Cop26: derrière le vernis, des comportements anti-sobriété qui dérangent

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À l'approche de la Cop 26, qui débute le 31 octobre à Glasgow, des voix toujours plus nombreuses s'élèvent contre un sommet inégalitaire et de plus en plus coûteux pour ses participants (photo d'illustration prise le 27 octobre à proximité du lieu où se tiendra la Cop 26). (Photo: Russell Cheyne / Reuters)
À l'approche de la Cop 26, qui débute le 31 octobre à Glasgow, des voix toujours plus nombreuses s'élèvent contre un sommet inégalitaire et de plus en plus coûteux pour ses participants (photo d'illustration prise le 27 octobre à proximité du lieu où se tiendra la Cop 26). (Photo: Russell Cheyne / Reuters)

ENVIRONNEMENT - L’envers du décor. À partir de ce dimanche 31 octobre, et comme chaque année, l’ensemble des dirigeants de la planète, des associations, des scientifiques et des professionnels se retrouvent sous l’égide des Nations unies pour évoquer la lutte contre le changement climatique et la préservation du climat. Une 26e Conférence des parties (ou Cop) qui se tient cette année à Glasgow, en Écosse.

Sauf que derrière le vernis d’une cause noble et des engagements qui devraient être pris par la communauté internationale demeure toute la complexité logistique et économique de l’organisation d’un tel événement. Avec comme résultat des images et symboles en décalage total avec le but poursuivi par la Cop 26.

  • Un grand salon de l’aérien

C’est bien connu: le trafic aérien est le moyen de transport de personnes le plus polluant au monde (si l’on excepte, soyons fair-play, la nouvelle mode encore ultra minoritaire du tourisme spatial). Or pour inviter en Écosse les dizaines de milliers de participants -les chefs d’État et de gouvernement de près de 200 pays, des délégués représentant des ONG, des entreprises, des universitaires...- il faut bien les convoyer jusque-là.

Certains, à l’image des Jeunes verts européens, ont donc appelé les invités au sommet à prendre le train, mais force est de constater que la plupart des participants se déplaceront en avion, tel Boris Johnson (qui aurait pu faire le trajet depuis Londres en train en quelques heures seulement, mais qui a choisi de mettre en avant une initiative de son gouvernement sur les avions “verts” volant grâce à des biocarburants). Bien loin donc de la traversée à la voile de l’Atlantique de Greta Thunberg en 2019 pour se rendre à New York.

Surtout, comme le dénoncent plusieurs associations dont Extinction Rebellion (qui prévoit de bloquer certains des aéroports prévus pour l’atterrissage des participants), de nombreux dirigeants ne viendront pas par des vols réguliers, mais via des jets privés, dix fois plus polluants. “Ces vols privés, qui servent à seulement 1% de la population mondiale, causent la moitié des émissions polluantes du secteur aérien”, déplore l’ONG écolo fondée au Royaume-Uni.

Pire, comme le rapporte Euronews, du fait de l’épidémie de Covid, les participants à la Cop en provenance de pays placés sur la “liste rouge” des autorités britanniques sont officiellement invités à venir par avion, via certains points d’entrée où ils pourront respecter un isolement de dix jours. Une incitation qui fait hurler les ONG: “Des défenseurs du climat et des militants en provenance de zone particulièrement concernées par les enjeux climatiques ont dû faire face à un processus interminable lié aux visas et à la vaccination, certains devant même annuler leur venue. Mais pour ceux qui peuvent se payer un jet privé, le gouvernement britannique met tout en place”, s’insurge par exemple Daniel Willis, de Global Justice Now.

  • Le défi du logement

Ensuite, une fois sur place, un autre défi est de loger les 30.000 participants. Une nécessité qui a déjà entraîné de nombreuses difficulté, comme l’illustre Tan Copsey, qui est à Glasgow pour le compte de Bailout Watch, une ONG qui surveille la politique des États en direction des énergies fossiles.

L’associatif a mis en ligne sur Twitter des extraits d’une conversation avec un loueur potentiel, qui lui reproche d’avoir fait sa réservation trop en amont, à une date où les prix étaient encore à leur niveau normal. Arguant du fait que la demande de locations a explosé avec la Cop, le propriétaire lui demande d’ajouter 70 livres quotidiennes (environ 83 euros), soit un surcoût d’environ 1700 euros pour la durée du séjour. Et voyant que son client refuse, il se dit “contraint d’annuler la réservation”.

