Confiner pour un seul cas de Covid-19 : la méthode australienne fonctionne-t-elle ?

Lucile Descamps
·6 min de lecture
La ville de Perth, en Australie, vient d'être confinée pour un seul cas de coronavirus en population. Une méthode surprenante, mais qui a déjà fait ses preuves dans le pays.
La ville de Perth, en Australie, vient d'être confinée pour un seul cas de coronavirus en population. Une méthode surprenante, mais qui a déjà fait ses preuves dans le pays.

L’Australie vient de reconfiner toute une ville pour un seul cas de coronavirus dans sa population. Si cette méthode surprend, elle a porté ses fruits jusqu’ici.

C’est une méthode qui paraît inenvisageable en France. Et même, plus largement, en Europe ou aux États-Unis. Et pourtant, ça n’a rien de surprenant en Australie. Alors qu’un seul cas de Covid-19 a été détecté en population - en dehors des hôtels dédiés à la quarantaine pour les voyageurs revenant de l’étranger - la ville de Perth, quatrième du pays avec ses 2 millions d’habitants, vient de se confiner, dimanche 31 janvier, pour au moins cinq jour. Il s’agit du tout premier cas de coronavirus en population dans l’État d’Australie-occidentale depuis plus de 10 mois, rappelle le New York Times.

Si cette réaction semble excessive, c’est pourtant loin d’être une première sur le pays-continent. Début janvier, un confinement éclair avait été décidé à Brisbane, seulement 16 heures après qu’un homme de ménage a été testé positif au coronavirus. Il a été levé après trois jours, une fois la menace d’une flambée des contaminations écartée.

VIDÉO - Australie : la ville de Perth confinée pour un seul cas de Covid-19

Des frontières fermées très tôt

En Australie, la gestion de la pandémie est bien différente de chez nous. Dès le mois de février, les voyageurs en provenance de Chine ont été interdits d’entrer sur le territoire, sauf les résidents australiens qui devaient passer par une quatorzaine, rappelle RTL. Des mesures restrictives qui se sont très vite étendues à l’ensemble des voyageurs.

Après une première vague relativement faible, c’est justement pas ces hôtels dédiés à la quarantaine que s’est déclenchée la deuxième vague, principalement dans la ville de Melbourne. Là aussi, les mesures ont été drastiques. Mais elles ont surtout été très ciblées. L’État de Victoria, dont Melbourne est la capitale, a fermé sa frontière avec la Nouvelle-Galle du Sud. Et, dès le 7 juillet, les cinq millions d’habitants de la ville ont été soumis à un couvre-feu et à un confinement qui a duré, en tout, plus de 110 jours. Des mesures qui se sont appliquées à l’ensemble de l’État de Victoria début août, alors que le reste du pays voyait ses restrictions allégées.

VIDÉO - Australie : la ville de Perth confinée pour un seul cas de Covid-19

Un “sacrifice” payant

Ce n’est que fin octobre que les restrictions ont été levées. “Le sacrifice des habitants de l’État de Victoria permet à l’Australie de maintenir un niveau de cas de coronavirus vraiment très faible”, a commenté le professeur Michael Toole, spécialiste en Santé internationale, rapporte la BBC.

Et ce “sacrifice” a permis au pays de retrouver un semblant de vie normale. Les employés ont été priés de retourner travailler au bureau, près de 40 000 personnes se sont réunies pour assister à un match rugby fin octobre, et l’opéra de Sydney a rouvert ses portes début novembre, rapporte le Washington Post. De quoi faire dire à Ian Mackay, virologue à l’Université du Queensland, que l’Australie a trouvé une méthode pour “sauver des vies, ouvrir notre économie et éviter cette peur et ces ennuis”, précise le New York Times.

“Le confinement donne aux personnes chargées du suivi des contacts et aux services de santé publique l’occasion de reprendre leur souffle, de s’assurer d’avoir interrogé tout le monde, que personne n’ait été oublié… et ça leur permet vraiment de stopper les transmissions”, poursuit le virologue, toujours dans le quotidien américain.

