Coronavirus: autour de chaque patient, un jeu de piste pour bloquer le virus

Paul RICARD
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Des spectateurs supporters de la Juventus protégés par des masques dans les tribunes du Parc Olympique Lyonnais le 26 février 2020

Paris (AFP) - C'est une enquête méticuleuse, qui peut potentiellement porter sur des dizaines d'individus: pour chaque patient infecté par le nouveau coronavirus, il faut retrouver les personnes avec lesquelles il est entré en contact et s'assurer qu'elles n'en contamineront pas d'autres à leur tour.

"Une enquête épidémiologique approfondie a été immédiatement mise en oeuvre pour identifier et contacter toutes les personnes ayant été en contact étroit avec ces patients", a souligné le ministère de la Santé après l'annonce de nouveaux cas mercredi.

"L'objectif, c'est de contenir l'épidémie en cassant les chaînes de transmission", explique à l'AFP Bruno Coignard, de l'agence sanitaire Santé publique France, chargée de piloter ces enquêtes dans l'Hexagone.

Elles répondent à "des protocoles standardisés" et les pays échangent régulièrement à leur sujet, sous l'égide de l'OMS. Au niveau international, le processus a été rôdé à l'occasion d'autres épidémies, Sras en 2002-2003, Mers en 2012-2013 ou Ebola en 2014.

Cette procédure est appelée "contact tracing".

Tout commence par un interrogatoire du patient, pour identifier les personnes avec lesquelles il a été en contact alors qu'il était contagieux.

Une fois ces personnes identifiées, elles sont contactées par des épidémiologistes, qui les classent selon trois niveaux de risque: nul/négligeable, faible, modéré/élevé.

Le plus haut correspond à "des contacts étroits, en face-à-face, à moins d'un mètre, sur une durée suffisamment prolongée, 10/15 minutes", selon le Dr Coignard. C'est par exemple la situation d'un couple.

A l'inverse, le plus bas niveau concerne les soignants qui étaient bien protégés par leur équipement ou des personnes "qui ont des contacts très occasionnels et furtifs" avec le malade. "Si vous le croisez dans la rue, il n'y a pas de raison d'avoir une transmission", souligne le Dr Coignard.

Plus difficile à jauger, l'appartenance au niveau intermédiaire, dit faible, est laissée à l'appréciation de l'épidémiologiste.

- Confinement -

Des instructions sont ensuite données aux personnes selon leur niveau de risque.

Pour le plus élevé, on leur demande de rester chez elles, de prendre leur température deux fois par jour et de se signaler aux autorités de santé si elles présentent des symptômes. Les autorités sanitaires leur téléphonent tous les jours pour assurer un suivi actif.

En France, un dispositif d'indemnisation est prévu pour compenser l'obligation de rester confiné à domicile.

Les personnes au niveau de risque intermédiaire doivent aussi prendre leur température deux fois par jour et se signaler en cas de symptômes ou de fièvre, mais peuvent sortir.

Pour ces deux niveaux de risque, le suivi dure 14 jours, durée maximale estimée de la période d'incubation (intervalle entre le moment où l'on contracte le virus et celui où l'on développe des symptômes).

Enfin, les personnes dont le niveau de risque est jugé nul/négligeable n'ont rien de particulier à faire.

Famille, amis, voisins dans un avion, personnel soignant... Ces enquêtes peuvent potentiellement porter sur "plusieurs dizaines" de personnes et mobiliser de nombreux professionnels, même si c'est variable, dit le Dr Coignard.

Tout dépend de la rapidité de détection d'un cas positif et du nombre de personnes avec lesquelles il a été en contact.

A titre d'exemple, l'un des patients positifs en France, un homme de 64 ans hospitalisé à Annecy dont le cas a été révélé mardi, a fourni une liste d'une soixantaine de "sujets contacts", selon l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes.

On peut avoir "des situations très différentes, avec des personnes qui ont contaminé très peu de monde, des personnes qui ont contaminé beaucoup de monde", selon Daniel Lévy-Bruhl, de Santé publique France.

"C'est très variable selon probalement la quantité de virus qu'ils excrètent, selon leur vie sociale entre le moment où ils ont commencé à présenter des signes et le moment où ils se sont isolés", note-t-il.

Bien rôdé dans les pays développés, ce dispositif de "contact tracing" est toutefois de plus en plus difficile à tenir au fur et à mesure que le nombre de cas augmente.

Si la maladie touche un grand nombre de personnes, "on ne peut plus avoir la même approche de suivi de tous les malades ni d'isolement de tous les contacts, car on n'a plus les ressources", relève le Dr Simon Cauchemez, de l'Institut Pasteur.