L'Assemblée vote puis annule une hausse des pensions de 500 millions d'euros

© Bertrand Guay, AFP

L'Assemblée nationale a voté mardi une revalorisation supplémentaire de 500 millions d'euros pour les pensions de retraite. Un revers pour le gouvernement, qui a réclamé un second vote, annulant la mesure adoptée quelques heures plus tôt.

Gros accident pour la majorité : l'Assemblée nationale a voté mardi 26 juillet, contre l'avis du gouvernement, une revalorisation supplémentaire de 500 millions d'euros pour les pensions de retraite, dans le cadre de l'examen du projet de budget rectifié pour 2022. Mais accident finalement réparé quelques heures plus tard, dans la nuit, lorsque les députés sont revenus sur cette mesure, lors d'une seconde délibération houleuse demandée par le gouvernement.

L'amendement, voté par 224 voix contre 121 en fin d'examen du projet de budget rectifié pour 2022, a annulé le précédent adopté contre la volonté du gouvernement, donnant lieu à de virulents échanges entre le ministre de l'Economie Bruno Le Maire et les députés de la Nupes et du RN, les élus LR l'ayant soutenu.

"Le temps est venu d'admettre les votes de cette Assemblée", s'est emportée l'insoumise Caroline Fiat, tandis que le socialiste Jérôme Guedj traitait le gouvernement de "mauvais perdant". Du côté du RN, c'est le soutien annoncé par la députée LR Véronique Louvagie à la nouvelle mouture gouvernementale qui a suscité la réaction la plus virulente: "C'est la mort des Républicains comme parti d'opposition", s'est emporté Sébastien Chenu.

Auparavant, M. Le Maire avait justifié cette demande de seconde délibération, car la revalorisation était "financée en prélevant les sommes sur les pensions de retraites civiles et militaires de l'Etat". "Cela ne me paraît pas juste dans son financement et inutile étant donné la revalorisation de 2023", a-t-il assuré.

Une "bouffée d'oxygène" vite étouffée

Dans la journée, le premier vote sur cet amendement du groupe indépendant LIOT a été acquis par 186 voix contre 181, la gauche célébrant aussitôt une "belle victoire" et les députés Rassemblement national (RN) une "bouffée d'oxygène" pour les retraités avec ce 0,4 % de hausse supplémentaire des pensions.

Lundi soir déjà, 230 millions d'euros pour les foyers se chauffant au fioul avaient été approuvés, par des votes concordants des élus Les Républicains (LR), RN et de la gauche. Le gouvernement privilégiait lui une aide de 50 millions d'euros.

Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, avait réclamé haut et fort de la modération budgétaire, alors que 44 milliards d'euros de crédits sont déjà ouverts : "Tenons les comptes publics !"

D'un côté le gouvernement, privé de majorité absolue, tente d'achever la première lecture de ce projet de budget, qui devait se terminer initialement vendredi soir, afin que le Sénat puisse s'en saisir cette semaine en commission.

De l'autre, les oppositions, notamment à gauche, défendent pied à pied leurs propositions et cherchent à arracher tout ce qu'elles peuvent, en soutien face à l'inflation galopante.

"Nous assistons à un vrai dévoiement du débat démocratique", avec des débats "interminables" et de la "pure politique politicienne", a dénoncé Bruno Le Maire lundi soir, alors que les discussions s'éternisaient sur l'accès à l'eau ou les sapeurs-pompiers.

La France insoumise lui a répondu vertement mardi. "Il y a reparlementarisation de la vie politique", s'est félicité Alexis Corbière sur LCI.

Le député a mis en garde contre la "propagande macronienne", avec un "discours antiparlementaire qui consiste à dire : 'C'est une assemblée de bavards, ils font perdre du temps au gouvernement.'"

"L'ère d'un Parlement chambre d'enregistrement des desiderata du président de la République est révolu", a renchéri son collègue Adrien Quatennens sur France Inter.

Débats non-stop

Reste que, dans la majorité comme dans les oppositions, la lassitude perce après ces jours et nuits quasi non-stop depuis plus d'une semaine. "On est des femmes et des hommes avec des limites physiques", glisse un élu.

Les échanges ont connu une poussée de tension mardi, lorsque l'occupation récente de la résidence secondaire de Bruno Le Maire au Pays basque par des militants du droit au logement a été évoquée, au sujet d'un amendement pour surtaxer ces résidences. "Beaucoup d'entre nous ont connu des menaces", a déploré Sylvain Maillard (Renaissance).

Comme ces derniers jours déjà, les députés ont la volonté d'adopter solennellement dans la nuit l'ensemble du projet de budget rectifié, après le vote vendredi au petit matin du projet de loi d'"urgence" sur le pouvoir d'achat.

Les LR se prononceront majoritairement pour, a indiqué leur président Olivier Marleix, satisfait du "bras de fer positif avec le gouvernement" qui a permis d'engranger des mesures sur le carburant, le rachat des RTT par les entreprises, et encore la défiscalisation des heures supplémentaires.

La gauche devrait voter contre. "On ne peut pas soutenir ce paquet (sur le) pouvoir d'achat coconstruit avec la droite" et dont "l'égalité et la justice sociale sont les grandes absentes", selon un porte-parole des députés du Parti socialiste (PS), Arthur Delaporte.

Côté RN, "le vote pour est extrêmement peu probable", a indiqué Jean-Philippe Tanguy, regrettant notamment le rejet de baisses de TVA.

Ce scrutin marquera la fin du premier round au Palais Bourbon. Les ministres sont priés de "participer aux travaux" jusqu'au bout de la session parlementaire prévue à ce stade le 7 août, a recommandé la Première ministre Élisabeth Borne.

Avec AFP

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