Covid-19 : comment la Corée du Sud est passée de pays "modèle" à une grosse troisième vague

Lucile Descamps
·6 min de lecture
La Corée du Sud, jusqu'ici encensée pour sa gestion de la crise sanitaire, connaît une troisième vague plus forte que les autres.
La Corée du Sud, jusqu'ici encensée pour sa gestion de la crise sanitaire, connaît une troisième vague plus forte que les autres.

La Corée du Sud, qui s’en était très bien sortie depuis le début de la crise sanitaire, traverse une troisième vague difficile et ne parvient plus à tracer les contaminations, à cause d’un nombre de clusters trop important.

Dans la gestion de la crise du coronavirus, la Corée du Sud a très longtemps fait figure de modèle. Pourtant frappé très tôt, le pays a rapidement réagi, fort de son expérience avec de précédentes épidémies, comme le SRAS ou la grippe H1N1. Les autorités ont immédiatement mis en place une politique de dépistage massif et misé sur le traçage et l’isolement des malades.

Pour endiguer l’épidémie, la Corée du Sud s’est appuyée sur une technique visant à remonter à la source de la contamination de chaque patient. Une stratégie opposée à celle de la France, qui a choisi d’essayer de casser les chaînes de transmission en traçant les cas ayant été en contact avec une personne une fois que celle-ci était malade.

VIDÉO - Les cas de Covid-19 au plus haut depuis mars en Corée du Sud

Record de contaminations et de décès

Le choix sud-coréen s’est avéré payant, puisque le pays a facilement combattu les deux premières vagues, ne comptant aujourd’hui que 612 morts du coronavirus pour 51,6 millions d’habitants, contre plus de 59 000 décès chez nous pour 66,9 millions de Français.

Mais cette belle réussite est en train de se ternir, alors que le pays a plongé dans une troisième vague du coronavirus. 25 personnes sont mortes des suites du Covid-19 ces dernières 48 heures en Corée du Sud, ce qui en fait les deux jours les plus meurtriers depuis le début de la pandémie. Selon l’Agence de contrôle et de prévention des maladies, 226 patients étaient dans un état grave ce 16 décembre, soit, là encore, le chiffre le plus élevé de l’année, rapporte le Star Tribune.

Et les tristes records ne s’arrêtent pas là, puisque le pays a enregistré 1 078 nouvelles contamination le 15 décembre. Du jamais vu. “C’est une situation très grave et urgente, on ne peut plus revenir en arrière. Il faut faire tous les efforts pour arrêter la propagation du virus, en mobilisant toutes les capacités de quarantaine et tous les pouvoirs administratifs”, a notamment commenté Moon Jae-in, le président sud-coréen.

Comment expliquer que ce pays, jusqu’ici si bon élève, se retrouve en mauvaise posture ?

Un relâchement au début de l’automne

À en croire les observateurs, la Corée du Sud aurait trop baissé la garde au début de l’automne, notamment pour pouvoir relancer l’économie, alors que l’arrivée de l’hiver, synonyme de rassemblements en intérieur et de réduction de l’aération en raison du froid, laissait entrevoir un risque de reprise épidémique.

“Le gouvernement a changé sa politique en octobre [...] ce qui a permis au virus de se propager dans des communautés locales et augmenté les chances qu’il continue de se diffuser à plus large échelle”, a expliqué Eom Joong-sik, un expert en maladies infectieuses à l’université de Gachon (au nord-est du pays) au Guardian.

Un relâchement qui ne semble pas plaire aux Sud-Coréens. Le président du pays, d’abord encensé par la population pour sa gestion de la crise sanitaire, est actuellement au niveau d’approbation le plus bas, précise le quotidien britannique.

Des foyers de contamination éparses

Si la Corée du Sud est actuellement au pire de la crise, c’est en raison de la nature même de cette troisième vague. Contrairement aux deux premières, liées à de gros clusters très identifiables, celle-ci est plus difficile à cerner. Depuis la fin du mois d’octobre, les foyers de contaminations sont petits, mais très nombreux. Et surtout, ils concernent tous les pans de la société, rendant les transmissions bien plus difficiles à tracer.

Le 22 octobre, alors que le pays renouait avec des chiffres avoisinant les 100 nouveaux cas par jour après des semaines de calme, les maisons de retraites et les établissements de santé étaient les lieux les plus touchés. Et déjà, les autorités faisaient face à des cas difficiles à tracer, ne parvenant pas à remonter l’historique de 13% d’entre eux.

Mi-novembre, le nombre de contaminations a augmenté encore un peu plus. Des clusters ont été découverts toujours dans les établissements de santé, mais aussi dans les bureaux, les usines, les restaurants, les bars, les écoles, dans des saunas, des prisons, dans un club de randonnées, un cours de danse... preuve que la vie était presque revenue à la normale. Les petits rassemblements en famille ou entre amis étaient, quant à eux, responsables d’un foyer de contamination sur cinq.

“Les infections ont désormais lieu partout dans notre société, dans des situations quotidiennes, contrairement à avant où les explosions de cas étaient cantonnées à des lieux ou des groupes spécifiques”, a commenté le vice-ministre de la Santé, Kang Do-tae, comme le rapporte Al Jazeera.

La situation empire

À partir de là, de nouvelles restrictions ont été mise en place à Séoul : les rassemblements publics de plus de 100 personnes ont été interdits, les services religieux et événements sportifs limités à 30% des capacités accueil, et les endroits à risque comme les boîtes de nuit ou les karaokés priés de laisser plus d’espace entre les clients.

Ce qui n’a pas empêché l’épidémie de continuer à progresser. La situation a même empiré au point d’atteindre des records. Ce qui inquiète particulièrement, c’est que de nombreuses contaminations ont lieux dans les maisons de retraite et concernent donc des patients vulnérables. De quoi laisser craindre le pire pour les services hospitaliers réservés aux maladies infectieuses, déjà presque saturés.

“Cette troisième vague est différente des deux premières. C’est le pire moment depuis le début de la crise”, a commenté Jung Eun-kyeong, le directeur de l’Agence du contrôle et de la prévention des maladies, comme le rapporte CNN.

Le gouvernement envisage d’imposer de nouvelles restrictions, en passant au niveau le plus élevé de sa stratégie de lutte contre le coronavirus, précise la chaîne américaine. Une telle décision impliquerait notamment l’interdiction des rassemblements de plus de 10 personnes, la fermeture des commerces non essentiels, le télétravail pour la majorité et la réduction de 50% de la capacité des transports. Mais les autorités hésitent encore à prendre de telles mesures, à cause de leurs répercussions économiques.

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