La Cop26 de Glasgow s'annonce record en émissions de CO2

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Censée atteindre la neutralité carbone, le Cop26 va en réalité être l'une des plus coûteuses en termes d'émissions (sur cette photo, prise à Glasgow lors du dernier jour de la Cop26, une caricature de Boris Johnson tient un panneau demandant
Censée atteindre la neutralité carbone, le Cop26 va en réalité être l'une des plus coûteuses en termes d'émissions (sur cette photo, prise à Glasgow lors du dernier jour de la Cop26, une caricature de Boris Johnson tient un panneau demandant

ENVIRONNEMENT - La réalité derrière les beaux messages. Alors que les autorités britanniques, qui organisent la Cop26 à Glasgow, avaient promis un sommet neutre en émissions carbone, le résultat va être tout autre. Voici l’estimation d’Arup, un cabinet missionné par Londres pour surveiller la pollution engendrée par la Conférence sur le Climat.

Dans un rapport qui devra être consolidé au terme du sommet, il apparaît que la Cop26 devrait émettre l’équivalent de 102.500 tonnes de dioxyde de carbone. Soit, d’après les calculs du Washington Post, les émissions annuelles de 8000 citoyens britanniques ou de 100.000 Sri-Lankais. Surtout, cela représente deux fois plus d’émissions que lors des Cop de Madrid en 2019 (51.000 tonnes environ) et de Paris en 2015 (43.000), et quatre fois plus qu’à Durban et Copenhague, respectivement en 2011 et 2009.

Logique quand on sait qu’environ 40.000 personnes venues du monde entier auront pris part à la Cop26, parmi lesquelles de nombreux chefs d’État et officiels ayant voyagé en jet privé. Un trafic aérien qui représente 60% des émissions totales de la Conférence, d’après le cabinet Arup.

Les jets privés montrés du doigt

Si ce chiffre s’explique par le fait que des habitants des quatre coins du monde auront participé, il aurait toutefois pu être contenu si les leaders de la planète avaient voyagé sur des vols commerciaux plutôt qu’en jet, comme ce qu’a fait l’acteur Leonardo DiCaprio, défenseur historique du climat. Selon l’expert aviation d’une ONG promouvant des transports plus respectueux de l’environnement, là encore cité par le Washington Post, un passager en jet représente dix fois plus d’émissions que celui d’un vol régulier. Et cela sans même évoquer d’autres modes de transport, tels que le chemin de fer.

Un exemple éloquent à cet égard est celui de Boris Johnson en personne qui, au terme du premier week-end de la Cop, est rentré dans la précipitation à Londres en jet privé pour un dîner entre amis, ignorant la possibilité de prendre un train lui permettant d’être 4h30 plus tard dans la capitale anglaise. Avant de revenir justement en train quelques jours plus tard à Glasgow, signe que même pour un dirigeant mondial, le périple ferroviaire demeurait accessible.

Reconnaissant auprès des Américains de CNBC que la Cop n’avait pas vocation à être une démonstration d’un mode de vie écologiquement responsable, le responsable scientifique de Greenpeace UK, Doug Parr, a ainsi noté que “l’incapacité à trouver durant le sommet un accord visant à limiter les émissions du secteur aérien” est une parfaite illustration des contradictions à l’œuvre à Glasgow.

D’autant qu’en plus du transport international, le logement des dizaines de milliers de participants, les allers-retours entre les hôtels et les différents lieux où se déroulait la Cop ou encore la gestion des déchets sont venus alourdir le bilan carbone de l’événement.

La parade du gouvernement britannique

Pourtant, de nombreux petits gestes avaient été déployés depuis le début du sommet. Les brouillons de déclaration finale jamais imprimés, le haggis (un plat à base de panse de brebis farcie, spécialité nationale écossaise) végétarien et à base de produits cultivés localement, les gobelets à café réutilisables, les toilettes à faible débit d’eau... Ces symboles multiples n’avaient pas échappé à une campagne de communication voulant faire montre d’un sommet vert.

Et alors même que le bilan carbone de la Cop26 s’annonce bien en deçà des attentes, le gouvernement britannique continue de marteler qu’il a une parade. Comme il l’avait fait pour compenser l’empreinte carbone du G7 organisé en Cornouailles au mois de juin, il prévoit d’acheter des “crédits carbone”. Soit de financer en contrepartie des projets permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Après le G7, rappelle le Washington Post, les Britanniques avaient par exemple investi dans une usine capturant le méthane au Vietnam, un projet d’hydroélectricité au Laos ou encore de l’électricité au gaz naturel en Thaïlande.

Mais il n’en reste pas moins, poursuit le quotidien américain, que le coût de ces investissements n’est qu’une bagatelle rapporté à l’ampleur du sommet: grâce à l’expertise d’une société suisse vendant ces “crédits carbone”, le journal estime que la compensation payée par le gouvernement britannique représenterait l’équivalent de 20 dollars par participant à la Cop. Un équilibrage pas franchement équitable par rapport à des milliers d’allers-retours en jet privé.

Car comme l’écrivait Le HuffPost avant même le début de la Conférence, rassembler et loger des dizaines de milliers de personnes venues du monde entier représente en soi un projet difficilement conciliable avec la neutralité carbone. Reste donc à ce que la déclaration finale fixe des objectifs suffisamment élevés pour avoir justifié la tenue d’un tel événement.

À voir également sur le HuffPost: Cet iceberg de 4 tonnes a été expédié depuis le Groenland pour fondre à la Cop26

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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