Contre Jacques Bouthier, l'ex PDG d'Assu 2000, ces nouveaux témoignages accablants

Jacques Bouthier, le PDG d'Assu 2000, (Photo: Capture vidéo News Assurance Pro)
Jacques Bouthier, le PDG d'Assu 2000, (Photo: Capture vidéo News Assurance Pro)

Jacques Bouthier, le PDG d'Assu 2000,  (Photo: Capture vidéo News Assurance Pro)

AGRESSIONS SEXUELLES - Des récits glaçants et nauséabonds. Mis en examen et incarcéré dans une enquête pour “traite des êtres humains” et “viols sur mineure”, le patron du groupe de courtage en assurances Assu 2000, Jacques Bouthier, a démissionné de son mandat de président le mardi 24 mai.

Depuis l’annonce de ce scandale, les langues semblent se délier et de nouveaux témoignages affluent. Tous accablent l’homme d’affaires, qui est l’une des plus grosses fortunes de France. Le Pointa dévoilé ce vendredi 27 mai celui d’une jeune femme, Inès*, 24 ans, qui a été embauchée chez Assu 2000, à Tanger, en tant qu’attachée commerciale en 2018.

Dans ce long témoignage, la jeune femme évoque une sorte de descente aux enfers dans cette entreprise où Jacques Bouthier semble avoir tous les droits, couvert à tous les niveaux de la hiérarchie.

“Il me touche l’épaule et il descend vers ma poitrine”

Elle évoque notamment dans un premier temps des attouchements sexuels: “Alors que je suis en communication avec un client, je sens quelqu’un me toucher l’épaule. Il me touche l’épaule et il descend vers ma poitrine, je le repousse brusquement! Je me retourne, je ne savais pas qui c’était”, dit-elle en parlant du PDG.

“On m’a fait comprendre que j’étais la seule à avoir dit non. À Tanger, il y a des filles qui ont accepté ses propositions, qui ont couché pour de l’argent. Tout le monde savait, avant mon arrivée, qu’il était avec une jeune standardiste d’une vingtaine d’années, il lui avait payé un appartement”.

Pour éviter que ce genre de comportement ne se reproduise, Inès décide d’adopter la stratégie de l’évitement avec le PDG et va se réfugier dans les toilettes dès qu’il rend visite à ses équipes de Tanger, soit environ une fois par trimestre. Elle reste ainsi deux ans à travailler, jusqu’au jour où, en 2019, l’ambiance au travail se dégrade et que commence le harcèlement moral de la part de certains de ses supérieurs. À tel point que, acculée et sans soutien, elle finit par se tourner vers le grand patron, le seul qui puisse l’aider, pense-t-elle alors.

“Tu vas commencer par me sucer, après je t’écouterai”

Le 15 novembre 2021, elle l’appelle sur son numéro professionnel, mis à disposition pour ses collaborateurs de Tanger. “J’étais en larmes… Je dis à Monsieur Bouthier, un peu naïvement: ‘Il faut que je vous parle de ce qui se passe à Tanger.’ Et là, alors que j’étais au plus mal, il me répond: ’Écoutez, jeune demoiselle, vous êtes belle, je viendrai bientôt à Tanger, vous coucherez avec moi et vous serez protégée”. “Je viens de vous faire une proposition qui sauvera votre vie”, poursuit-il avant de l’inviter à continuer la discussion sur WhatsApp sur son numéro privé.

“Je me dis qu’il va me protéger, c’est le PDG d’une grosse boîte”, explique Inès. Mais elle va très vite déchanter. Voici une partie des échanges, dont Le Point a pu lire l’intégralité sur le téléphone de la jeune femme.

- Bonsoir M.Bouthier, c’est Inès.

- Salut, j’espère que tu suces bien, ça me permettra de revoir éventuellement ma décision. Tu as une belle bouche de suceuse. As-tu d’autres photos ?

- M. Bouthier, si je vous appelle et j’ai pris le risque, c’est parce que je sais que vous êtes quelqu’un de sérieux et que vous êtes juste. […] Je suis dans un sale état, M. Bouthier, j’en ai assez de tout ce stress. Si je commence à parler, je crois que vous allez licencier tout le monde.

- Tu vas commencer par me sucer, après je t’écouterai.

S’ensuivent alors d’autres échanges du même type jusqu’à ce que le patron se rende compte que la jeune femme ne cédera pas. Le lendemain au travail, ses responsables, au courant de ces échanges, tentent, dit-elle, de lui voler son téléphone. “Je me sentais seule contre tous… Je ne dormais plus, ne mangeais plus, j’ai même pensé à me suicider. Ils me poussaient à bout pour que je démissionne”. Trois jours après, elle reçoit un autre message du PDG: “Espèce de salope, tu vas dégager”. Le lendemain, un huissier lui signifiait son licenciement dans les locaux d’Assu 2000.

“Je les voyais au début comme une boîte normale d’assurances, en fait c’est un trafic de femmes, on est des objets pour eux  Le groupe Assu 2000, c’est une mafia, et leur arme, c’est l’argent”, dénonce-t-elle.

Argent, “toute-puissance” et comportement “néo-colonialiste”

Ce n’est pas le seul témoignage recueilli ces derniers jours. BFMTV révèle également celui d’une ancienne salariée, qui a travaillé à Tanger de 2011 à 2016. Ghita assure avoir recueilli une dizaine de plaintes de ses collègues visant son patron.

Elle décrit un homme qui choisissait ses victimes parmi les employées les plus jeunes et les plus fragiles économiquement. “Elles me disaient: ‘Il m’a touché les seins. Il m’a mis la main aux fesses.’ (...) C’était problématique”, se souvient-elle.

Ghita décrit par ailleurs un “vieux monsieur à l’hygiène pas top-top” et qui adoptait un comportement “néo-colonialiste” à l’égard de ses employées, signe d’un sentiment de toute-puissance.

“Il faisait comprendre qu’il avait de l’argent et pouvait s’acheter ce qu’il voulait, y compris la police, explique-t-elle. Une façon de dire qu’on ne pouvait pas lui dire non. Il s’en foutait du consentement”.

À voir également sur Le HuffPost: Abad, Darmanin... La colère féministe contre le “gouvernement de la honte”

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

LIRE AUSSI;

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles