Coronavirus: «aucun cas» en Indonésie, le tourisme chute en Asie du Sud-Est

En raison de l'épidémie de coronavirus, les touristes annulent ou reportent leur voyage en Asie du Sud-Est. Mais alors que le virus poursuit sa course, il se serait arrêté aux frontières de l'Indonésie : toujours aucun cas de contagion signalé par Jakarta.

Aucune contamination. Comment est-ce possible alors que l'Indonésie accueille 2 millions de voyageurs chinois chaque année, que les vols en provenance de Chine n'ont été suspendus que très tard, plus d'un mois après le début de l'épidémie et que tous les pays voisins sont touchés ?

Statistiquement, c'est impossible, selon les spécialistes de l'Université de Harvard aux États-Unis. Dans une étude publiée la semaine dernière, ils recommandent que l'Indonésie augmente son niveau de vigilance.

Sur le terrain, la matériel manque. Il a fallu attendre le 5 février, il y a seulement 10 jours, pour que les kits de détection du coronavirus soient opérationnels. Autrement dit, jusqu'ici, les médecins pouvaient déceler la maladie en cas de fièvre. Mais cela signifie aussi que des malades infectés qui ne présentaient aucun symptôme apparent sont sans doute passés entre les mailles du filet.

« On n'a pas l'équipement, on vit dans un archipel de plusieurs milliers d'îles difficiles à contrôler », reconnaît le patron de la Croix-Rouge. Ce n'est pas la ligne officielle.

Le ministre indonésien de la Santé parle de critiques insultantes. « Nous suivons les procédures internationales, défend-il. Nous ne cachons rien, c'est peut-être surprenant, mais c'est comme ça : on n'a encore déclaré aucun cas de coronavirus. »

Forte baisse du tourisme en Asie du Sud-Est

Les mesures drastiques prises par les autorités chinoises pour tenter d'endiguer l'épidémie empêchent les Chinois de voyager. Un manque à gagner important pour les pays voisins de l'empire du milieu.

C'est le cas de la Thaïlande qui l'année dernière a accueilli 11 millions de Chinois, soit 27 % de l'ensemble de ses visiteurs étrangers. Depuis le début du mois de février, la Thaïlande a perdu 86 % de touristes de Chine. Même scénario au Vietnam ou l'effondrement est plus marqué avec 90 à 100 % de voyageurs chinois en moins.

Et ces pertes ne sont pas compensées par la venue de touristes provenant d'autres régions du monde. Les voyageurs européens, américains ou australiens s'abstiennent alors que le virus sévit essentiellement en Chine continentale et que peu de personnes, pour le moment, ont été contaminées en Asie du Sud-Est.

La situation devient inquiétante pour ces économies dépendantes du tourisme. En Thaïlande, l'activité représente 20 % du PIB et les pertes liées à l’épidémie devraient se chiffrer cette année à près de 7 milliards d’euros soit 1,5 % du PIB du pays. Au Vietnam, le coronavirus pourrait coûter entre 5 et 7 milliards d'euros d'ici le mois de mai.

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« Un quasi-arrêt des réservations » vers l'Asie du Sud-est

■ Didier Arino est voyagiste pour l'enseigne Protourisme. Pour lui, les conséquences de la maladie se font déjà ressentir.

« On voit que les clientèles sont attentistes. Qu’elles cherchent à être rassurées sur l’absence de virus dans les destinations de villégiatures. Il y a ceux qui avaient déjà réservé leur séjour, et ceux-là pour la plupart, à part la Chine évidemment, sont partis vers la Thaïlande, vers le Cambodge, vers la Birmanie et les autres pays asiatiques. En revanche, on a un quasi-arrêt des réservations vers ces destinations. Ça n’est pas inquiétant à court terme, mais ça peut le devenir si la situation perdure. On peut dire que ça va être très compliqué pour les pays autour de la Chine avec une chute non seulement des Chinois, mais aussi des clientèles occidentales vers ces pays. Ce que l’on avait constaté l’an passé, d’abord c’est déjà une certaine désaffection vers les destinations asiatiques. Alors cette année, la diminution dépasse les 25 à 30 % vers bon nombre de ces destinations. Mais si on regarde depuis l’émergence du coronavirus, on est dans des baisses de réservation, notamment ces réservations de dernière minute ou du dernier mois qui dépassent les 50 %. Donc ça commence à devenir inquiétant pour ces destinations et pour les agences de voyages. »

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