Le confinement va-t-il sonner la fin de la corrida en Espagne ?

Les associations de défenseurs des droits des animaux en Espagne comptent bien profiter de l'épidémie de Covid-19 pour abolir totalement la corrida, qui traverse une crise sans précédent.

Comme de nombreux autres secteurs, la corrida souffre beaucoup depuis l’épidémie de Covid-19. L’industrie est en grande difficulté pour obtenir des aides du gouvernement espagnol, notamment à cause des défenseurs des droits des animaux.

“C’est épouvantable. Le coronavirus est arrivé au pire moment possible”. C’est avec ces mots que Victorino Martín, éleveur de taureaux de combat, décrit la situation au Guardian. Comme chaque année à l’approche du printemps, les éleveurs de taureaux préparent le terrain pour la saison de corrida, notamment en sélectionnant les taureaux d’une demi-tonne à transporter dans toutes les arènes du pays. Sauf que cette année, la crise de coronavirus est venue leur mettre des bâtons dans les roues. La pandémie mondiale a obligé le gouvernement espagnol à confiner tout le pays et donc à stopper l’activité de nombreuses industries, dont la tauromachie qui s’apprêtait à débuter sa saison.

Aujourd’hui, la vie reprend peu à peu son cours en Espagne et de nombreuses industries comme celles du voyage ou de la construction automobile se sont tournées vers le gouvernement pour obtenir de l’aide dans le but de redémarrer au mieux leur activité. La demande d’aide du secteur taurin au ministre de l’Agriculture a cependant créé une grosse polémique dans le pays, réveillant les groupes de défenses des droits des animaux qui en ont profité pour remettre en question cette pratique “barbare”.

“Construire un monde sans corrida”

Plus de 100 000 personnes ont signé une pétition afin de persuader le gouvernement de ne pas utiliser les fonds publics pour soutenir et sauver la corrida. “C’est scandaleux, tout particulièrement en ce moment où de nombreuses familles n’ont pas de quoi se nourrir”, explique Aïda Gascón de l’association AnimaNaturalis, un groupe de défense des droits des animaux à l'origine de la pétition. “Les fonds publics ne devraient pas être utilisés pour promouvoir et payer des spectacles basés sur la maltraitance des animaux”. Les associations de défense des animaux voient en cette crise le moment idéal pour freiner cette pratique : “La tauromachie est confrontée au moment le plus critique de son existence.[...] Nous avons une opportunité unique de construire un monde sans corrida”.

Une affirmation confirmée par la dernière crise économique de 2008 qui avait vu certaines municipalités à court d'argent retirer des fonds aux événements impliquant la tauromachie, comme le souligne le Guardian. De 3651 événements tauromachiques organisés en 2007 à 1521 en 2018, l’Espagne a considérablement diminué cette pratique avec une baisse de près de 60%.

400 taureaux tués en une semaine

De leur côté, les professionnels du secteur s’inquiètent de la perte de revenus estimée à au moins 700 millions d'euros, comme l’a déclaré Victorino Martín, qui dirige également la Fundación del Toro de Lidia, créée en 2015 pour défendre l’industrie. “Ce qui est encore plus inquiétant, c'est que nous ne savons pas quand nous pourrons reprendre nos activités”. Si l’industrie est actuellement en discussion avec les diffuseurs pour que la corrida soit retransmise à huis-clos comme cela devrait être le cas pour les matchs de football, la bataille ne semble pas gagnée. Dans les récentes annonces faites par le gouvernement espagnol sur la reprise des activités, la tauromachie n’a pas été mentionnée une seule fois. De nombreux éleveurs ont donc déjà abandonné : “Il y a des éleveurs qui ont abattu tous leurs animaux... Je sais qu'il y a eu une semaine où plus de 400 ont été tués”, raconte Victorino Martín.

Un chiffre très élevé qui va sans doute faire bondir les associations de défense des droits des animaux, qui réclament “l’abolition totale de cette pratique de torturer les animaux comme une forme de spectacle”.

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