Conseil de l'Europe: "fort soupçon" de corruption au profit de Bakou

François D'ASTIER
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Le président de l'Azerbaïdjan Ilham Aliev devant l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe à Strasbourg (est de la France), le 24 juin 2014

Strasbourg (AFP) - Ils auraient bénéficié de largesses des autorités azerbaïdjanaises en échange de leur mansuétude à l'égard du régime: plusieurs élus ou anciens élus de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) font l'objet d'un "fort soupçon" de corruption.

Un an après avoir été mandatés par l'APCE pour faire la lumière sur cette affaire dite du "Caviargate" ou de la "diplomatie du caviar", trois experts ont rendu dimanche un volumineux rapport de plus de 200 pages.

Avec une conviction : il existe "un fort soupçon que certains membres actuels et anciens de l'APCE s'étaient livrés à des activités corruptrices en faveur de l'Azerbaïdjan".

Issus de parlements nationaux de quelques-uns des 47 Etats membres du Conseil de l'Europe, ils sont soupçonnés d'avoir été "achetés" par les autorités de l'Azerbaïdjan en échange notamment de leur vote, en janvier 2013, contre un rapport dénonçant la situation des prisonniers politiques dans cette ex-république soviétique.

Certains élus se seraient vu offrir du caviar, des tapis et des nuits dans des hôtels de luxe de Bakou mais auraient surtout été grassement rémunérés pour des "activités de lobbying" au profit du régime.

"Les parlementaires impliqués sont invités à suspendre leur activité pendant qu'une commission (de l'APCE) examine leur situation au cas par cas", a indiqué dimanche soir le président de l'APCE, Michele Nicoletti, lors d'un point de presse.

Parmi ces parlementaires figure Eduard Lintner, un ancien élu allemand de la CSU, l'allié bavarois de la CDU de la chancelière Angela Merkel, qui a reçu quelque 800.000 euros via des sociétés écrans.

Une actuelle députée de la CDU, ancienne membre de l'APCE, Karin Strenz, est également épinglée pour avoir été rémunérée par la société d'Eduard Lintner, qualifié de "lobbyiste-clef" de l'Azerbaïdjan.

- "Travail de sape" -

Mais le rapport se penche tout particulièrement sur le cas de l'ancien président de l'APCE, l'Espagnol Pedro Agramunt, qui avait démissionné en octobre 2017, poussé vers la sortie par les soupçons qui pesaient déjà sur lui.

Le rapport évoque plusieurs "éléments" prouvant que Pedro Agramunt avait joué un "rôle déterminant" dans l'adoption de décisions de l'APCE "favorables à l'Azerbaïdjan".

De "forts soupçons" de corruption pèsent également sur son accession à la présidence du groupe du Parti populaire européen (PPE), prélude à son élection à la tête de l'APCE.

Parmi les autres figures centrales de cette affaire apparaît le parlementaire italien de droite Luca Volontè, qui fait l'objet depuis fin 2016 d'une procédure judiciaire dans son pays pour blanchiment d'argent.

Il était alors soupçonné d'avoir accepté près de 2,4 millions d'euros de la part de Bakou.

Selon les enquêteurs mandatés par l'APCE, Luca Volontè "a joué un rôle important dans le travail de sape" visant à rejeter le rapport de 2013 sur les prisonniers politiques azerbaïdjanais. Lui aussi aurait reçu de nombreux versements "en provenance d'Azerbaïdjan par l'intermédiaire de sociétés écrans britanniques".

L'affaire du "Caviargate" avait été dénoncée l'an dernier par plusieurs journaux européens dont Le Monde, The Guardian et la Süddeutsche Zeitung.

Le rapport a été établi par trois experts, l'ex-juge antiterroriste français Jean-Louis Bruguière, le Britannique Nicolas Bratza, ancien président de la Cour européenne des droits de l'homme, et la juriste suédoise Elisabet Fura.

Sa publication intervient à la veille de l'ouverture de la session de printemps de l'APCE, qui réunit 324 parlementaires des 47 Etats membres du Conseil de l'Europe dont les 28 membres de l'Union européenne.

Dénuée de pouvoirs législatifs, l'APCE siège quatre semaines par an à Strasbourg pour débattre de la défense des droits de l'homme ou de la lutte contre la corruption.

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