Coronavirus: en Alsace, déconfiner ne va pas de soi

L’Alsace commence elle aussi son déconfinement ce lundi, mais elle est en zone rouge. Les deux départements alsaciens sont parmi les plus touchés de France par le coronavirus. Près de 1 300 personnes y sont décédées depuis le 1er mars.

De notre correspondante à Strasbourg,

Le président du département du Bas-Rhin a qualifié jeudi la décision du gouvernement de déconfiner de « pure folie ». « Nous ne sommes pas prêts », a-t-il dit. D’autres élus ont été moins alarmistes mais ont tout de même fait part de leur inquiétude.

Des lits en réanimation toujours quasi plein

La raison est simple : l’Alsace a été très touchée par le coronavirus. Aujourd’hui, même si le nombre de nouveaux cas est en forte baisse, il y a toujours environ 1 600 personnes hospitalisées pour le Covid-19 et les lits en réanimation sont encore occupés à quasi 100%. Si une deuxième vague de malades arrive, que se passera-t-il ? Beaucoup se posent la question.

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Vient ensuite le problème des masques. Une plateforme régionale a été créée pour aider les entreprises à trouver des masques, mais la population elle a plus de mal à s’équiper. Onze millions de masques sont en cours de distribution pour le Bas-Rhin. Mais par exemple, dans la capitale alsacienne, la distribution, se fera vers la fin de la semaine, voir la semaine prochaine. Mulhouse n’a pas encore affiché de date de distribution sur son site internet.

Les dépistages doivent commencer cette semaine. Avec une capacité de 12 000 tests par jour pour l’Alsace, dont un centre de dépistage pour des gens asymptomatiques. L’Alsace n’est donc pas tout à fait prête.

Inquiétude et méfiance

Dans la population, pas de manifestation anti-déconfinement, mais on sent l’inquiétude. Bien sûr, tout le monde est content de pouvoir sortir sans autorisation ou revoir ses parents ; les frontaliers se réjouissent de la réouverture des postes-frontières avec l’Allemagne et la Suisse ; mais les parcs vont rester fermés et les restaurants et cafés aussi. Quant aux écoles, elles vont rouvrir par étape.

Alors au détour d’une conversation, chacun explique ce qu’il ne fera pas : on mangera en famille mais les plus âgés seront au bout de la table. La séance chez le kiné attendra, et certains disent abandonner pour l’instant les transports publics pour le vélo.

Les hôpitaux alsaciens ont été totalement submergés. À Mulhouse, il a fallu ouvrir un entrepôt pour stocker les cercueils. Ce sont des images que la population n’a pas oubliées. Il n’y avait pour la population ni gel ni masque ni gants. Beaucoup allaient en Allemagne chercher de quoi se protéger. La population en garde un sentiment de vulnérabilité et de défiance envers le gouvernement.