Un cas qui est tout sauf unique. Comme le relate The Financial Times, certaines chambres d’hôtel louées habituellement mille euros pour deux semaines (la durée de la Cop) le sont pour 17 fois plus pour la quinzaine. Des appartements sont, eux, carrément proposés à 42.000 euros les quinze jours. “Une chambre qui était proposée à 42 livres lundi l’est à 1400 livres par nuit pour la durée du sommet”, ajoute la BBC.

Une situation intenable pour certaines délégations. Résultat, à quelques jours du début de l’événement, plus de 3000 participants étaient encore en recherche d’un logement pour la durée du sommet. Certains doivent donc se loger à une cinquantaine de kilomètres de Glasgow.

Alors pour compenser l’absence de logements en nombre suffisants (au Financial Times, un spécialiste du tourisme estime à 15.000 le nombre de logements disponibles pour des locations de courte durée à Glasgow), les organisateurs ont eu l’idée de faire venir... deux navires de croisière pouvant accueillir au total 6000 personnes. Tout simplement un autre moyen de transport parmi les plus polluants au monde.

Des géants des mers qui fonctionnent au gasoil, qui polluent plus que des centaines de milliers de voitures et sur lesquels seront donc logés des milliers de participants au principal sommet mondial sur le climat.

Autre absurdité: pour permettre à certains des hôtes de se rendre à la Cop 26 depuis leur logement, un hôtelier a décidé de leur mettre à disposition des véhicules électrique de marque Tesla. Et pour pallier l’absence de moyen de charger ces voitures, il a fait venir... des générateurs électriques fonctionnant au diesel, comme l’a raconté, dépité, Andrew Montford, de l’ONG de défense du climat Net Zero Watch. “C’est tout simplement de la vertu ostentatoire. C’est incompréhensible.”

  • Les plus pauvres lésés

Une situation qui pousse de nombreux observateurs et défenseurs de l’environnement à dénoncer ces contradictions et une forme d’hypocrisie. Car face à ces contraintes logistiques et financières, certains pays se demandent même s’ils vont pouvoir envoyer leurs délégations à Glasgow. Toujours auprès du Financial Times, un délégué des îles britanniques du Pacifique expliquait n’avoir d’autre choix que de se loger à Édimbourg, à 80 kilomètres du sommet. Le tout après avoir déjà fait le tour du monde pour venir en Écosse.

″À ce jour, la moitié au moins des délégués africains n’ont pas la certitude de pouvoir se rendre” à la Cop 26, ajoutait Tanguy Gahouma-Bekale, représentant du Gabon et membres des négociateurs pour le continent africain au Monde le 11 octobre.

Des pays défavorisés qui, en plus, ont des soucis d’accès au vaccin en cette période de crise du Covid. Le quotidien du soir rapporte ainsi que de nombreux membres de la société civile en provenance d’Afrique avaient dû renoncer à participer à l’événement faute d’avoir pu se faire vacciner en temps et en heure, ou même d’obtenir un visa.

C’est pour cette raison d’inégalité d’accès aux sérums que des centaines d’ONG avaient appelé à un nouveau report de la Cop. Une demande rejetée, le gouvernement britannique décidant à la place d’offrir des chambres d’hôtel et de lever des restrictions sanitaires pour permettre un accès plus juste au rendez-vous mondial. Des milliers de participants sont cependant toujours dans l’incertitude de pouvoir s’y rendre.

D’autant que les coûts ne s’arrêtent pas là pour les différentes délégations. Invoquant la pandémie et le Brexit, les organisateurs ont effectivement augmenté de 30% par rapport à la Cop 25 de Madrid le coût d’un pavillon, ces espaces où les pays peuvent proposer des discussions, des présentations et des ateliers. Même l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a dénoncé le coût “outrancier” de ces espaces, qui a fait doubler le budget prévu par l’institution internationale à Glasgow, précise le Guardian. Une difficulté qui, là encore, pénalise les pays en voie de développement et les associations ou ONG.

Au point que de nombreux militants pro-climat ont pris la décision de boycotter le sommet ou du moins de renoncer à s’y rendre. Un signal peu engageant à l’heure où les rapports scientifiques se montrent de plus en plus alarmant quant à l’avenir de la planète.

À voir également sur le HuffPost: Avant la Cop26, la désillusion de ces jeunes, deux ans après leur prise de parole avec Greta Thunberg

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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