Consentement et consultation : les raisons du retard français sur la vaccination

par Caroline Pailliez et Manuel Ausloos
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CONSENTEMENT ET CONSULTATION : LES RAISONS DU RETARD FRANÇAIS SUR LA VACCINATION

par Caroline Pailliez et Manuel Ausloos

CLAMART (Reuters) - Depuis lundi, Xavier de la Cochetière, médecin coordonnateur pour l'Ehpad Maison Ferrari à Clamart est à pied d'oeuvre. Il contacte les médecins traitants d'une centaine de résidents ainsi que leurs familles pour être sûr d'être prêt pour la campagne de vaccination contre le COVID-19.

"Ce que je souhaiterais, c’est qu’en fin de semaine, on ait une liste complète et qu’on puisse envoyer le nombre de vaccins à notre pharmacie pour commencer les vaccinations dès la semaine prochaine", dit-il à Reuters.

"Il ne faut ne rien oublier : la consultation de pré-vaccination, la prescription, le consentement, l’inscription dans 'Vaccin Covid' (plate-forme de traçage)", poursuit le médecin de l'établissement.

"La vaccination va presque être la récompense de tout le travail qui aura été fait."

Les Ehpad s'affairent depuis le début de la semaine à fournir rapidement aux agences régionales de santé le nombre de patients qui pourront se faire vacciner lors de la première phase.

Certains établissements se retrouvent à devoir s'organiser plus rapidement que prévu, en raison du changement de stratégie adoptée par le gouvernement durant le week-end, face aux critiques qui ont fusé sur la lenteur du processus.

Ils doivent néanmoins respecter les étapes qui avaient été validées par le ministère de la Santé, à savoir, organiser, au plus tard cinq jours avant la livraison des doses, des consultations pré-vaccinales avec le médecin traitant pour éliminer les contre-indications et recueillir le consentement.

Xavier de la Cochetière a donc contacté une vingtaine de médecins et attend de savoir s'ils acceptent de le laisser faire ces consultations où s'ils préfèrent les réaliser eux-mêmes.

7.000 VACCINATIONS EN FRANCE

"C’est sûr que ce serait plus simple si on était le seul intervenant", dit-il. "Plus on intègre de médecins traitants, et ils sont nombreux, plus ce processus risque de prendre un peu plus de temps."

La France, qui a commencé sa campagne de vaccination il y a dix jours, comme l'ensemble des pays de l'Union européenne, accuse un certain retard par rapport à ses voisins. Depuis le 27 décembre, seulement 7.000 personnes ont été vaccinées, selon les chiffres officiels publiés mardi soir.

En Allemagne, où des équipes mobiles se rendent dans les maisons de retraite pour vacciner les résidents, quelque 317.000 inoculations ont pu être faites depuis le début de la campagne, dont 132.000 dans des Ehpad.

En Grande-Bretagne, un million de personnes ont été vaccinées. Les résidents des maisons de retraites reçoivent l'injection directement après avoir donné leur consentement, tout comme en Italie et en Espagne.

"C’est vrai que le processus vaccinal (en France) est un peu lourd, il fait intervenir des acteurs qui n’étaient pas toujours engagés dans la vaccination", concède le directeur de la Maison Ferrari, Louis Matias, ajoutant que l'obtention du consentement des familles pour les personnes qui ont des troubles cognitifs prend également du temps.

Ce n'est néanmoins pas une surprise, ajoute-t-il, puisque le processus avait été validé des semaines plus tôt par les autorités. Et il avait, selon lui, "le mérite d'être clair".

Le ministère de la Santé n'a pas répondu aux questions envoyées par Reuters sur la campagne de vaccination.

VACCINATIONS À PARTIR DU 18 JANVIER

Selon la directrice de l'ARS pour le département des Hauts-de-Seine, Monique Revelli, l'administration n'aurait pas pu faire plus vite, car il fallait, selon elle, respecter "l'adhésion des populations et des familles".

Elle promet des vaccinations importantes dans les Ehpad à partir du 18 janvier, ce qui permettra à la France, dit-elle, de rattraper son retard par rapport à ses voisins européens.

Plus de 66.000 personnes sont décédées dans le pays des suites d'une infection au Covid-19 depuis le début de l'épidémie.

Face aux critiques, le gouvernement français a souhaité accélérer les procédures, mettant les établissements sous pression, ainsi que les médecins traitants. Il a également élargi la campagne de vaccination en l'ouvrant à d'autres populations et promis de simplifier les procédures.

Romain Beddok, généraliste-gériatre qui suit une centaine de résidents en Ehpad dans l'ouest de la région parisienne, ne voit pas comment il va pouvoir répondre à cette demande soudaine.

"Les médecins coordonnateurs m’appellent pour me dire qu’il faut que, dans tel Ehpad, je vois 30 patients d’ici la fin de la semaine, dans un autre c'est 20. C'est impossible", dit-il.

Il aurait fallu, selon lui, commencer bien avant la période des fêtes de Noël, ce processus de consultation. Il questionne par ailleurs la lourdeur du protocole.

"On prend beaucoup de précautions, et je ne comprends pas pourquoi. On ne fait ça pour aucun autre vaccin. Soit on fait confiance à ce vaccin, soit on ne fait pas confiance", dit-il.

Dans cette précipitation, les administrations ont, elles aussi, du mal à suivre, dit le directeur de la Maison Ferrari à Clamart, qui attend depuis fin décembre, comme beaucoup d'autres Ehpad, la date de livraison des vaccins.

(édité par Jean-Stéphane Brosse)