Coronavirus: coup de frein pour l'hydroxychloroquine en France

Le ministère français de la Santé a décidé ce mardi 27 mai de bannir l’hydroxychloroquine dans le traitement du Covid-19. Cela fait suite à plusieurs décisions allant dans le même sens et la publication d'une étude pointant les dangers de ce médicament.
 

Serait-ce la fin de l’histoire mouvementée de l’hydroxychloroquine en France ? L’avenir de ce médicament dans le traitement du Covid-19 est en tout cas pour le moment bouché. Depuis ce mercredi, il ne peut plus être prescrit en France. Jusqu’alors, hors essais cliniques, il pouvait être administré dans un cadre strict : à l’hôpital, sur décision collégiale, sous surveillance médicale et pour des cas graves de Covid-19. Un décret du ministre de la Santé a donc mis fin à cette possibilité. Les indications habituelles du médicament (lupus, polyarthrite rhumatoïde notamment) restent cependant autorisées. 

Cette décision fait suite à l’avis du Haut Conseil de la santé publique (HCSP), saisi par le ministre après l’étude de la revue médicale The Lancet. Le HCSP recommande de ne pas utiliser l’hydroxychloroquine ou la chloroquine dans la prise en charge du Covid-19, quel que soit le niveau de gravité de l’infection, et qu’elle soit administrée seule ou en association avec un macrolide – une famille d’antibiotiques à laquelle appartient l’azithromycine. 

« Pas la preuve d'un bénéfice »

Pour le HCSP, les données actuelles issues de la littérature scientifique « n’apportent pas la preuve d’un bénéfice sur l’évolution du Covid-19 » ; l’instance considère également qu’il existe une toxicité cardiaque de l’hydroxychloroquine, particulièrement en association avec l’azithromycine – il s’agit là de l’association ardemment défendue par le professeur Didier Raoult. 

L’organisme de santé publique précise avoir analysé les recommandations internationales et les publications sur le sujet, « ainsi que les rapports des centres régionaux de pharmacovigilance rapportant des effets secondaires potentiellement graves, en particulier cardiovasculaires, en lien avec l’utilisation de ce médicament. »

Dans la foulée, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a annoncé suspendre « par précaution » les essais cliniques évaluant l’hydroxychloroquine. Seize essais testant cette molécule étaient en cours en France ; ils ne pourront donc plus inclure pour l’instant de nouveaux patients. L’agence française s’est alignée sur la position de l’OMS qui, quelques jours plus tôt, avait pris une décision similaire pour les essais qu’elle a lancés avec les pays partenaires. L’organisation va en analyser les premières données avant de se prononcer sur la suite de ces travaux. Ces avis et décisions ne sont donc pas irrévocables, elles peuvent être modifiées en fonction de nouvelles données. 

Une même ligne

Les trois organismes sont sur la même ligne, défendue par la très grande majorité des scientifiques : seuls les résultats d'essais randomisés solides « sur l’hydroxychloroquine, associée ou non à l’azithromycine, peuvent permettre d’apporter la preuve de son efficacité et de sa sécurité », insiste l’ANSM. Autrement dit, pour apporter une telle preuve, il faudrait un essai avec un nombre significatif de patients, tirés au sort, et où un groupe reçoit le traitement à tester, et l’autre, un placebo – à un stade précoce de l’infection si l’on veut évaluer le protocole de Didier Raoult. Pour l’heure, aucun essai clinique robuste de ce type n’est terminé et un certain nombre sont désormais suspendus. 

L’étude publiée dans la prestigieuse revue médicale The Lancet et qui, en venant s’ajouter à de précédentes études, a incité les trois instances à réévaluer leurs directives, est quant à elle une étude dite observationnelle rétrospective. Les auteurs analysent les données médicales de patients ayant été pris en charge. 
L’étude est très vaste : plus de 96 000 patients, qui ont été hospitalisés dans 671 établissements à travers le monde, ce qui lui donne une robustesse statistique. Les patients ont été « regroupés » selon les médicaments pris – chloroquine, hydroxychloroquine, associées ou non à un antibiotique de la famille des macrolides (azithromycine ou clarithromycine). Les patients ne recevant que des soins courants ont constitué le groupe témoin.

Les groupes n’étant pas homogènes (âge, facteurs de risque etc.), les auteurs de l’étude ont tâché d’atténuer ces biais. Leurs conclusions suggèrent non seulement une inefficacité de la chloroquine, et de son dérivé l’hydroxychloroquine, mais aussi un sur-risque d’arythmie cardiaque et un sur-risque de décès. Ainsi le taux de mortalité est de 9,3 % dans le groupe témoin, tandis qu’il est plus élevé dans les autres groupes. Il atteint 23% dans celui des patients traités par hydroxychloroquine et antibiotique. Pour les auteurs, au vu des résultats, ces traitements ne devraient pas être utilisés en dehors d’essais cliniques. 

A noter qu’il s’agit là d’une corrélation, et non d’un lien formel de cause à effet, même si de précédentes études observationnelles vont dans le même sens et appuient ces conclusions. Pour prouver ce lien, il faudrait un essai clinique randomisé ; c’est d’ailleurs le souhait des auteurs. C’est ainsi que l’on pourra trancher définitivement la question, et mettre un point final à la controverse.