Contre le contournement est de Rouen, l’A13 bloquée par des opposants

Des dizaines de militants des Soulèvements de la Terre ont envahi l’autoroute A13 ce dimanche 7 mai pour protester contre le projet de contournement est de la ville de Rouen.
Des dizaines de militants des Soulèvements de la Terre ont envahi l’autoroute A13 ce dimanche 7 mai pour protester contre le projet de contournement est de la ville de Rouen.

À Léry-Poses (Eure), des militants des Soulèvements de la Terre s’acharnent à protéger les plus de 500 hectares de forêt menacés par la construction de l’autoroute A113-A114.

ENVIRONNEMENT - Les méthodes sont controversées, mais efficaces. Afin d’empêcher le projet de contournement autoroutier de la ville de Rouen par l’est et la destruction de 516 hectares de zone boisée, des militants des Soulèvements de la Terre − un mouvement écologiste dont le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin souhaite la dissolution − ont multiplié les actions ce week-end des 6 et 7 mai.

La plus impressionnante a eu lieu ce dimanche en milieu d’après-midi : plusieurs dizaines d’opposants au projet autoroutier ont traversé la forêt menacée de Bord pour envahir l’autoroute A13 et y déposer des dizaines de troncs d’arbre afin de bloquer la circulation, comme vous pouvez le voir dans le tweet ci-dessous. Cette action n’aura finalement duré que quelques dizaines de minutes, selon la préfecture de l’Eure, qui a annoncé le déblocage de la voie et le rétablissement de la circulation moins d’une heure plus tard.

Mais il ne s’agit pas là de la seule méthode de contestation dans la manche des Soulèvements de la Terre. Depuis le début de journée à Léry-Poses (Eure), des militants se sont attelés à planter des centaines de clous dans les arbres de la zone boisée menacée par le projet de contournement. Le but : ralentir la progression des bûcherons, qui risqueraient de briser leur tronçonneuse sur les tiges métalliques plantées dans les troncs.

Rendre « fébriles » les scieries

Sur Twitter et dans un communiqué ce dimanche, les Soulèvements de la Terre ont justifié cette action préparée « depuis des mois » pour « armer » la forêt de Bord face « aux tronçonneuses et autres abatteuses » qui la menacent, et répondu aux critiques sur leurs méthodes : « le cloutage est inoffensif pour l’arbre, tant que le clou n’est pas retiré. En effet, le clou ne constitue pas une rupture de la protection que constitue l’écorce, c’est seulement si on le retire que ça pose un problème », ont indiqué les militants écologistes.

Si le cloutage n’est donc pas particulièrement dangereux pour les arbres, il l’est beaucoup plus pour les bûcherons, qui, en plus d’émousser leur tronçonneuse, risquent de voir la chaîne leur sauter au visage. Ce cas de figure a encore une fois été pris en compte par les Soulèvements de la Terre, qui rappellent qu’à la différence d’actions similaires menées par le passé, celle-ci a été revendiquée, annoncée et ne recourt pas à des clous sans tête, qui seraient invisibles pour le personnel travaillant sur le projet autoroutier.

« Les clous sont visibles et peuvent être retirés (ce ne sont pas des clous sans tête comme précédemment annoncé). Mais nous comptons sur les très nombreux clous plantés pour ralentir le travail de coupe dans le cadre du chantier d’autoroute », explique le collectif sur Twitter. « C’est aussi une stratégie délibérée de faire chuter le prix de vente du bois auprès des scieries qui sont fébriles à l’idée de possiblement briser des lames très chères en sachant que certains arbres sont cloutés. Ainsi, nous espérons que l’argument commercial devienne caduc », poursuivent Les Soulèvements de la Terre.

Réintroduire des espèces protégées

Le cloutage des arbres n’est pas la seule action revendiquée par les militants écologistes ce dimanche pour s’opposer à la construction de l’autoroute A113-A114. Des filins métalliques ont été reliés à la cime des arbres pour compliquer leur abattage, le marquage officiel de l’ONF désignant les arbres à ne pas couper a été dessiné sur de nombreux troncs et des initiatives pour favoriser la biodiversité et réintroduire des espèces protégées dans la forêt de Bord ont été prises.

Certains troncs ont ainsi été écorcés pour réintroduire le grand capricorne du chêne, une espèce d’insectes classée vulnérable. Les militants ont aussi cherché « à visibiliser et renforcer les îlots de biodiversité au cœur du bois », selon le communiqué des Soulèvements de la Terre. Pour cela, ils ont notamment « sorti les pioches et pelles qui hier s’attaquaient au réseau de pompage des bassines » de Sainte-Soline afin de creuser des mares dans la forêt et favoriser l’implantation d’amphibiens protégés, comme la salamandre tachetée.

Samedi, plus d’un millier de personnes se sont réunies dans l’agglomération de Rouen pour dénoncer le projet de contournement autoroutier, à l’appel des Soulèvements de la Terre, ainsi que des associations Alternatiba-Rouen et Effet de Serre toi-même. Des représentants politiques étaient présents, comme la patronne d’Europe Écologie Les Verts Marine Tondelier ou encore le maire de Rouen et numéro 2 du PS, Nicolas Mayer-Rossignol, selon qui « il faut mettre l’argent sur le train et renoncer à cette autoroute à péage. »

Le contournement autoroutier doit relier l’A28 au nord à l’A13 au sud, en contournant l’agglomération rouennaise par l’est. Son coût est évalué à près d’un milliard d’euros hors taxes, selon Guillaume Grima, un des responsables d’Effet de Serre toi-même et ex-élu Verts à Rouen.

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