Coronajournal : "La France tient par l'admirable dévouement des sacrifiés sur l'autel des petits intérêts"

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"Et tout d'un coup, tout s'éteignit, la ville devint épaisse, et dans la nuit battit comme un cœur." (Aurélien, Aragon)

Jeudi 12 mars

Indisponible au moment de l’allocution du Président de la République, j’en prends connaissance en rediffusion, assez tard dans la nuit. La solennité affichée, peut-être plus essayée qu’atteinte, et du coup – comme toujours le concernant – un peu surjouée, est contredite par le défilement, au bas de l’écran, d’une transcription particulièrement laborieuse des propos présidentiels. Des coquilles à foison, des tentatives de correction, une course-poursuite cocasse entre l’écrit et l’oral font que l’attention très vite se détourne du propos : la tension entre l’autorité visée et la maladresse produit, comme chez Molière ou Chaplin, un effet dévastateur.

Le sourire cependant se fige à entendre : "Notre protection sociale, notre État-Providence ne sont pas des charges mais des atouts […] Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en-dehors des lois du marché". Les bras m’en tombent. Vénus de Mllo en studio parisien, j’ai cru entendre, aussitôt après de tels propos, le bruit du marbre fracassé.

Vendredi 13 mars

Dans les rues de Troyes, une allure de printemps précoce sur les parcs déjà très verts, les arbres en fleur, les sorties d’école... On a peine à relier cette transparence avec un temps de catastrophe. C’est une contradiction bien connue de toutes les tragédies. «

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