Corbeil-Essonnes: les oppositions veulent "tourner la page Dassault"

Alexandra DEL PERAL
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Le maire sortant de Corbeil-Essonnes, Jean-Pierre Bechter (à droite) et son prdécesseur Serge Dassault (à gauche sur la photo), photographiés le 24 juin 2016 dans cette commune de region parisienne en présence du premier ministre de l'époque Manuel Valls

Corbeil-Essonnes (AFP) - Après 25 ans de gestion du clan Dassault accusé de "clientélisme", Corbeil-Essonnes peut-elle basculer? La gauche et le mouvement de la majorité présidentielle tentent d'arracher la mairie à Jean-Pierre Bechter, candidat à un troisième mandat malgré ses ennuis judiciaires.

"Je suis serein, ils n'ont aucune chance de remporter la ville", assure à l'AFP M. Bechter, 75 ans, ex-bras droit de l'industriel Serge Dassault, décédé en mai 2018, "soutenu" mais pas investi par Les Républicains.

A la tête de cette ville de la grande couronne parisienne depuis 2009 où il avait succédé au milliardaire après l'invalidation de sa réélection, l'édile, mis en examen pour achat de votes et financement illégal de campagne électorale, défend son bilan. Celui d'une ville en "expansion où il fait bon vivre".

Les oppositions, elles, dénoncent la gestion d'une ville paupérisée, "abandonnée", avec un maire "en fin de course".

"Corbeil est devenue une ville-dortoir avec une urbanisation galopante et une baisse de la qualité de vie", dénonce Bruno Piriou, adversaire historique de M. Bechter, à la tête d'une liste "essentiellement citoyenne" soutenue par l'ensemble des formations de gauche.

"Baisser la dette, c'est très bien mais pas au détriment de la qualité de vie des habitants qui ne s'y retrouvent pas", complète Jean-François Bayle, adjoint au maire, à la tête d'une liste dissidente.

Côté centre droit, une liste UDI-Modem-Agir, soutenue par La République en marche et menée par Jean-Luc Raymond, s'est aussi lancée dans la course avec l'ambition d'offrir une "troisième voie" hors du "duel vu et revu entre MM. Bechter et Piriou".

Ancien communiste, aujourd'hui sans étiquette, M. Piriou est candidat pour la cinquième fois dans cette commune d'environ 50.000 habitants. "Le combat d'une vie" pour l'intéressé mais "la candidature de trop" pour ses détracteurs.

- "Nouveau départ" -

Parmi eux Jean-Luc Raymond, qui revendique une candidature de "renouveau" malgré son passage en 2008 dans la majorité municipale de Serge Dassault. Une "expérience malheureuse" qui aura duré "à peine six mois", regrette-t-il.

Aujourd'hui, ce commerçant de 58 ans veut "tourner la page de 25 ans de gestion du clan Dassault et offrir un nouveau départ à la commune. Sans controverses, ni affaires".

La ville avait été arrachée aux communistes en 1995 par Serge Dassault qui s'y était maintenu pendant quatorze ans avant de devoir passer le relais à M. Bechter.

Depuis, elle est devenue indissociable de la figure du milliardaire. Une avenue éponyme, à l'entrée de la ville, avait même été inaugurée pour ses 90 ans.

Mais l'ère Dassault est aussi marquée par de nombreuses controverses. Mis en examen pour achat de votes et financement illicite de campagne électorale, le milliardaire, décédé avant la tenue du procès, n'a jamais été jugé.

M. Bechter, qui a toujours revendiqué l'héritage de son prédécesseur, est quant à lui renvoyé devant le tribunal correctionnel.

La justice soupçonne la mise en place "d'un système pyramidal", passant par "des grands frères des cités" qui auraient eu pour mission de convaincre les électeurs d'aller voter M. Bechter en 2009 et 2010, en échange de dons, promesses de logement, emplois ou rémunération.

Des accusations catégoriquement rejetées par l'édile qui dénonce "une opération politique de la gauche pour éviter de parler de son projet pour la ville".

A droite pourtant, le malaise est présent même s'ils sont peu nombreux à commenter ouvertement l'actualité judiciaire du maire. "Le doute est là", réagit pudiquement Jean-François Bayle, qui ajoute "ne pas vouloir (s)'en mêler".

Un autre élu, sous couvert d'anonymat, dit souhaiter "que la justice passe vite pour enfin sortir la ville des soupçons perpétuels de fraude électorale".

M. Piriou, qui s'est porté partie civile dans le dossier, espère que ces élections permettront de "tourner la page du clientélisme qui n'est pas propre à Corbeil-Essonnes mais qui existe ici peut être plus que nulle part ailleurs".

"Ce sont les électeurs qui trancheront en mars", assène M. Bechter, qui assure "être plus que jamais en phase avec eux".