Michigan : non, des observateurs n’ont pas été empêchés illégalement d’assister à un dépouillement

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Donald Trump n’a de cesse de discréditer, sans fondement, la fiabilité des dépouillements dans plusieurs États depuis que les bureaux de vote ont fermé leurs portes le 3 novembre au soir. Sur Twitter et lors d’un discours, il a notamment accusé les personnes en charge du dépouillement à Détroit d’avoir empêché des observateurs républicains d’assister aux opérations de comptage, s'appuyant pour cela sur des vidéos publiées sur Twitter montrant les fenêtres du centre de dépouillement en train d’être recouvertes. Mais cette affirmation est fausse.

Des vidéos ont commencé à circuler sur Twitter le 4 novembre montrant une vive agitation autour du centre de dépouillement TCF de Detroit. On voit des observateurs électoraux en train de filmer et de tenter d’entrer dans la pièce où le dépouillement a lieu, mais dont les vitres ont été recouvertes par des panneaux. Une femme s’écrie : "Si vous n’êtes pas corrompus, laissez moi entrer dans ce batiment."




Une autre vidéo postée par le reporter Matt Finn montre la même scène mais filmée de l’intérieur de la salle de dépouillement, où l’on voit des observateurs recouvrir les fenêtres avec de grands panneaux de carton. "Il y a des allégations de violations. La secrétaire d’État [du Michigan] dit que les observateurs sont bienvenus", précise le journaliste dans son tweet, ajoutant, dans un autre tweet, que des observateurs électoraux se sont plaints qu’il n’y avait pas un nombre équitable d’observateurs républicains et démocrates dans la pièce.

Plusieurs autres vidéos montrent des agents de police bloquer les portes d’accès à la salle, pendant qu’une foule scande "Arrêtez le décompte !", en face de fenêtres qui, elles, n’ont pas été recouvertes.

Un incident "illégal" pour Donald Trump


Le lendemain, Donald Trump a retweeté un article du site d’information et d’opinion d’extrême-droite Breitbart News, connu pour avoir publié de nombreuses histoires trompeuses, qui insinuait que les personnes en charge du dépouillement tentaient d’entraver la transparence du processus à Détroit.

Donald Trump a aussi mentionné l’incident dans un discours le même jour, affirmant que les personnes qui travaillaient dans le centre de Détroit "ne voulaient pas que quiconque assiste au décompte (...), même des observateurs légaux censés être là."

Dans un autre tweet sur le sujet le 6 novembre, Donald Trump a affirmé que les observateurs n’avaient pas été autorisés à faire leur travail. Ainsi, écrit-il, les votes décomptés à ce moment-là "doivent être considérés comme des votes illégaux".



Aucune obstruction illégale des observateurs du vote à Détroit



Bien que la scène soit confuse, d'autres témoignages sont venus clarifier ce qu’il s’est vraiment passé dans le centre de dépouillement de Détroit.

Le Detroit Free Press, le plus grand quotidien de la ville, a rapporté le 4 novembre que certaines personnes avaient été empêchées d’entrer dans la salle en tant qu’observateurs parce qu’il y avait déjà le maximum légal d’observateurs présents. Il ne s’agissait donc pas d’une tentative illégale d’entraver l’observation du scrutin. En effet, l’État du Michigan autorise un maximum de 134 observateurs à la fois pour chaque groupe politique (démocrates, républicains et non-partisans), pour un total de 402 observateurs. Selon le journal, les observateurs supplémentaires qui ont été empêchés d’entrer étaient à la fois des républicains et des démocrates.

Face à l’agitation, le bureau du secrétaire d'État du Michigan a publié une déclaration dans laquelle il précise que ceux qui avaient des préoccupations légitimes quant au bon déroulement du vote disposaient de voies légales pour les faire entendre. Il assure que le processus est entièrement "bipartisan, ouvert et transparent" et qu’un nombre record d’observateurs républicains ont répondu présent.


Les fenêtres de la salle avaient été recouvertes à la demande du procureur de la ville de Détroit, Lawrence Garcia, en réponse aux demandes des personnes chargées du dépouillement, qui ne souhaitaient pas être filmées. Dans une déclaration relayée sur Twitter, le procureur rappelle que la règle veut que "si vous êtes dans la pièce, vous ne pouvez pas prendre de photos ou filmer", à moins d’être de la presse. Il lui semblait donc bon de fermer les fenêtres afin d’éviter qu’il puisse être possible de filmer de l'extérieur. Lawrence Garcia précise toutefois que toutes les fenêtres n’étaient pas bloquées.



Le jour de l’incident, l’équipe de campagne de Donald Trump a intenté une action en justice pour arrêter le dépouillement des bulletins de vote dans le Michigan et en Pennsylvanie. Dans un communiqué, le directeur de campagne de Donald Trump, Bill Stepien, avait exigé "d’examiner les bulletins de vote ouverts et comptés" sur la période où son équipe n’avait pas accès au lieu. Joe Biden a depuis été déclaré vainqueur dans le Michigan, avec 50,5 % des voix.


Article écrit par Diana Liu.