Ils sont contre la Fête des Mères et nous racontent pourquoi

Photo by Rafa Elias via Getty Images

Mère, grand-mère, père, enfant ou adulte, ils en ont assez de la Fête des Mères ou aimeraient la célébrer différemment. Le HuffPost a recueilli leurs témoignages.

FÊTE DES MÈRES - Ce dimanche 29 mai, comme chaque année, la Fête des Mères rassemblera de nombreux parents et enfants. Alors que certains s’activent pour faire livrer un bouquet, trouver LE cadeau parfait, fabriquer un collier de nouilles ou réserver des billets de train, cette célébration peut représenter un poids pour d’autres.

Suite à notre appel à témoignage, certains lecteurs -et surtout lectrices- ont raconté au HuffPost pourquoi ce jour les agace, les fatigue ou les heurte.

L’aspect commercial de la Fête des Mères arrive en tête des raisons invoquées. C’est en mai 1970, alors qu’elle se promène dans un supermarché aux États-Unis avec son mari et ses trois enfants de 3, 6 et 8 ans, qu’Anne-Marie, sera “dégoûtée” à vie.

“Un message a été diffusé par haut-parleur”, raconte-t-elle. ”‘Pour la Fête des Mères, offrez un lave-vaisselle ou un frigidaire à votre maman!’” À 85 ans, elle a toujours refusé qu’on lui souhaite. “C’est une fête à visée uniquement commerciale”, résume-t-elle.

Si cette scène a eu lieu il y a plus d’un demi-siècle, on trouve encore chaque année des enseignes mettant en avant des promotions “spéciales” sur les produits ménagers pour la Fête des Mères. En 2022, Auchan met par exemple en vente un aspirateur à petit prix, en souhaitant une “bonne fête à toutes les mamans.”

“Si j’ai besoin d’un mixer, je l’achète!”

“Il y a longtemps que je déteste la Fête des Mères, renchérit Geneviève. Une fête commerciale qui renvoie souvent les femmes à la cuisine: le pire, c’est un robot offert par le conjoint. Si j’ai besoin d’un mixer, je l’achète!”

Mireille, 74 ans, est “allergique à ces fêtes à date obligée”. “Quelle dérision lorsqu’on sait que certaines femmes sont battues, quand on sait que les grands-parents sont en Ehpad, que Noël ouvre la porte à une compétition de cadeaux, s’agace-t-elle. La fête, c’est la joie d’être ensemble quel que soit le jour, quels que soient les moyens possibles.”

Emilia, 45 ans, mère de deux filles en bas âge, parle même de “violence faite aux femmes”. “Les cosmétiques, vêtements, bijoux, sont, à en croire les papes du marketing, les seules préoccupations et sources de bonheur dignes des bonnes mères, se révolte-t-elle. L’exigence que la société a envers les femmes n’est pas la même que pour les hommes.”

“Juste un mot: feue ma belle-mère l’appelait la ‘Saint-Moulinex’”, nous écrit, laconique, Géraud.

“Plus une tannée qu’autre chose”

Année après année, cela devient une obligation pour certains, comme pour Rose, 34 ans. “On envoie un bouquet de fleurs à ma mère tous les ans, sauf que cela dure depuis 15 ans et ça devient plus une tannée qu’autre chose”, souligne-t-elle. Parmi ses frères et sœurs, c’est toujours les mêmes, sa sœur et elle, qui s’en occupent.

Cette année, elle ne va pourtant pas couper à cette tâche, “pour faire plaisir” à sa mère. “Avec les anniversaires, Noël, ça fait beaucoup. C’est super de célébrer les mères, mais pas comme ça, un jour dans l’année”, ajoute-t-elle.

Dans la famille de Louise, 33 ans, pourtant “très proche” de sa mère, la Fête des Mères n’est pas importante. “On adore faire des cadeaux, les réunions de familles, les traditions, mais on n’a pas besoin de la Fête des Mères pour ça, développe-t-elle. Cette fête n’a pas de sens, il n’y a pas d’explication historique ou de signification derrière.”

“J’en ai marre que l’on nous dicte comment et quand témoigner de l’amour à nos proches”, conclut Claude, 47 ans. Même son de cloche chez Raymond, qui regrette “la systématisation et souvent l’obligation pour les enfants de faire des compliments à leur mère.”

“Une invention du maréchal Pétain”

Pour certaines et certains, cette tradition est encore aujourd’hui perçue comme l’un des outils d’une politique nataliste qui appartient au siècle dernier. Si la Fête des Mères n’est pas une invention du maréchal Pétain -mais a été fixée par décret en France en 1926-, cette idée reste tenace.

“Nous ne fêtons pas cet événement qui me laisse indifférente, instauré par Pétain depuis deux générations maintenant, nous écrit par exemple Claudine. Cependant, on échappe difficilement aux colliers de nouilles!”

Il est vrai qu’en 1941, le régime collaborationniste du maréchal Pétain l’inscrit dans son idéologie “travail, famille, patrie”. Mais cette tradition va survivre à la Libération, puisqu’elle sera même inscrite dans une loi, le 24 mai 1950. Mais dans les esprits, le fantôme de Pétain plane sur la Fête des Mères.

