“À cause du coronavirus, je ne serai pas là pour l'anniversaire de mon copain” : le témoignage d’une jeune femme bloquée à l'étranger

L'amour au temps du confinement
L'amour au temps du confinement

Être loin de l’être aimé en pleine crise sanitaire, ce n’est pas facile. Mais lorsqu’on est à des milliers de kilomètres, c’est encore plus complexe. Vivre à distance le confinement en couple, mais séparés, est une épreuve. Mais dont ces amoureux sortiront grandis... Et certainement encore plus épris l’un de l’autre.

Le Coronavirus traverse les frontières autant qu’il les bloque. Depuis le début de la pandémie, de nombreux pays ont pris des mesures pour limiter la propagation de la maladie. Pour les Français en vacances ou de passage à l’étranger, le retour dans l’Hexagone est très compliqué. Mais certains ont préféré ne pas essayer de rentrer, pour préserver leur santé et celles de leur famille. C’est le cas de Marine*, est à l’autre bout du monde, loin de ses proches.

Cela fait déjà trois mois que la jeune femme de 28 ans est partie en Asie, sans billet retour. Cette entrepreneuse a décidé de rejoindre son frère, parti en tour du monde pour deux ans, après une “surcharge de travail”. “Je voulais un break dans mon boulot et dans ma vie en général. J’approche la trentaine, j’avais aussi besoin de prendre du recul, de remettre en question mes choix de vie”, nous explique celle qui a déjà parcouru la Birmanie, le Laos et le Cambodge. Sauf que son périple a été bouleversé par le Coronavirus.

Un tour du monde stoppé par le coronavirus

Le 16 mars dernier, lors de l’allocution d’Emmanuel Macron et l’annonce du début du confinement en France le lendemain à midi, Marine et son frère sont devant la télévision de leur auberge de jeunesse à Phuket, en Thaïlande. “Ce jour-là, on a décidé qu’on n’allait pas rentrer. On s’est dit : ‘On ne sait pas comment ça va se passer, ça a l’air d’être compliqué en France’. Alors qu’ici, tout était plus ou moins normal. Il y avait moins de touristes mais tout fonctionnait. On se sentait plus en sécurité en restant en Thaïlande. Finalement, notre billet retour a été annulé par la compagnie aérienne quelques jours plus tard.”, nous dit la touriste qui a changé son itinéraire pour s’isoler sur une île.

Première étape : aller dans la province de Krabi afin de faire prolonger son visa au bureau d’immigration. Deuxième étape : rejoindre l’île de Ko Samui en bus puis en ferry. Pourquoi ? “Parce qu’il y a un bureau d’immigration, un hôpital, un aéroport et plus de supermarchés que sur les autres îles voisines, plus petites. Et à l’époque, il n’y avait aucun cas là-bas [depuis, il y a eu deux malades du Covid-19 recensés, ndlr.]”.

L’amour à (très longue) distance

Les deux baroudeurs, accompagné d’un Espagnol rencontré pendant leur parcours, ont loué une villa pour un mois afin d’y passer la quarantaine.

Il m’a dit : ‘Je savais que tu n’allais pas revenir, j’avais un pressentiment’

La décision prise, il fallait avertir leurs proches. Et en premier lieu, le petit ami de Marine. “La première personne que j’ai appelée, c’est Fabrice*, confie la jeune femme en couple depuis près de quatre ans. J’ai essayé d’être assez soft. Je lui ai dit que je pensais que c’était plus simple de rester en Asie au vu de la situation… Il m’a dit : ‘Inconsciemment, je savais que tu n’allais pas revenir, j’avais un pressentiment depuis quelques semaines. Un mois de plus, on n’est plus à ça près !’”.

Je pense que c’est plus dur pour la personne qui reste que pour celle qui part

Si la Parisienne arrive à s’adapter à cet éloignement, c’est aussi parce qu’elle a vécu la situation inverse lorsque Fabrice est parti au Vietnam pendant six mois. “Ça m’a préparé à gérer mon quotidien toute seule. Ça m’a aussi donné le goût de partir parce que je savais que je pouvais gérer ce manque. Je pense que c’est plus dur pour la personne qui reste que pour celle qui part.”, affirme la globe-trotteuse.

Après son chéri, il a fallu annoncer la nouvelle à sa famille. “On a appelé nos parents et ils nous ont conforté dans notre idée. Ça les rassure de nous savoir tous les deux, ensemble. J’ai plus peur pour eux que pour moi, surtout qu’ils sont un peu âgés, et ils me manquent”, nous confie-t-elle en précisant qu’elle ne souhaitait pas non plus risquer de contaminer son père et sa mère en rentrant chez elle.

Même si j’avais envie de le retrouver, j’ai préféré rester ici pour me sentir plus libre

Marine n’avait pas choisi sa date de retour au hasard. “Je devais atterrir à Paris la veille de l'anniversaire de son copain, début avril. Ça reporte nos retrouvailles d’un mois, si ce n’est pas plus”, explique-t-elle déçue de ne pas pouvoir être présente pour cette occasion. Surtout que son amoureux “s’ennuie” confiné seul dans son appartement et aurait préféré qu’elle rentre. “C’est peut-être égoïste, mais même si j’avais envie de le retrouver, j’ai préféré rester ici pour me sentir plus libre. On peut encore sortir dans la rue, même si les déplacements sont limités, la population n’est pas confinée pour le moment. Mais les bars et les restaurants sont fermés, il y a de moins en moins de monde...”, explique celle qui n’est pas toujours comprise par ses amis.

Confinés à plus de 9700 km l’un de l’autre

“Beaucoup de gens ne comprennent pas mon choix ou m’ont demandé ‘Mais pourquoi tu ne rentres pas en France te confiner avec lui ?’. Je me sens plus ‘safe’ ici. Et puis ici, j’ai plus de contrôle, ça me rassure. Avec mon frère, on a pu gérer la crise comme on voulait, en choisissant le logement dans lequel on allait passer la quarantaine, s’organiser… Alors qu’en France, du jour au lendemain, on aurait été obligés de se cloîtrer chez nous. On a même une piscine privée, on sait qu’on est chanceux !”, lâche la Française.

La situation est tellement angoissante qu’on préfère attendre que ça se calme

Et d’ajouter : “C’est aussi plus simple de rester ici. On a plusieurs amis qui essaient de rentrer chez eux, en France mais aussi dans d’autres pays, et c’est très compliqué. Et surtout, on risque plus d’attraper le coronavirus en restant des heures dans un aéroport agglutiné avec des milliers de personnes… La situation est tellement angoissante qu’on préfère attendre que ça se calme pour rentrer.”

La première chose qu’elle dira à Fabrice en le retrouvant ? “C’est pas trop tôt !”. Et la première chose qu’elle fera ? “Manger du saucisson et du fromage ! Avec un petit verre de vin blanc. Je rêve de faire un apéro…” Comme on la comprend.

*Les prénoms ont été changés pour préserver l’anonymat

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