Covid-19 : comment a évolué le virus après le déconfinement à l'étranger ?

Les transports, crainte principale du déconfinement.

Au Japon, l’île d’Hokkaido a dû procéder à un nouveau confinement au bout de 26 jours...

Le déconfinement entraînera-t-il une deuxième vague ? Alors que la France se prépare à lever progressivement le confinement à partir du 11 mai, la question est sur toutes les lèvres. Certains scientifiques évoquent la sensibilité du virus à la chaleur, qui écarterait le risque d’une deuxième vague cet été, tandis que d’autres sont plus méfiants.

Autant dire qu’il est impossible de savoir si une deuxième vague peut avoir lieu, et quand elle surviendrait. Certains éléments peuvent toutefois être apportés en comparant la situation des pays ayant déjà procédé au déconfinement, avant la France.

Un déconfinement trop rapide au Japon ?

Au Japon, l’exemple de l’île d’Hokkaido a été largement médiatisé. Après avoir procédé, rapidement, à une levée du confinement, et notamment à la réouverture des écoles, le gouvernement local a dû faire marche arrière et procéder à un nouveau confinement, après une explosion des nouveaux cas. Les écoles ont notamment été de nouveau fermées. Le docteur Alexandre Bleibtreu, infectiologue à la Pitié-Salpêtrière, estime qu’il faut regarder l’exemple du Japon.

Le 28 février, le confinement est décrété à Hokkaido. L’effet se fait assez vite ressentir, et la courbe du nombre de nouveaux cas quotidiens stagne avant de diminuer. 20 jours après le début du confinement, les mesures de restrictions sont levées, le 18 mars.

Un deuxième confinement au bout de 26 jours

Durant trois semaines, jusqu’au 7 avril environ, le nombre de nouveaux cas reste très bas, avant de progresser de manière fulgurante. En 15 jours, le nombre de nouveaux cas est multiplié par 7, dépassant largement les chiffres de la première vague. 26 jours après le déconfinement, un nouveau confinement est alors décidé.

Fort de cet exemple, la menace d’une deuxième vague imminente en France ne sera pas écarté avant au moins trois semaines. C’est d’ailleurs la période annoncée par le Premier ministre entre les différentes étapes du déconfinement.

En Allemagne, un déconfinement maîtrisé ?

A l’inverse, l’Allemagne semble avoir réussi son déconfinement, débuté le 20 avril, selon les derniers chiffres. Malgré une frayeur dans les premiers jours avec une remontée du R0, cet indicateur qui mesure le nombre de personnes qu’un malade infecte, ce chiffre clé a finalement diminué. Avant le déconfinement, il était de 0,7, avant de passer à 1 le 28 avril et de créer l’inquiétude.

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Finalement ce taux ne cesse de diminuer, pour atteindre 0,65 le 6 mai. De bonnes nouvelles au point qu’Angela Merkel a décidé d’une accélération du plan de déconfinement. Tous les magasins, restaurants, hôtels ou crèches vont pouvoir au rythme des modalités fixées localement. Le championnat professionnel de football va même reprendre, après deux mois d’interruption. Les mesures de distanciation sociale et d’hygiène sont toujours imposées aux Allemands.

Le risque de deuxième vague toujours présent

Un déconfinement tout en gardant des précautions : si le taux de contamination dépasse 50 infections pour 100 000 habitants dans une période de sept jours dans certains cantons, les élus seraient dans l’obligation d’appliquer de nouvelles mesures de restriction.

Mais si les premiers résultats du déconfinement progressif en Allemagne sont encourageants, la prudence reste de mise. Et le risque de deuxième vague est loin d’être écarté. Christian Drosten, le virologue allemand à l'origine de la politique de tests de masse en Allemagne, s'inquiète d'une deuxième vague de Covid-19 plus violente que la première.

Pour lui, la deuxième vague arrivera cet hiver. Avec la levée du confinement, “le virus va maintenant se propager dans toute l’Allemagne au cours des semaines et des mois à venir et pendant l’été. Il y aura une répartition plus équilibrée, même sous le couvert de ces mesures qui sont en vigueur. Nous serons alors dans une situation différente lorsque l’hiver s’installera”, explique le scientifique dans son podcast régulier sur la radio publique allemande NDR.

Une deuxième vague “plus intense” fin juin en France ?

Des modélisateurs de l'Inserm et de l'université de la Sorbonne prévoient une seconde vague “plus intense que la première” si plusieurs conditions ne sont pas respectées comme le maintien des mesures de distanciation sociale avec la moitié de la population qui reste à domicile, une réduction de 75% des contacts des personnes vulnérables et une réouverture de moins de la moitié des activités et commerces.

“Si 25% (des nouveaux cas) seulement sont identifiés, nous aurions à affronter une seconde vague plus intense que la première, débutant fin juin avec des capacités de réanimation dépassées jusqu’en août", explique au Monde Vittoria Colizza, co-auteure de l'étude. Une modélisation basée sur une actualisation de l’impact du confinement sur le système de soins en Ile-de-France.