Corée du Nord : qui succèderait à Kim Jong-un en cas de décès ?

Les rumeurs s'affolent sur la santé déclinante de Kim Jong-Un, absent de la scène médiatique depuis plusieurs semaines.

Les rumeurs s’affolent sur la santé du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, absent de la scène médiatique depuis le 11 avril. Un décès prématuré plongerait le pays dans une situation inédite au niveau de la succession.

Les rumeurs enflent depuis plusieurs jours sur l’état de santé de Kim Jong-un. Le dirigeant nord-coréen n’est en effet pas apparu en public depuis le 11 avril dernier et a raté les célébrations liées à l’anniversaire de son grand-père, le 15 avril. Selon l’agence de presse Reuters, la Chine a récemment envoyé des experts médicaux à son chevet. Dans la soirée du samedi 25 avril, le site TMZ annonçait même le décès du leader. Une information démentie par le conseiller spécial à la sécurité nationale du président sud-coréen, qui assurait ce 27 avril auprès de CNN que Kim Jong-un est “vivant et en bonne santé”.

Si le flou règne donc sur la situation, l’alerte interroge tout de même sur le futur successeur de Kim Jong-un, dont les enfants sont encore en bas-âge. “C’est prématuré de se poser la question”, nous explique Juliette Morillot, spécialiste de la Corée du Nord et co-auteur, avec Dorian Malovic, de Mijin : confession d’une catholique nord-coréenne. Pour autant, il existe d’ores et déjà quelques éventualités.

“Je ne peux pas imaginer que rien n’ait été préparé. Kim Jong-un n’a certes que 36 ans, mais il a des problèmes de santé”, poursuit la spécialiste, qui avance même l’idée que la Chine puisse déjà être au courant du plan prévu. Mais dans la mesure où le dirigeant nord-coréen est officiellement en pleine possession de ses moyens, sa succession n’est pas encore connue ni des habitants du pays, ni des observateurs.

Une femme à la tête du pays ?

Quelques suppositions peuvent toutefois être faites. Les trois derniers dirigeants - Kim Il-sung, son fils Kim Jong-il, et le fils de ce dernier Kim Jong-un - font tous partie de la lignée du Mont Paektu. Si les enfants de l’actuel leader sont trop jeunes pour régner, il reste encore des membres de la dynastie des Kim : Kim Jong-chol, le frère aîné de Kim Jong-un et Kim Yo-jong, sa soeur. Le premier “n’est pas intéressé par la politique, c’est pour cette raison qu’il n’avait pas été choisi par son père pour lui succéder”, nous rappelle Juliette Morillot, qui précise qu’il occupe tout de même “un poste assez élevé”.

Kim Yo-jong, en revanche, est une sérieuse candidate. “C’est à elle qu’on pense tout de suite : elle a fait des études, elle est brillante, elle parle plusieurs langues”, énumère la spécialiste. Et, surtout, c’est en elle que Kim Jong-un semble avoir le plus confiance. On l’a, par exemple, régulièrement vue accompagner le dirigeant nord-coréen lors de sommets internationaux, et lui tendre le stylo utilisé pour la signature de documents. Un geste qui peut paraître anodin. Il ne l’est pourtant pas, comme l’analyse Juliette Morillot, puisque Kim Jong-un “ne laisse aucune trace ADN, c’est donc sa sécurité qui est en jeu”. Autre indice, Kim Yo-jong a fait, ces derniers temps, des déclarations politiques indépendantes, sans passer par son frère.

Une forme de gouvernance inédite ?

Si l’égalité entre les hommes et les femmes est inscrite dans la Constitution en Corée du Nord, le pays est encore “très patriarcale”, et Kim Yo-jong pourrait se heurter à “la désapprobation de l’armée et du parti”, estime la spécialiste. Pour éviter d’en arriver là, la soeur de l’actuel leader pourrait occuper une forme de régence ou former un duo à la tête de l’État avec d’autres personnalités du régime. Les plus probables étant Choe Ryong-hae, président du présidium suprême et beau-père de Kim Yo-jong, ainsi que Kim Jae-ryong, le Premier ministre.

Autre possibilité, celle de voir arriver au pouvoir Kim Pyong-il, l’un des fils que Kim Il-sung a eu avec une autre femme, soit le demi-frère de Kim Jong-il, et donc l’oncle de Kim Jong-un. Il permettrait ainsi de maintenir la lignée directe du Mont Paektu. Cet homme a été “élégamment écarté du pouvoir, en étant pendant très longtemps ambassadeur dans les pays de l’est, mais il est rentré en novembre dernier en Corée du Nord, officiellement pour raison de santé”, rapporte Juliette Morillot.

Une succession potentiellement moins facile

Quoi qu’il en soit, le remplacement de Kim Jong-un - si il devait intervenir prochainement - serait beaucoup moins facile que les précédents. Kim Jong-il avait choisi son successeur bien des années avant sa mort. Il l’avait accompagné sur des visites de terrain, on l’avait vu monter en grade dans la propagande... “Les observateurs savaient que Kim Jong-un était préparé pour devenir successeur”, conclut la spécialiste.

Là, la situation est inédite. Pour autant, le système politique ne devrait pas se désintégrer. “C’est possible qu’il y ait des luttes entre différents clans, entre le parti et l’armé”, reconnaît-elle, “mais la Corée du Nord ne laisse rien au hasard, tout a déjà dû être préparé”. D’autant que, même si imaginer la mort du leader avant qu’elle n’advienne est “un sujet tabou, les Coréens du Nord sont bien conscients de la fragilité de la santé” de Kim Jong-un.

Pour l’heure, il est toutefois officiellement en bonne santé. Selon un journal sud-coréen, il se serait simplement auto-confiné après la découverte d’un cas de coronavirus dans son entourage.

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