L'UMP se dit prête à un "débat" sur l'ère Sarkozy

L'UMP est désormais prête à débattre du quinquennat de Nicolas Sarkozy, espérant se renouveler à quelques mois des élections municipales et européennes, qui s'annoncent aussi difficiles pour la droite que pour la gauche avec un FN en embuscade.

Depuis le début de l'été, voire plus pour les anciens Premiers ministres François Fillon et Jean-Pierre Raffarin, de plus en plus de voix s'étaient faites entendre pour réclamer un "inventaire" du quinquennat. Tout en prenant soin -à des degrés divers- de ménager un ancien président, toujours très populaire à droite et qui pourrait vouloir revenir, comme il l'a clairement laissé entendre le 8 juillet devant l'UMP.

Il n'empêche! Près de quinze mois après la défaite de mai 2012, une fois enterrée -officiellement du moins- la hache de guerre entre copéistes et fillonistes, les langues se délient, parfois avec sévérité contre M. Sarkozy (Laurent Wauquiez a déploré des "réformettes", Hervé Mariton des "erreurs").

Ce travail est essentiel", faute de quoi "nous nous condamnons à la paralysie et à la politique du perroquet", a plaidé l'ancien ministre Patrick Devedjian. Pour M. Wauquiez, favorable à l'examen de la décennie durant laquelle la droite a été au pouvoir (2002-2012), "on ne construit pas l'avenir sans tirer les leçons du passé". L'inventaire des dix ans écoulés pourrait être "un point d'appui à un renouvellement de la droite", estime le vice-président de l'UMP.

Le 11 juillet à la Grande Motte, M. Fillon demandait à ses troupes de "méditer le passé". Déjà en février dernier, à la Mutualité à Paris, il affirmait que l'UMP devait "se repenser de fond en comble". A la même époque, M. Raffarin s'en prenait au bilan de M. Sarkozy, dénonçant sa "stratégie de droitisation".

Tous craignent les échéances à venir, alors que le FN est crédité de bons scores, et ferait même jeu égal avec le PS et l'UMP aux européennes, selon les sondages.

"L'UMP, un parti vérolé"

Samedi dans Corse matin, le président de l'UMP Jean-François Copé a voulu reprendre la main en recadrant les uns et les autres. Oui à un "débat" sur le précédent quinquennat (il n'a pas prononcé le mot "inventaire", qui fâche les amis de M. Sarkozy) mais à plusieurs conditions: il servira "exclusivement l'avenir", aura lieu à l'UMP, devra être clos à la mi-octobre et ne devra pas se transformer "en procès personnel contre Nicolas Sarkozy et François Fillon qui ont ensemble gouverné la France pendant cinq ans".

Manière pour le patron de l'UMP de rappeler à son rival, candidat à la candidature pour la présidentielle de 2017, que lui aussi est comptable du passé. "Copé espère faire d'une pierre deux coups: un petit coup de griffe à Sarkozy, un gros coup de griffe à Fillon", affirme un cacique du parti.

Le 8 juillet, Nicolas Sarkozy lui-même "nous a invités à nous remettre en cause", a plaidé samedi sur Europe 1 Jérôme Lavrilleux, directeur de cabinet de M. Copé.

Malgré toutes les précautions prises par le patron de l'UMP, des proches de l'ancien président ont vu rouge, Patrick Balkany les résumant avec son franc-parler habituel: "Copé ferait mieux de faire l'inventaire des conneries de la gauche", a lâché le député-maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), sur le site Francetvinfo.

Plus diplomate, Brice Hortefeux, président de l'association Les Amis de Nicolas Sarkozy, demande à son parti de "ne pas être obnubilé par son nombril" et "de se concentrer sur ce que fait le gouvernement".

D'autres au contraire saluent l'initiative de M. Copé. "C'est bien. Les Français attendent un projet. Il faut faire cet inventaire pour construire l'avenir", assure Catherine Vautrin, trésorière de l'UMP, qui affirme que "tout le monde est solidaire" car "le bilan, c'est aussi bien celui de Sarkozy, que de Fillon et tous les anciens ministres". Camille Bedin, secrétaire générale adjointe de l'UMP, se réjouit d'un "débat efficace et tourné vers l'avenir".

Reste à savoir ce qu'en pensera le principal intéressé. "L'UMP est un parti vérolé", confiait il y a peu Nicolas Sarkozy à l'un de ses visiteurs.

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