Coronavirus: 130 000 Français bloqués à l'étranger veulent rentrer

La France doit organiser le retour de quelque 130 000 ressortissants bloqués à l'étranger par la pandémie de Covid-19. C’est ce qu’a estimé ce vendredi 20 mars, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

« La question la plus difficile, ce sont ceux qui sont de passage à l'étranger, en voyage, généralement pour des vacances et qui sont aujourd'hui comptabilisés, de l'ordre de 130 000 sur l'ensemble de la planète », a déclaré Jean-Yves Le Drian sur France Info. « Le principe de base, c'est que les 130 000 Français, nous voulons les faire rentrer sur le territoire national. Ils le souhaitent et ils ont raison de le souhaiter», a-t-il ajouté.

Sénégal, Pérou, Émirats arabes unis, Tunisie, Maroc, Turquie, de nombreux pays ont suspendu leurs liaisons aériennes avec la France, l'un des pays les plus touchés en Europe par le coronavirus après l'Italie et l'Espagne. Le piège s'est alors refermé sur tous les ressortissants étrangers présents sur leur territoire.

Jean-Yves Le Drian a assuré vouloir faire rentrer les Français « le plus vite possible », « dans les jours qui viennent », via des « vols commerciaux spéciaux » que les compagnies aériennes sont en train de mettre en place en accord avec les pays concernés. D'ici là, il a réitéré son appel au « sang-froid » et à la « patience ».

Le gouvernement fera preuve d'une « vigilance particulière pour que les prix des billets soient régulés, bloqués, pour qu'il n'y ait pas de spéculations sur le sujet », a également souligné le ministre des Affaires étrangères.

Un rapatriement plus ou moins simple selon les pays 

Ce dispositif concerne les Français en vacances à l'étranger ou en voyages d'affaires. Les trois millions de Français résidant habituellement à l'étranger sont invités à rester « chez eux » sauf « urgence sanitaire », a noté Jean-Yves Le Drian. 

Il a également invité tous les Français se trouvant à l'étranger et qui souhaitent rentrer à s'inscrire sur le dispositif Ariane, via le site du Quai d'Orsay, afin qu'ils puissent être joignables. « Nous avons mis en place une cartographie aéroport par aéroport, pays par pays, consulat par consulat pour identifier le nombre de Français demandant à rentrer ».

Concernant le Maroc, une des destinations touristiques les plus prisées des Français, 17 000 des 20 000 ressortissants souhaitant rentrer ont déjà été rapatriés depuis une semaine. Le ministre des Affaires étrangères a évoqué, sans plus de précisions, des « cas plus particuliers, plus difficiles », citant les Philippines, les Canaries, Madère et la République dominicaine, assurant que des « décisions spécifiques » seront prises pour ces pays.

Les difficultés à rentrer du Cambodge 

Pascal Le Gludic était en vacances au Cambodge avec sa femme, lorsque l’annonce du confinement a été faite en France. Depuis, il essaie de rentrer.

« On a énormément de mal à joindre les compagnies, soit celles avec qui on a acheté des billets soit celles avec qui on cherche à en acheter. On avait un billet de retour qui était prévu pour le 29 mars. On a essayé de contacter l’agence qui nous l’avait vendu et la compagnie aérienne qui l’opérait, mais nous n’avons pas réussi à les joindre. »

Face à la fermeture des frontières et à l’annulation des vols, l’ambassade conseille de rentrer, explique ce touriste français. Il a donc pris la décision de ne pas attendre le 29 mars et de rentrer au plus vite. « Là encore, on rencontre des problèmes. Hier nous avons acheté un billet sur un organisme de voyage, mais le billet n’a pas été validé, donc nous ne savions pas si nous allions être débité ou non. La difficulté réside surtout avec les compagnies. »

Pour ce qui est des services consulaires français sur place, Pascal Le Gludic assure garder contact avec eux. « En ce qui concerne le rapatriement, les services consulaires français ne savent pas dire ce qu’ils vont faire et nous conseillent plutôt d’acheter les billets par nous-mêmes. » 

Ce touriste français a réussi à trouver un vol pour le 24 mars, mais les problèmes ne sont pas forcément résolus. « Une fois arrivé à l'aéroport Charles de Gaulle il faudra que l’on rejoigne la Bretagne et on ne sait pas comment cela va être possible ».

Même cas de figure en Inde 

De nombreux Français sont donc coincés à l'étranger, dans l'impossibilité de retourner chez eux, soit parce que les frontières sont fermées, soit parce qu'elles vont l'être et que cela désorganise le trafic aérien. Axelle Roucou, une professeure de yoga, est bloquée en Inde.

« Je reviens du Rajasthan et je suis actuellement à New Delhi. J’ai eu un coup de frayeur aujourd’hui, quand l’hôtel est venu me donner une feuille me demandant de rester quatorze jours dans leur établissement en quarantaine. Quand j’ai été appelé pour un contrôle de température dans un dispensaire et que j’avais 37,8°C à 9 heures du matin j’étais assez stressée et angoissée. On m’a ensuite emmené à l’hôpital dans une pièce destinée aux examens liés au coronavirus. On m’a repris ma température pour ensuite me donner une feuille qui m’a permis de sortir de l’hôtel pour aller à New Delhi avec la preuve de mes vols qui devaient fonctionner. »

Malgré des annulations de vols, Axelle Roucou a réussi à avoir une place dans un vol pour la France qui doit partir dans la nuit de samedi à dimanche. « Je croise les doigts évidemment. »

(Avec AFP)