Pour contrer l'inflation du prix du porc, la Chine envisage de puiser dans ses réserves stratégiques

AFP - NOEL CELIS

La Chine envisage de puiser dans ses réserves nationales de porc pour stabiliser le prix de la viande et enrayer la spéculation. Le mois dernier, la livre de porc s’est envolée de plus de 30 % sur un an.

De notre correspondant à Pékin,

Le cochon est mangé à tous les repas ou presque, en Chine. Mais en pleine après-midi, il faut appeler le gardien pour passer les grilles du marché porcin de la « grande porte rouge » près du 6ᵉ et dernier périphérique de Pékin. Un marché au bord des élevages, façon de parler… Il y a longtemps que les tours de verres et de béton occupent le paysage du nord-ouest de la capitale. Seuls les grillons, les fruits-fleurs orange vif d’un mûrier de Chine et les panneaux signalant la présence de chevaux attelés rappellent qu’autrefois, ici, c’était la campagne.

Pressions sur les éleveurs

Un échalas au chapeau de paille s’avance en triporteur à l’entrée du marché de gros. « Oui, il y a des marchands au fond de la cour ! Mais vous allez voir, le prix du porc est très élevé ! », lance-t-il avant de disparaître à l’intérieur. En raison des restrictions Covid, le marché n’ouvre qu’une heure aux professionnels tôt le matin.

« Ça fait quatre jours que les prix grimpent, se plaint un boucher. On est passé de 3 euros à 4,40 euros le kilo, et ce sera bientôt 6 si ça continue. En même temps, au premier semestre de cette année, la viande partait à prix bradés, les éleveurs n’ont rien gagné. »

Les élevages ont perdu de l’argent cet hiver, le propos revient en boucle chez les professionnels. Un tabouret sur le trottoir, une blouse sur un cintre accroché à une branche d’arbre au bord de la chaussée, en fin de journée, le coiffeur ambulant et les marchandes de légumes déballent leur marchandise non loin du marché. « Que voulez-vous, confie l’une d’entre elle, le prix de la viande augmente dans le monde entier, c’est pareil en Chine ! »

Un argument que ne veulent pas entendre les autorités. La commission nationale du développement surveille de très près cette flambée du prix du porc et vient de presser une douzaine de grands éleveurs porcins d’abattre leur cheptel à un rythme régulier, les mettant en garde contre la spéculation et les prix artificiellement gonflés. « Ces derniers jours, le prix du porc sur le marché a continué d'augmenter fortement, mais cela ne peut pas durer, affirme Feng Yonghui, auteur du premier logiciel de prévisions pour les élevages. La hausse des prix ne peut pas durer, en tout cas, sur le rythme des deux dernières semaines, rassure l’agronome. Il y a certainement des éleveurs qui ne mettent pas leur cochon sur le marché pour faire monter les prix. Quand ils auront rattrapé leurs arriérés, les prix retomberont. »

Réserves stratégiques

Dans le même district, à 20 minutes de voiture le grand hangar blanc du marché agricole de Qinghe. Et là aussi, les bouchers comprennent les éleveurs. « Quand le porc était bon marché, personne ne disait rien, rappelle une marchande. Des éleveurs ont fait faillite, aujourd’hui ils se rattrapent, c'est tout. »

Pour les clients, la flambée des prix reste toutefois difficile à suivre et à expliquer. « Nous avons perdu tous nos repères, les prix changent tout le temps », souligne une cliente d’un certain âge. « Avant, c'était 1,50 euro la livre, maintenant, c'est 2,78 euros. Pourquoi les prix augmentent autant ? » demande une autre. « Les prix du porc sont à un tournant, ils vont probablement toucher le fond et inaugurer un nouveau cycle à la hausse, ce qui exercera une forte pression sur l’indice des prix à la consommation », avait déclaré fin juin Yang Weimin, le directeur adjoint du comité des affaires économiques de la Conférence consultative du peuple chinois, dans des propos rapportés par le South China Morning Post.

Les dirigeants chinois se sont inquiétés au printemps des conséquences de la guerre en Ukraine et de la résurgence Covid qui ont créé des « nouveaux défis » dans la stabilisation des prix à la consommation. Si la mise en garde des éleveurs ne suffit pas, les autorités songent à puiser dans les réserves nationales. Garé devant le marché, un camion porte un autocollant du 70ᵉ anniversaire du Parti communiste chinois. C’était en 2019, une épidémie de peste porcine venait de décimer les élevages et le pouvoir avait alors déjà puisé dans ses réserves stratégiques pour empêcher toute manifestation de mécontentement à la veille des célébrations. Un scénario similaire est à l’étude avant le XXᵉ Congrès du PCC à l’automne.

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