Contrat Engagement Jeune: pourquoi l'annonce de Macron laisse sceptique la majorité

·4 min de lecture
Le président Emmanuel Macron le 1er novembre 2021 à la COP26 à Glasgow - ANDY BUCHANAN © 2019 AFP
Le président Emmanuel Macron le 1er novembre 2021 à la COP26 à Glasgow - ANDY BUCHANAN © 2019 AFP

A peine annoncé, déjà très critiqué. Le Contrat Engagement Jeune, dont les contours ont été dévoilés ce matin par Emmanuel Macron sur Facebook, laisse dubitatif la majorité. L'annonce de ce dispositif à destination des jeunes de 16 à 25 ans, éloignés de l'emploi ou des études, était pourtant très attendue au sein de la macronie.

Promis lors de son allocution à l'été dernier, le projet a fait longuement débat entre Bercy et le ministère du Travail. Ce retard à l'allumage s'explique d'abord par la multiplication des annonces budgétaires ces dernières semaines.

Une naissance compliquée

"Au ministère du budget, ils ont le pied sur le frein. Et puis, on est à quelques semaines du début du projet de loi de finances 2022, on fait attention", confie un sénateur LaRem à BFMTV.com.

Autre explication, les craintes que les mission locales puissent peiner à absorber ce nouveau mécanisme. "J'ai visité une mission locale récemment et sa directrice me disait que la garantie jeunes n'avait pas été évidente à mettre en place. Il a fallu trouver des nouveaux locaux, des nouveaux éducateurs... On s'est dit que cibler un million de jeunes - la promesse initiale du président NDLR- devait se faire dans un second temps", raconte Ambroise Méjean, le président des Jeunes avec Macron.

L'explication laisse songeur certains parlementaires.

"On peut trouver plein de raisons. Mais la vérité, c'est que ce dispositif est tout sauf ambitieux", lâche un député de l'aile gauche.

Déception

Sur le papier, le Contrat Engagement Jeune semble pourtant ratisser large. "Concrètement, dès le 1er mars, tous les jeunes de moins de 25 ans qui, sans formation ni emploi depuis plusieurs mois, s’inscriront pourront bénéficier de quinze à vingt heures d’accompagnement par semaine pour découvrir un métier, se former, trouver un apprentissage ou un emploi", a ainsi détaillé ce mardi le président.

"Cette allocation, pouvant aller jusqu’à 500 euros par mois, pourra être versée sous condition de revenus, d’assiduité et d’acceptation des offres d’activité faites", a-t-il encore expliqué.

"Bien sûr que ce contrat, c'est mieux que rien. Mais on est quand même très loin d'un plan d'ampleur à destination de notre jeunesse en grande souffrance", estime encore un élu membre de Territoires de progrès, un mouvement proche de LaRem qui regroupe d'anciens élus socialistes, pour BFMTV.com

Loin d'un dispositif qui toucherait tous les jeunes

La déception est d'autant plus vive que les propos du locataire de l'Élysée à l'été dernier semblaient ouvrir la porte à un revenu universel accessible à tous les jeunes, ou a minima à un RSA jeunes.

Mais la situation politique a changé depuis l'été. Entre temps, Edouard Philippe a lancé son propre parti et s'est inquiété publiquement de l'explosion de la dette. La droite, elle, ne cesse de multiplier les attaques sur le sujet, à l'instar de Valérie Pécresse qui accuse l'exécutif d'avoir "cramé la caisse".

Le gouvernement prévoit cependant pour le Contrat Engagement Jeune une enveloppe de 2,55 milliards en 2022, dont 550 millions de rallonge par amendement au projet de loi de finances 2022.

"On est quand même sur des montants très sérieux. Il faut reconnaître que ce sont des efforts sans précédents," estime d'ailleurs Ambroise Méjean.

Pas de "prime à l'inactivité"

Olivia Grégoire, la secrétaire d'État chargée de l'Économie sociale, solidaire et responsable, elle, a tenu à éteindre toute accusation d'assistanat.

"Ça n'est pas un revenu, c'est un contrat. Ce montant qui peut monter juqu'à 500 euros sera corrélé, conditionné même je dirais, à l'assiduité, à l'engagement du jeune dans cette formation (...) Ce n'est pas un RSA jeune", a estimé la politique ce mardi sur LCI.

Une réponse en quelque sorte à Xavier Bertrand. "Les jeunes veulent un travail. C'est par le travail et l'activité qu'on trouve des solutions", a en effet jugé ce même jour le candidat au congrès LR, sur France 2.

Jean Castex, en service après-vente, ce mardi matin dans une mission locale à Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, répond lui aussi à la droite, et en creux à l'aile gauche de sa majorité. Un dispositif universel serait "une prime à l'inactivité", a ainsi expliqué le Premier ministre.

"Nous serons dans une logique de droits et de devoirs", a encore avancé le locataire de Matignon.

L'une des expressions favorites de... Nicolas Sarkozy quand il était président. En 2009, le président d'alors avait déclaré "refusé l'ouverture du RSA aux moins de 25 ans s'ils n'ont jamais travaillé. Parce qu'il y a des droits, mais aussi des devoirs." Pas étonnant que la gauche de la macronie grince des dents.

Article original publié sur BFMTV.com

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles