Cop26: Le méthane n'est pas qu'une affaire de vaches, c'est nos déchets aussi

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Photo taken in Bangkok, Thailand (Photo: Saravut Vanset / EyeEm via Getty Images)
Photo taken in Bangkok, Thailand (Photo: Saravut Vanset / EyeEm via Getty Images)

ÉNERGIE- C’est une bombe 25 fois plus puissante que le CO2 pour réchauffer la planète. Sa puissance est telle que le méthane volerait presque la vedette du CO2 à la Cop26. Et de fait, plus de 80 pays se sont engagés, ce mardi 2 novembre, à réduire leurs émissions de méthane de 30% d’ici 2030 par rapport à 2020.

La France a signé, et doit maintenant agir alors que le méthane est le deuxième gaz à effet de serre le plus émis dans l’Hexagone. Mais la tâche demande de se salir les mains. En effet, si tout le monde associe le méthane aux pets des bovins -ce sont en réalité leurs rots qui en rejettent- l’agriculture n’est pas le seul domaine émetteur de ce gaz.

On le sait moins, mais les rejets de méthane viennent aussi de nos déchets. “Le secteur des déchets est le premier secteur permettant de réduire les émissions de méthane en Europe”, affirme au HuffPostMarielle Saunois, enseignante chercheuse à l’Université de Versailles-Saint-Quentin en sciences du climat et de l’environnement.

Les décharges sont responsables de 20% des émissions de méthane

L’explication se trouve dans la fermentation des déchets. La matière putrescible, comme les déchets de cuisine ou les lisiers d’animaux, dégage naturellement du méthane en se décomposant. En cause, ce que nous consommons et achetons sans consommer.

Il y a bien sûr dans nos poubelles nos déchets organiques (peau de banane...), mais aussi tout ce qui n’a pas été mangé, comme par exemple ce pot de yaourt périmé depuis des mois. Chaque année, entre 20 et 30 kilos de nourriture par personne sont gaspillés en France. Cela s’ajoute à nos déchets domestiques non recyclés qui atteignent 270 kilos par personne et par an.

Les déchets organiques qui ne sont pas recyclés, compostés ou transformés en matières premières finissent généralement dans les décharges. Résultat: une montagne de déchets et un chiffre vertigineux, 20% des émissions de méthane françaises sont liées à nos décharges.

Ces centres de stockage de déchets sont d’ailleurs souvent épinglés pour leurs importants rejets de gaz à effet de serre. En Île-de-France, les sites de Véolia sont chaque année parmi les premiers émetteurs de méthane de la région, selon la plateforme Géorisques.

Dans ce contexte, le grand défi des centres de stockage est d’empêcher que le méthane ne se disperse dans l’atmosphère. Plusieurs solutions existent: les décharges peuvent brûler le méthane avant qu’il ne s’échappe mais cela provoque d’autres types d’émission, ou poser de grandes couvertures sur les tas de déchets. Très peu perméables, elles permettent de garder le méthane bien au chaud pour un stockage éventuel. Dernière option: la revalorisation de ce gaz à effet de serre.

Le méthane transformé en énergie renouvelable

C’est dans ce domaine que le secteur de l’énergie a vu du potentiel. Des mastodontes français -Véolia, Suez, GRDF- ont compris l’intérêt de récupérer l’énergie émise par le processus naturel de décomposition des déchets en valorisant le méthane produit. Des installations de captage de méthane ont donc poussé comme des champignons sur les lieux de stockage de nos déchets.

L’un des plus beaux spécimens récemment sorti de terre est la Waga box. Cette “mini-usine” est la consécration de deux pionniers du gaz de décharge: Veolia et la start-up française Waga Energy. En combinant deux techniques de pointe pour séparer le méthane des autres composants, Waga box réussit à obtenir du biométhane pur à 98%. Celui-ci peut être directement injecté dans le réseau de distribution exploité par GRDF et ainsi alimenter des milliers de foyers.

“La France compte déjà 10 Waga box d’une capacité totale de 200 GWh/an qui alimentent 32.000 foyers en gaz renouvelable et évitent 40.000 tonnes de CO2 par an”, affiche fièrement le site de Véolia. Une énergie renouvelable pour limiter celles fossiles- charbon, gaz, pétrole- et qui captent en plus l’un des plus puissants gaz à effet de serre.

Pas de valorisation des déchets

Mais ces installations sur les sites de stockage n’ont pas les mêmes avantages que d’autres procédés, comme la méthanisation dans le secteur agricole. “Ce ne sont pas les mêmes objectifs, ces installations captent du méthane mais les déchets restent stockés”, explique au HuffPost Karine Adam, experte des technologies et procédés propres et durables à l’Ineris.

Pour faire simple, méthaniser c’est à la fois produire du biogaz et transformer les déchets en engrais pour le sol, le digestat. Capter le méthane, comme le fait le secteur de l’énergie, ne revalorise pas les déchets.

Et comme pour toute technologie utilisée dans le domaine de l’énergie: attention aux fuites. Les processus de méthanisation en général émettent “entre 0.1% et 3% de fuite de méthane aussi bien dans le processus et valorisation du biogaz”, indique Karine Adam. Ça ne semble pas énorme, mais ces chiffres ne prennent pas tous les rejets en compte, notamment ceux émis par le stockage des déchets.

Malgré ces limites, produire du gaz vert à partir de nos déchets peut participer à la transition énergétique. “Mais il faut garder l’idée du mix énergétique et ne pas se dire que ce sera l’unique énergie de demain”, nuance Karine Adam. Pour limiter le réchauffement climatique, réduire les émissions de méthane de nos déchets est donc une priorité. Éviter d’en produire en est une autre.

À voir aussi sur Le HuffPost: A Glasgow, des sirènes s’échouent dans des filets contre la Cop26

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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