L'amour au temps du confinement : "Je me remettrai avec méfiance sur les sites de rencontre car beaucoup auront la dalle"

Lucile Bellan
·9 min de lecture

Depuis une semaine déjà, le gouvernement a mis en place une politique de confinement. Les Françaises et Français qui le peuvent sont donc invité.es à rester à la maison le plus possible. Mais si les rassemblements et rencontres diverses entre les individus sont désormais proscrites, rien n’empêche de chercher un peu de chaleur humaine sur les applications de rencontre...

L'amour au temps du confinement
L'amour au temps du confinement

La France compte 8 millions de célibataires. On aurait pu croire que ce confinement les aurait davantage inspiré. Il n’en est rien. Si les ventes de sextoys ont explosé depuis le début de la mise en quarantaine, les singles préfèrent vivre leur confinement seuls. Selon le site Stat-rencontres, qui comptabilise les audiences de 118 plateformes de rencontre en ligne, ces dernières auraient vu leurs audiences chuter de 55% lors de la première semaine de confinement. Certains prennent le contre-pied de ces chiffres et décident de capitaliser sur les sites de dating pour combler un manque, pallier leur ennui, rencontrer quelqu’un ou qui sait, peut-être l’espoir d’y croiser l’amour.

Une occasion de créer du lien

Alice, 32 ans, se retrouve contrainte au chômage technique depuis le début du confinement, mais elle se réjouit de trouver le temps d’enfin s’adonner à une activité qu’elle délaissait avant la crise : “J’ai enfin le temps de discuter vraiment avec les gens. Parce qu’être confiné, ça n’empêche pas de draguer ! Là, je m’amuse, je fais des quizz avec les personnes avec qui j’ai matché mais j’appréhende le moment où je vais avoir un vrai coup de coeur et où l’impossibilité de la rencontre va être douloureuse.” Elle a choisi de faire contre mauvaise fortune bon coeur et de voir dans la situation une occasion de créer du lien… peut-être pour transformer ces discussions en rencontres par la suite.

“Je n’utilisais Tinder que pour les rencontres d’un soir. Maintenant, c’est pareil !

Marius a su adapter sa consommation habituelle des applications à la situation : “Je n’utilisais Tinder que pour les rencontres d’un soir. Maintenant, c’est pareil ! D’autant plus que j’ai vraiment besoin d’évacuer mon stress, mais on fait tout en ligne ou par téléphone. Et c’est la demoiselle qui choisit. À distance, on peut toujours partager un bon moment et trouver son plaisir tout en ayant l’excitation de la rencontre furtive. Il n’est même pas impossible qu’avec certaines, je reprenne contact après le confinement pour une confirmation IRL (dans la vraie vie, ndlr)”. `

“Le "Salut ça va ? tu fais quoi dans la vie ?" s'est quand même changé par : "Ça va, tu survis ?”

Charles, quant à lui, a choisi une position plus défensive : “Je suis un peu un touriste applicatif en cette période de confinement : je scrolle, je regarde ce qu'il y a, je n'engage la conversation que si c'est quelqu'un dont je suis certain qu'elle puisse me plaire...Étant en chômage technique, la prolifération des conversations intimes, familiales et amicales (j'ai de la chance d'avoir des proches nombreux) fait que d'une certaine manière je suis déjà en saturation de communication entre les apéros, les appels, les nouvelles des proches et personnes isolées. Je vois des choses drôles puisque les matchs sont beaucoup plus fréquents. Et j'ai changé la distance pour la réduire à plus ou moins mes quartiers (la seule chose que j'ai changé).” Il remarque que la grande différence dans les échanges, c’est les phrases d’accroche : “Le "Salut ça va ? tu fais quoi dans la vie ?" s'est quand même changé par : "Ça va, tu survis ?” En vrai c'est marrant, les gens sont plus détendus et relax je trouve globalement sur les 4-5 conversations depuis une semaine !”

Marty a également observé un changement sur l’application qu’il utilise : “N’étant pas fan des échanges virtuels interminables, en général je propose un verre “assez vite” d’habitude. Là je ressens qu’il y a pas mal de femmes présentes pour tuer le temps, ce que je comprends. Oui j’ai prévu de voir une fille à la fin du confinement. Mais quand cela aura-t-il lieu ?”

Cette incertitude quant à la longueur du confinement, et donc de l’attente et de la frustration, elle est ressentie également chez Alya : “Pour une rencontre plus sérieuse, j’avoue que là la longueur du confinement (si c’est parti pour six semaines) fait que je ralentis beaucoup le site. Je ne me vois pas discuter avec quelqu’un des semaines sans pouvoir se rencontrer. D’expérience, la rencontre assez rapide est quand même préférable pour éviter de fantasmer. Mais en même temps, j’ai remarqué qu’il y avait moins de monde actif sur l’appli, peut-être que ceux qui y sont veulent plus du sérieux ? Mais dans quelques semaines si on entrevoit la fin clairement je m’y remettrai mais avec méfiance car je pense que beaucoup auront la dalle”.

Mais dans quelques semaines si on entrevoit la fin clairement je m’y remettrai mais avec méfiance car je pense que beaucoup auront la dalle”.