Berthe, née en 1963 et mère de qautre enfants, n’a jamais célébré la Fête des Mères. “Mes parents tous les deux enseignants associaient cette fête à Pétain, nous écrit-elle. J’ai grandi avec l’idée que c’était une fête pour maintenir la femme au foyer et que cela ne faisait pas plaisir à ma mère, féministe, qu’on lui dise bonne fête ce jour-là.”

Alors qu’elle s’apprête à être grand-mère, elle a néanmoins “toujours accueilli avec émotion et amour les marques de tendresse” de ses enfants, “ce jour-là comme les autres jours”.

“Célébrer ceux qu’on aime toute l’année, tant qu’ils sont là”

La Fête des Mères peut aussi se révéler être un poids pour celles qui ne peuvent ou ne souhaitent pas être mère. Devenue mère en juin 2021 après “beaucoup de difficultés”, Claire, 40 ans, nous a fait part de sa “souffrance intérieure, qui s’aggravait à cette période.”

“Par ailleurs médecin, je peux aussi vous témoigner de la détresse des mères qui ont perdu un enfant ou des enfants ayant perdu leur maman quand ils sont jeunes”, ajoute-t-elle.

C’est le cas de May, qui nous écrit de Bordeaux: le 29 mai sera la première Fête des Mères depuis le décès de la sienne, survenu il y a moins d’un mois. “On devrait célébrer ceux qu’on aime toute l’année, tant qu’ils sont là, non pas parce que ‘ça se fait’, mais tout simplement parce que l’on tient à eux, souligne cette femme de 50 ans, que les Fêtes des Mères, Pères et Grand-mères ont toujours dérangée. Maintenant, c’est pire: en plus de m’agacer, elles me rendent triste en me rappelant ceux que je n’ai plus.”

Même ressenti pour Dominique, père de deux petites filles qui ont perdu leur mère le 7 avril dernier. Il craint que cette journée, dont il souhaite la “disparition”, puisse s’avérer “discriminante et douloureuse” pour ses enfants. “Comment pensez-vous qu’elles vont passer cette journée du 29 mai, en entendant partout parler de cette fête?”, nous interpelle-t-il.

“Diktat du cadeau pour sa ‘maman chérie’”

Manon, 20 ans, qui raconte que sa mère l’a battue ainsi que sa sœur “pendant 10 ans” avant de disparaître, “déteste la Fête des Mères.” “Entendre des pubs pour fêter une fête à cette mère pire qu’affreuse, c’est douloureux, témoigne-t-elle. Imaginons le nombre d’enfants qui ont perdu leur mère? Ou dont la mère a une grave maladie? Ou qui les a abandonnés ou maltraités?”

C’est également le cas de Michel, 70 ans, qui n’a réussi à couper les ponts avec sa mère “maltraitante” que lors de l’épidémie récente de Covid-19. “Quand j’avais 14 ans, elle a failli m’envoyer à l’hôpital lors de son ultime raclée”, nous écrit-il. Il a alors arrêté de l’appeler “maman”.

Pour Anne, 49 ans, partie de chez elle à 18 ans pour éviter une relation maternelle “stressante et douloureuse”, la Fête des Mères est “un devoir, une corvée, une contradiction, une grosse contrariété”. “Je me force”, conclut-elle. Ayant élevé ses enfants dans l’idée que ce n’était pas la peine de lui souhaiter, elle le regrette aujourd’hui. “J’aimerais bien me faire inviter au restaurant, me faire offrir des fleurs”, admet-elle.

Isabelle a subi toute son enfance “ce diktat du cadeau que l’on était obligé de créer pour sa ‘maman chérie’”, alors que sa mère vivait à des milliers de kilomètres. “Même si j’aimais la personne qui m’élevait, j’avais des difficultés à intégrer le fait de préparer un cadeau de Fête des Mères pour quelqu’un qui ne l’était pas”, se souvient-elle.

Tous types de familles

Depuis l’adoption du mariage pour tous en 2013, le choix de certains établissements scolaires de remplacer la Fête des Mères ou des Pères par des formulations plus inclusives a émergé - sans manquer de créer la polémique.

Mathilde, institutrice a décidé cette année de fêter avec ses élèves la “fête des gens qu’on aime”. “Nous avons plusieurs enfants qui ont perdu leur maman ou leur papa, écrit-elle sur Twitter. Nous n’interdisons pas la Fête des Mères mais nous ne voulons pas que cela soit une épreuve pour certains”.

Familles monoparentales, homo-parentales, recomposées, “atypiques”... Toutes ne se retrouvent pas dans ces Fêtes des Mères, des Pères ou des Grands-Mères. C’est le cas Claire, 40 ans, belle-mère d’un petit garçon dont son mari à la garde depuis l’âge de ses 3 ans et qu’elle a rencontré quand il en avait 6.

“Il voyait sa mère deux fois par an, raconte-t-elle. Que ce fut dur, à chaque fête des mères, en rentrant de l’école, qu’il me donne le cadeau à envoyer à sa maman, alors que je l’élevais comme mon fils et qu’elle était totalement absente de son éducation!” Elle conclut: “La Fête des Mères, c’est bien pour ceux chez qui tout va bien et qui ne sortent pas du cadre. Pour tous les autres, c’est un moment difficile à passer. Comme le disait ma mère: ma fête, c’est tous les jours.”

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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