine Hénault et Henri-Pierre André; édité par Jean-Philippe Lefief et Nicolas Delame)