Âmes sensibles, abstenez-vous

Pour y voir plus clair au royaume de la drague en ligne pendant ces temps troublés, j’ai demandé à Louisa, du podcast Single Jungle, de donner ses conseils de spécialiste : “On vit collectivement une période difficile, émotionnellement. Je recommande donc aux personnes sensibles de réfléchir avant d'aller sur les sites et applis de rencontres. Car elles pourraient être confrontées à des messages agressifs, racistes/fétichistes, grossophobes etc. Cette réalité là ne changera pas, quel que soit le contexte. De plus les applis/sites de rencontres sont fréquentés par bon nombre de personnes qui ne veulent rien de sérieux. Attention aussi à ceux/celles qui ne seront là que pour trouver un partenaire de jeu pour du cybersex (sexe en ligne, via webcam, facetime, whatsapp etc). Il faut donc faire un gros tri. Il y a aussi des personnes totalement irresponsables qui veulent tout de même faire des rencontres, alors que la consigne est de rester chez nous. Ne cédez pas, il en va de votre santé et des autres. Si vous vous lancez, pourquoi pas mettre à jour votre profil en indiquant par exemple votre passe-temps préféré pendant le confinement. C'est un bon moyen pour l'autre et pour vous, d'engager la conversation lorsque vous matcherez. Si le courant passe bien, et que vous êtes suffisamment en confiance pour échanger vos numéros, vous pouvez proposer un appel. Chose qui sera plus facilement acceptée, qu'avant la période de confinement. En particulier pour les trentenaires et vingtenaires qui n'aiment pas beaucoup les coups de fil. Or, tant d'émotions passent par la voix, c'est un bon moyen d'apprendre à se connaitre.”

Rentrez en contact avec votre target via Instagram

Un autre terrain de jeu à explorer, moins angoissant que les sites/applis de rencontres : les réseaux sociaux. La drague s'est beaucoup développée sur Instagram, Twitter, Facebook, notamment par le biais des suggestions de profils proposés par l'algorithme. Il est très facile d'entrer en contact avec votre target. Mais attention, vérifiez d'abord que la personne est célibataire et disposée à discuter, par un message simple et clair.

Fraîchement célibataire, elle s’est personnellement remise sur les applications de rencontre malgré le contexte troublé : “J'ai eu un match sur Tinder, nous avons discuté justement de notre façon de vivre le confinement, et rapidement nous sommes passés sur Whatsapp, puis par téléphone. Je lui ai proposé de faire le test des 36 questions prochainement. Il est d'accord, à suivre !”

Elle pressent aussi un changement dans les habitudes de dragues des usagers de ce type d’applications : “Les applis et sites vont sans doute communiquer sur leur activité et le changement qui s'y opère. Certaines applis doivent s'adapter (comme Abricot, qui fonctionne uniquement sur la rencontre, pas de chat virtuel possible et Happn qui ne montre que les personnes qu'on a croisées dans notre journée. Et comme on ne sort plus...) Un certain nombre de parisiens ont quitté la capitale pour rejoindre un lieu de résidence plus agréable. Ils n’apparaîtront donc plus pour nous francilien.ne.s, puisque les applis utilisent la géolocalisation. Vont-ils arriver en masse dans le feed des personnes en régions ? Qui sait ? Les gens parlent tout de suite du confinement, de la situation qu'ils vivent. Donc l'ambiance est plus réconfortante, dans le sens, où on s'intéresse à l'autre, à son ressenti, son vécu, comment vont ses proches... C'est très inhabituel, mais positif, et ça brise la glace !”

“Deux mois pour ça ?!”

Enfin pour celles et ceux qui prévoient de passer de semaines de discussions virtuelles à la grande rencontre à la fin du confinement, elle partage ses conseils : “Attention aux grandes attentes, elles engendrent de grandes déceptions. J'ai eu l'expérience d'une rencontre avec un homme qui m'avait fait attendre 2 mois, car il était à l'étranger, puis hospitalisé. On avait maintenu le contact pendant toute cette période. Quand on s'est enfin rencontrés, le rendez-vous a été très décevant. Un grand sentiment de gâchis. Deux mois pour ça ? Donc essayez de prendre du recul, de profiter de cette période pour faire des choses pour vous. Soyez aussi très prudent.e.s, si vous envisagez une rencontre, il faut absolument que ce soit en public, même si vous avez discuté ensemble tous les jours pendant de nombreuses semaines. Cela ne garantit rien. Aucun casier judiciaire ni preuve de moralité n'est demandée sur les applis de rencontres ou réseaux sociaux. Il y a malheureusement encore trop de femmes qui sont agressées lors d'un date, qui se passerait chez elle ou chez lui. Il ne faut pas attendre trop d'une rencontre, car c'est toujours révélateur d'un mal-être ou au moins d'une situation où on vit mal son célibat. Ce qui est compréhensible. Les livres et surtout témoignages d'autres célibataires peuvent vous aider”. (comme le podcast de Louisa, ndlr)

Draguer en période de confinement est une façon comme une autre de passer le temps tout en créant du contact avec l’extérieur mais il convient de toujours respecter les règles de base des échanges en ligne : on partage avec respect et on ne joue pas avec les sentiments ou les attentes de la personne avec qui on est en contact. Une relation virtuelle reste une relation. Ces circonstances exceptionnelles permettront probablement à de belles histoires de s’écrire mais la détresse ressentie par certains en période de confinement pourrait aussi être amplifiée par des épreuves sentimentales. Appliquez alors la même logique à votre coeur qu’à votre corps en période de confinement : protégez-vous.