Une population conciliante

Si ces différents confinements très strictes mais localisés semblent avoir porté leurs fruits, ils ne sont en fait pas la seule explication de la réussite australienne. Car, outre cette méthode, le pays a très tôt fermé ses frontières - ce qui est facilité par sa géographie. Sans compter que la quantité de voyageurs internationaux en temps normal est incomparable avec l’Europe ou les États-Unis.

Pour s’assurer que le virus ne viendrait pas de l’extérieur, l’Australie a également mis en place un système de quarantaine dans des hôtels dédiés à cet effet pour les voyageurs qui étaient autorisés à rentrer sur le territoire.

Par ailleurs, comme s’en est félicité le ministre de la Santé, Greg Hunt, le pays a pu compter sur un système de dépistage “uniformément bon” dans tous les États, et un système de suivi des cas contact particulièrement efficace par endroit - et qui a été remanié là où il fonctionnait le moins. Le ministre a également reconnu que la population australienne avait été très conciliante et qu’elle avait toujours respecté les mesures sanitaires. Dès le début de la pandémie, les habitants ont été prévenu de la gravité de la situation et du fait qu’ils allaient devoir renoncer à une partie de leurs libertés, précise le Washington Post.

À LIRE AUSSI >> Covid-19 : le confinement à Melbourne aurait permis d’éviter un variant plus mortel

Le confinement à Melbourne aurait permis d'éviter un variant. Capture d'écran Twitter @YahooActuFR
Le confinement à Melbourne aurait permis d'éviter un variant. Capture d'écran Twitter @YahooActuFR

Des couacs et une économie touchée

Mais tout n’a pas non plus été tout rose. Comme ailleurs, le confinement a été très pesant sur les emplois, les entreprises et l’économie. Le pays est même entré en récession pour la première fois en 29 ans, rappelle le Washington Post. Le moral des habitants - particulièrement ceux qui ont été confinés longtemps - en a pris un coup et une hausse des dépressions a été enregistrée.

Même si la population a été plutôt conciliante, la longueur du confinement imposé à Melbourne a suscité la controverse et conduit à quelques manifestations et même à des heurts avec les forces de l’ordre.

Du côté purement sanitaire, si l’Australie s’en est tout de même très bien tirée, elle n’a pas fait un sans faute. Le service de Santé de l’État de Victoria a fait face à un manque de ressources, au début de la crise. Et surtout, c’est à cause de négligences dans les hôtels dédiés à la quarantaine que s’est déclenchée la deuxième vague qui a touché Melbourne. Selon la BBC, des transmissions ont eu lieu entre des résidents et des employés, ce qui a conduit à ce que les cas se multiplient au sein de la communauté australienne. Une enquête judiciaire est d’ailleurs en cours sur le sujet.

Malgré ces quelques couacs, le bilan australien est tout de même enviable. Le pays compte actuellement, en tout et pour tout depuis le début de la pandémie, 28 824 cas 909 morts. Ce qui correspond, en tout, à 3,6 morts pour 100 000 habitants. Loin, très loin, des 68,8 morts pour 100 000 habitants de l’Allemagne, des 112,9 de la France, des 131,1 des États-Unis et des 158,9 morts pour 100 000 habitants du Royaume-Uni.

NOS ARTICLES SUR LE CORONAVIRUS

>> Et si un taux élevé de vaccination ne permettait pas l’immunité collective ?

>> Le confinement à Melbourne aurait permis d’éviter un variant plus mortel

>> Ce que l'on sait sur le variant sud-africain, présent dans au moins deux régions françaises

>> Où en est-on des autotests ?

>> Tout ce qu'il faut savoir sur les tests salivaires, prochainement disponibles

>> Comment s'explique la mutation d'un virus ?

Ce contenu peut également vous intéresser :