Coronavirus : l'Australie face aux limites de la stratégie "zéro Covid" ?

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Une rue déserte de Brisbane, le 30 juin, où un confinement local a été décrété.

Face à l'apparition de quelques cas de variant Delta, plusieurs régions du pays ont dû se confiner de nouveau.

Alors que les mesures s'allègent progressivement eu Europe, 10 millions de personnes sont confinées en Australie. Les habitants de Brisbane, Darwin, Perth et Sydney et de plusieurs zones de l’Etat du Queensland vont être confinés durant plusieurs jours pour tenter d'endiguer l'apparition de nouveaux cas de variant Delta, dans le cadre de la stratégie "zéro Covid", mise en place depuis le début de la pandémie.

L'idée du "zéro Covid" est de confiner le pays dès l'apparition des premiers cas afin d'éviter que la maladie ne se diffuse au sein de la population. Une mise en place associée à un contrôle très rigoureux des frontières et à des quarantaines obligatoires qui a suscité l'intérêt de la communauté scientifique en Europe.

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Mais alors que l'Europe allège ses mesures sous l'effet de la vaccination, l'Australie pourrait se retrouver dans une impasse en raison de sa stratégie "zéro Covid", partagée avec d'autres pays comme la Nouvelle-Zélande, Taïwan, Singapour, le Vietnam ou la Chine. Une crise sanitaire dont ces pays risquent de mettre du temps avant de sortir, estiment certains médecins.

"Leur population n'est pas protégée par l'infection"

"Les habitants des pays 'zéro Covid' n'ont pas été exposés au virus, ils sont dans notre situation en mars 2020, lorsque personne n'avait d'immunité naturelle dans la population. La seule manière pour eux de sortir de la crise, c'est une très importante couverture vaccinale" estime le docteur Yvon Le Flohic, ancien membre de la cellule de veille épidémiologique de la grippe H1N1. Depuis le début de la pandémie, l'Australie a enregistré à peine plus de 30 000 cas de Covid confirmés, alors que la France approche des six millions.

À l'inverse, souligne le médecin généraliste, "les pays qui ont été touchés par le Covid comme l'Europe ou les Etats-Unis ont une partie de la population protégée via l'infection. Il a suffit de vacciner une moindre part de la population pour avoir un effet sanitaire plus rapide, ça se voit aujourd'hui en Europe et aux Etats-Unis où l'épidémie décroît alors qu'à peine la moitié de la population est vaccinée". En France, une modélisation de l'institut Pasteur estimait début avril que 22,7% de la population avait contracté le Covid-19, étant donc partiellement protégé contre le Covid.

Le risque d'une adhésion à la vaccination plus faible

"Leur population ayant été épargnée par le Covid, l'adhésion à la vaccination pourrait être plus faible que dans les pays fortement touchée", prolonge Yvon Le Flohic. Pour lui, ces pays risquent d'avoir plus de difficultés à sortir de la crise sanitaire, avec la persistance du Covid et une vaccination plus lente.

Aujourd'hui moins de 25% de la population australienne a reçu au moins une dose de vaccin, et seuls 5,8% des Australiens sont totalement vaccinés. Sans parler de la défiance d'une partie de la population, vis-à-vis des vaccins, des manifestations anti-vaccins ont eu lieu en février dernier. Une sortie de crise d'autant plus longue à venir en Australie que la vaccination a connu un démarrage difficile. Le pays avait en effet misé sur le vaccin AstraZeneca pour l'ensemble de la population avec une production au niveau national, mais des restrictions à certaines tranches d'âge ont entravé la vaccination.

"Le 'zéro Covid' difficile à assumer si le virus ne disparaît pas"

Une stratégie "zéro Covid" d'autant plus remise en cause avec l'apparition des variants. "Avec des nouveaux variants plus transmissibles comme Delta, il est illusoire de croire que le Covid va disparaître. Donc la stratégie 'zéro Covid' qui consiste à confiner dès les premiers cas va devenir compliquée à assumer puisque le Covid continuera à circuler", poursuit le docteur Le Flohic, qui pointe du doigt les conséquences de cette stratégie.

"Ils auront forcément des importations de variants plus transmissibles et plus agressifs, provenant de pays avec une forte pression de sélection liée a l'immunisation en population ou vaccinale. S'ils maintiennent leur stratégie, ils devront passer à des confinements longs et difficiles, tant qu'ils n'ont pas très massivement vacciné". Alors que l'Europe et les Etats-Unis rouvrent progressivement leurs frontières, l'Australie a annoncé les laisser fermées jusqu'en 2022.

Une stratégie qui a limité la mortalité

C'est d'ailleurs ce qui a poussé Singapour à renoncer à la stratégie "zéro Covid". Conscientes que le virus ne disparaîtra pas, les autorités ont annoncé que la cité État rouvrira ses frontières lorsque deux tiers de la population sera vaccinée, ce qui permet de contrôler l'épidémie selon elles. Un changement de stratégie que d'autres pays pourraient suivre prochainement.

S'il reconnaît que la fermeture des frontières est "un piège dans lequel les pays ayant adopté le "zéro Covid" risquent d'avoir du mal à sortir", l'épidémiologiste Antoine Flahault tient à rappeler que la stratégie "zéro Covid" a été positive d'un point de vue global.

"Ces pays ont pu vivre normalement pendant que l'Europe multipliait les restrictions, et ont eu une mortalité très faible" rappelle le directeur de l’Institut de santé globale à l’université de Genève, favorable à une stratégie "zéro Covid". Alors que la France dépasse les 110 000 morts, l'Australie n'a pas dépassé le cap des 1 000 victimes du Covid.

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