Pourquoi une hausse des suicides après le confinement est à craindre

Marine Le Breton
·Journaliste au HuffPost
·4 min de lecture
Plus encore que le confinement, c'est l'après qui fait craindre une hausse des suicides (Photo: Carolina Conte / EyeEm via Getty Images)
Plus encore que le confinement, c'est l'après qui fait craindre une hausse des suicides (Photo: Carolina Conte / EyeEm via Getty Images)

PSYCHOLOGIE - Alors que nous traversons difficilement la deuxième vague de Covid-19, le conseil scientifique évoque déjà la possibilité d’une vague suivante. Mais il faudra également s’inquiéter de l’augmentation d’autres problèmes de santé, mentaux cette fois. Selon une étude de la Fondation Jean Jaurès publiée ce vendredi 6 novembre, la crise sanitaire peut faire craindre une augmentation des cas de suicides et de pensées suicidaires.

Cette étude, que Franceinfo s’est procurée en exclusivité, met en lumière un phénomène inquiétant: ce n’est pas tant du confinement qu’il faut s’inquiéter quant à une augmentation des suicides, mais de l’après.

Dirigée par Michel Debout, professeur de médecine légale et membre de l’Observatoire national du suicide, cette enquête intitulée “Suicide: l’autre vague à venir du coronavirus?” s’appuie sur un sondage réalisé par l’Ifop. Elle montre que 20% des Français ont déjà sérieusement envisagé de se suicider. Parmi ceux-ci, 11% l’ont envisagé pendant le premier confinement, soit 2,2% de la totalité des Français. Et 17% l’ont envisagé depuis la fin du premier confinement, soit 3,4% des Français.

Le deuxième confinement pire que le premier

Pour Michel Debout, interrogé par Franceinfo, le premier confinement a opéré une forme de protection contre le suicide. Il met en avant une “volonté de survie” face au virus, mais aussi l’élan de solidarité de cette période et la difficulté de s’isoler pour passer à l’acte.

Mais, pour lui, “la crise est devant nous”, notamment avec ce deuxième confinement. “Nous sommes passés de ‘tous à domicile, sauf exception’, à ‘tous au travail, sauf exception’”, explique-t-il. Au-delà de l’incompréhension que cette décision politique veut susciter au sein de certaines catégories socio-professionnelles, la “bulle” de protection du premier confinement est ainsi éclatée.

“Certains le vivent très mal, les artisans-commerçants ne comprennent pas pourquoi eux doivent fermer, alors qu’on laisse d’autres lieux de contamination plus évidents comme les grandes surfaces. On risque de créer des animosités entre des groupes de Français, en utilisant également des mots blessants comme lorsqu’on parle de métiers non essentiels”, affirme le professeur.

Ainsi, 25% des artisans-commerçants ont envisagé sérieusement de se suicider, et 27% des chômeurs et dirigeants d’entreprise. 16% des chômeurs ont pris des antidépresseurs au cours des douze derniers mois, contre 10% de la totalité des Français.

Un phénomène observé après toutes les crises

S’appuyant notamment sur la crise de 1929, la Grande Dépression, et la progression du nombre de suicides qui l’a suivie, avec un pic entre 1930 et 1931, mais aussi sur la crise de 2008, avec un pic de suicides entre 2009 et 2010, la Fondation alerte et insiste sur l’urgence à intervenir dès à présent pour éviter une telle vague dans les années à venir.

“Le suicide n’est pas une fatalité. La prévention doit se faire pour éviter le risque, pas en attendant le risque. C’est maintenant qu’il faut prendre des mesures, alerter les groupes les plus à risque”, affirme Michel Debout.

Plusieurs spécialistes interrogés par Le HuffPost en septembre dernier s’inquiétaient déjà de cette vague de troubles psychologiques à venir. “Les effets psychologiques sont parfois lents et retardés. Or l’épidémie continue et, dans ce contexte de stress important, il risque d’y avoir des conséquences psychologiques”, affirmait ainsi Antoine Pelissolo, psychiatre, chef du service de psychiatrie de l’hôpital Henri-Mondor.

Un risque pouvant concerner non seulement les personnes déjà fragilisées, mais aussi celles qui ne sont pas en difficultés. “Des personnes comme vous et moi, qui allons plutôt bien, peuvent, en ces circonstances, être complètement bousculées dans leur fonctionnement. Même quelqu’un qui ‘va bien’, peut avoir du mal à gérer l’anxiété à long terme”, avançait Gladys Mondière, psychologue et co-présidente de la Fédération française des psychologues et de psychologie (FFPP).

En cause, notamment, l’incertitude prolongée face à cette situation sanitaire. Qui ne semble malheureusement pas sur le point de se résoudre, le Conseil scientifique estimant dans son dernier avis qu’on pouvait craindre “plusieurs vagues successives durant la fin de l’hiver”, mais aussi au printemps prochain.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.